Hier battu, Pedro Sánchez réussit une spectaculaire «remontada»

EspagneLe socialiste est en tête pour les élections de dimanche. Il joue la carte du candidat modéré face à une droite divisée.

Profitant de l’espace laissé vide au centre, Pedro Sánchez apparaît comme l’option raisonnable face aux dirigeants des autres partis, embarqués dans la surenchère et l’insulte.

Profitant de l’espace laissé vide au centre, Pedro Sánchez apparaît comme l’option raisonnable face aux dirigeants des autres partis, embarqués dans la surenchère et l’insulte. Image: Reuters

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«Nous ne choisissons pas le pays où nous naissons, mais en démocratie nous pouvons choisir un pays avec plus de justice sociale, d’égalité et de convivialité, ou bien rester enkystés dans la crispation et la confrontation territoriale.» Lundi soir, à cinq jours des élections législatives du 28 avril, Pedro Sánchez tentait de convaincre les électeurs indécis, durant le grand débat entre les principaux candidats diffusé par la télévision publique espagnole.

Le chef de file des socialistes est donné en tête des derniers sondages, avec près de 30% des intentions de vote, loin devant le Parti populaire (20%), mais sans avance suffisante pour gouverner seul. Tous les scénarios sont ouverts et nul n’exclut un retournement qui permettrait la constitution d’un gouvernement d’alliance à droite.

Les pronostics sont rendus d’autant plus incertains par l’inconnue Vox, le parti populiste surgi à l’extrême droite, qui attire une frange de mécontents difficile à calibrer. Tout dépend encore des quelque 20% d’indécis qui ne choisiront leur bulletin de vote qu’au dernier moment. Et il faudra ensuite voir la projection du résultat en sièges, selon les règles compliquées d’un scrutin proportionnel par province.

Condamné à végéter

Quelle que soit l’issue du vote dimanche, la «remontada» de Pedro Sánchez aura été spectaculaire. Il y a un an à peine, il paraissait condamné à végéter dans une opposition sans éclat. Son parti, le PSOE, était au plus bas, après avoir enchaîné des défaites cuisantes en 2015 et en 2016, et la vieille garde socialiste ne perdait pas une occasion de manifester sa défiance face à ce leader élu par la base, certes, mais jugé inconsistant par une bonne part de l’establishment du parti.

Tout a changé avec le coup de poker qu’a constitué la motion de censure surprise lancée en mai 2018 contre Mariano Rajoy, le dirigeant conservateur englué dans des scandales de corruption. Contre toute attente, la manœuvre a prospéré grâce au soutien d’une alliance hétéroclite avec les indépendantistes catalans et a débouché sur dix mois de gouvernement socialiste.

Le passage au pouvoir a été bref, mais suffisant pour que Pedro Sánchez commence à réarmer un PSOE apathique, explique Joan Rodríguez Teruel, professeur de sciences politiques à l’Université de Valence. «Il en a profité pour remobiliser la gauche en réactivant un projet social et surtout pour se forger une nouvelle stature d’homme d’État.»

Sur le papier, pourtant, les résultats de son gouvernement ont été minces. Les efforts pour réamorcer une solution dialoguée au conflit catalan sont restés dans l’impasse, bloqués par les exigences maximalistes des partis séparatistes. Et le projet de budget a été retoqué au parlement sans qu’il n’ait eu le temps de marquer le virage social promis après les efforts des années de crise.

Paradoxalement, ces échecs sont devenus ses meilleurs arguments de campagne, constate Joan Rodríguez Teruel: «Ils sont la preuve que, quoi qu’en dise l’opposition de droite, il n’a pas cédé devant les séparatistes catalans et qu’il n’a pas trahi l’unité de l’Espagne en échange d’un vote d’appui à sa loi de finances.»

«Sérieux et rassurant»

En même temps, Pedro Sánchez met aussi à profit la division de la droite, qui a radicalisé son discours sous la pression de Vox, et il s’affirme en contrepoint comme le candidat de la modération, décrit la chroniqueuse politique du quotidien «El Mundo» Lucía Méndez. «Ce n’est pas Churchill, glisse-t-elle, mais il apparaît comme le plus sérieux et le plus rassurant, dans un contexte où les dirigeants des autres partis se sont embarqués dans l’insulte et la surenchère. Ce sont eux qui l’ont converti en homme d’État.»

À quelques jours des élections, reste encore à savoir quel sera le résultat en sièges de la nouvelle redistribution des rapports de force entre les trois formations de droite. En attendant, Pedro Sánchez profite de l’espace laissé vide au centre et s’impose comme l’option raisonnable. Celui qui était, il y a un an à peine, le leader contesté d’un parti sur le déclin pourrait bien être l’axe de tous les projets d’alliance pour former le prochain gouvernement. (24 Heures)

Créé: 24.04.2019, 07h08

L’inconnue Vox plane sur la campagne

Combien sont-ils vraiment? À quelques jours du scrutin de dimanche, le mystère des électeurs de Vox est entier. La petite formation ultra, surgie sur la droite du Parti populaire, bouleverse le paysage politique avec ses propositions populistes, xénophobes et homophobes, assorties d’attaques contre les féministes, qualifiées de «féminazies». Pourfendeur de «la droite trouillarde», Vox se proclame le porte-étendard d’une «Reconquista» de l’Espagne authentique et agite la menace séparatiste catalane, accusée de mettre en péril l’unité du pays.

Ce discours survolté, qui a récolté 11% des voix aux élections andalouses de décembre dernier, mobilise les abstentionnistes et réussit à séduire à la fois les nostalgiques du franquisme et les plus jeunes à la recherche d’une nouvelle épopée contre «les rouges». Les instituts de sondage, qui peinent à cerner le phénomène, alertent d’un possible vote occulte qui pourrait créer la surprise dimanche soir. En attendant, l’impact de Vox s’est déjà lourdement fait ressentir pendant la campagne, provoquant un effet domino sur le Parti populaire et les libéraux de Ciudadanos, qui ont radicalisé leur discours en jouant la surenchère patriotique.

C.T.

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