«Hollande en avance sur sa gauche, en retard sur le pays»

FranceAnalyse d’un drôle de président avec l’auteure du livre choc de la rentrée «Le stage est fini», Françoise Fressoz.

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La crise migratoire le secoue. L’absence d’embellie économique le perturbe. Son parti socialiste ressemble à un champ de ruines. La France a perdu confiance en son président. Mais François Hollande croit encore en sa chance pour la présidentielle de 2017. Mais il doit agir vite et bien. Pour sa 6e conférence de presse (ce lundi à 11 heures) depuis qu’il est à l’Elysée, il va jouer ses dernières cartes.

D’abord, François Hollande envisage de frapper les djihadistes en Syrie. Le président de la république a surpris dans l’uniforme du chef de guerre! Mais pas seulement... Poursuites de la réforme pour la compétitivité du travail, assouplissement du code du travail, et surtout allégement de l’imposition des petits et moyens revenus, François Hollande veut marquer les esprits. Les résultats le boudent, mais il veut comptabiliser à son bilan son travail de réformateur.

Françoise Fressoz, journaliste au Monde, signe le livre choc de la rentrée: «Le stage est fini». Une enquête qui montre l’impréparation des socialistes et surtout leurs archaïsmes et les difficultés de François Hollande à incarner la fonction. Malgré tout, l’homme politique n’a pas dit son dernier mot.

Que peut annoncer aujourd’hui François Hollande qui puisse sauver sa fin de quinquennat?
– Reconnaître ses erreurs. François Hollande a commencé à le faire, bien qu’un président de la république ne le fait jamais directement. Mais il a réalisé que la politique fiscale l’a coupé de ses électeurs. Désormais il travaille une ligne qui est celle du choix européen. Il a voulu mettre la France au cœur du système européen. Le président de la république parle également énormément des réformes qu’il a lancées. D’ailleurs, il a avoué que certaines ne sont pas de gauche mais elles servent l’intérêt général du pays.

On est clairement en précampagne présidentielle 2017?
– François Hollande va désormais se mettre en capacité de se présenter. La fenêtre de tir sera brève, car il doit aller chercher l’électorat centriste. Et ce, alors même que le camp de la gauche est morcelé comme rarement avec Cécile Duflot chez les Verts, Jean-Luc Mélenchon du Parti de gauche et Arnaud Montebourg au PS qui font de la présidentielle 2017 une bataille personnelle.

Lors de sa dernière intervention, il s’est beaucoup dépeint en réformateur. Le ton a changé?
– Il est sincère. Au regard de la gauche, ce qu’il tente de faire sur la politique de l’offre, l’effort vers les entreprises pour retrouver de la compétitivité et le droit du travail est réellement une politique de réformes. Que ce soit la remise en cause des 35 heures et l’assouplissement du code du travail sont des demandes largement partagés par la société française. François Hollande est en avance sur sa gauche mais en retard sur le pays.

A-t-il encore des chances d’être élu en 2017?
– Il compte tout d’abord sur le FN pour in fine rassembler la gauche derrière lui. Ensuite, il mise sur une victoire de Nicolas Sarkozy chez les Républicains. Il sait que le rejet de ce dernier reste fort: même au sein des électeurs du centre. Ce sera le match de celui qui est le moins détesté: Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et lui-même. Ces deux adversaires dans une course à l’identité, la fermeture, et lui prendra le créneau de la France des Lumières, de la France qui accueille, de la France qui tient son rang dans le monde.

Au final, c'est toujours l’autorité qui lui manque pour rendre son action compréhensible?
– Pour bien comprendre ce qui s’est passé, il faut lire les deux quinquennats. François Hollande a choisi d’agir en creux de Nicolas Sarkozy. Il a joué au social-démocrate dans un pays qui ne l’est pas. Il a fini par s’en apercevoir. De plus, la primaire a aussi joué un rôle pervers. Arnaud Montebourg, avec ses 17%, a cru qu’il était porteur de quelque chose qu’il devait défendre. Et François Hollande, lui, a cru qu’il devait préserver Montebourg, car il représentait 17% du PS. Ce manque de clarté et de ligne, faute d’autorité sur le gouvernement, a engendré ce début de quinquennat calamiteux.

Le désamour des Français pour François Hollande n’est-il pas l’expression d’un pays dont le système politique est fatigué?
– Nous sommes arrivés au bout de la Ve République. Le général de Gaulle l’avait créé pour éviter le chaos d’un système parlementaire fragmenté. Mais désormais, on vit dans un système avec un président qui n’apparaît pas légitime à occuper son poste. Et qui est malmené par l’opposition comme sa propre majorité. On voit qu’il existe un camp progressiste - avec des gens de gauche, de centre et de droite - qui pourrait s’unir pour faire les réformes dont la France a besoin.

Et pourquoi n’émerge-t-il pas, ce camp?
– En Allemagne, Angela Merkel est à la tête d’une grande coalition et elle réforme. En France, le président de la République gouverne dans un pays qui s’accommode de vivre avec 10% de la population active au chômage. Il manque une mobilisation, de réaction!

Françoise Fressoz, «Le stage est fini», Albin Michel

Créé: 07.09.2015, 09h01

Au-delà des événements que vous décortiquez dans votre livre, c’est l’amateurisme de l’équipe gouvernementale qui impressionne?

Françoise Fressoz: Les ministres socialistes étaient effectivement très mal préparés à la crise économique. François Hollande avait trois défis. Celui du déficit, que le président avait parfaitement perçu, celui de la compétitivité et celui du chômage. François Hollande aurait dû s’adresser aux Français et dire la vérité sur l’état de la France. Il a voulu rassurer et a dit que la croissance allait revenir. En parallèle, il a mis une pression fiscale ahurissante alors qu’il a fait croire que l’essentiel des Français ne serait pas touché. Ce n’a pas été le cas. Le début du quinquennat a été calamiteux.

Pourquoi François Hollande n’a pas eu le courage de dire la vérité aux Français?

Il faut vraiment lire ce quinquennat dans la suite du précédent. La campagne de François Hollande s’inscrivait dans une stratégie d’apparaître l’inverse de Nicolas Sarkozy. Par contraste au précédent président de la république qui avait beaucoup divisé la société française, François Hollande a estimé qu’il avait été élu pour l’apaiser. Mais il aurait dû exposer sa thèse, verbaliser au-delà de la présidence normale. C’est pourquoi les Français cherchaient un président qu’ils ne trouvaient pas. Cela ne les a pas rassurés.

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