«La guerre totale est peu vraisemblable en Ukraine»

Conflit ukrainien Stratégiste et historien, Alexandre Vautravers analyse les derniers développements de la crise ukrainienne.

Alexandre Vautravers, historien, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et professeur de relations internationales.

Alexandre Vautravers, historien, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et professeur de relations internationales. Image: Oliver O'Hanlon

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La pression internationale augmentait hier sur la Russie, menacée de nouvelles sanctions après la confirmation par l’OTAN de l’entrée de troupes russes dans les zones séparatistes de l’Ukraine où l’ONU a dit craindre une «guerre totale». Historien, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et professeur de relations internationales, Alexandre Vautravers analyse les derniers développements de la crise en Ukraine.

– Peut-on parler de danger de guerre totale à l’est du pays?
– Je ne pense pas. Il n’y a pas, il n’y a pas eu et il n’y aura vraisemblablement pas de «guerre totale» en Ukraine.

– Ces propos seraient destinés à l’opinion publique?
Oui, ils sont essentiellement destinés à l’opinion publique occidentale et ont pour objectif de resserrer les liens au sein de l’Alliance atlantique. Car entre la réalité du terrain et ce qui en est dit, on est face à deux conflits différents. Cela dit, la raison pour laquelle il y a lieu – à juste titre – de s’alarmer, tient au fait que l’on assiste actuellement à une déroute des forces armées ukrainiennes, qui n’ont pas réussi à reprendre le dessus face aux indépendantistes.

– Des indépendantistes qui se sont renforcés avec l’aide de Moscou?
– Oui. Leur leadership a été changé ces dernières semaines pour être remplacé par des gens plus stables et sous le contrôle direct de Moscou.

– Quand les choses ont-elles basculé?
– Le moment charnière a été le mois d’août, durant lequel les assauts militaires ukrainiens ont été très violents. Le but était la destruction des indépendantistes. Malheureusement, l’intervention de Moscou a empêché ceci, causant des pertes importantes aux forces ukrainiennes. A partir de maintenant, la faiblesse de Kiev est telle qu’il n’y a plus d’autre solution que de négocier.

– Quel scénario voyez-vous?
– Le plus favorable verrait une négociation pour définir les modalités de l’indépendance des régions de l’est. Le plus pessimiste impliquerait des actions militaires des prorusses sur Marioupol. Quoi qu’il en soit, les choses sont en route vers la création d’une «Novo Rossia» qui regrouperait les deux provinces séparatistes.

– La Russie peut-elle aller plus loin?
– On n’en sait rien, mais dès le début de cette crise, la Russie a été extrêmement opportuniste. Toutefois, je ne suis pas convaincu qu’il y ait une grande stratégie avec des étapes clairement définies. Ce qui est sûr, c’est que la faiblesse des Occidentaux, leur désunion et la faillite du gouvernement ukrainien ont donné de nombreuses occasions à Poutine d’avancer ses pions.

– Quelle est la responsabilité des Etats-Unis dans cette crise?
– On assiste à une évolution de la politique étrangère américaine vers une attitude de plus en plus timide. Le tournant a été pris en été 2012, quand la Syrie a connu l’engagement d’armes chimiques et que les Etats-Unis n’ont pas réagi. Depuis, la faiblesse américaine est telle qu’elle laisse le champ libre à la Russie qui profite de chaque occasion pour se venger des années 1990-2000 où elle s’est considérée comme humiliée.

Créé: 13.11.2014, 18h56

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...