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Hollande et Merkel prudents sur leur chance de réussite au Kremlin

L'Europe tente aujourd'hui de résoudre la pire crise que rencontre le continent depuis la Guerre froide. Poutine a déjà son plan de paix, et Washington hésite à livrer des armes.

François Hollande et Angela Merkel se montrent prudents ce vendredi 6 février. Ils tenteront aujourd'hui de convaincre au Kremlin Vladimir Poutine d'accepter leur nouveau plan de paix défini dans l'urgence face à l'intensification des combats dans l'est de l'Ukraine.

L'initiative de paix franco-allemande, soutenue par Washington, l'Union européenne et l'Otan, a tout de la médiation de la dernière chance au terme de 10 mois d'un conflit qui a fait plus de 5.300 morts et a provoqué une crise internationale rappelant les crispations Est-Ouest de la Guerre froide.

La chancelière allemande a atterri à 16h dans un aéroport moscovite, suivie quelques minutes plus tard par le président français. Avant de quitter Berlin, Angela Merkel avait énoncé son credo: trouver une solution ukrainienne pour défendre "la paix européenne".

"Nous nous engageons pour mettre fin au bain de sang et pour faire vivre l'accord de Minsk", le seul accord de paix pour l'heure signé par les Ukrainiens comme par les rebelles prorusses, a ajouté la chancelière, avant de tempérer les ardeurs de ceux qui pensent que la paix est proche. "Nous ne savons pas si nous allons réussir à parvenir à un cessez-le-feu, si nous allons y parvenir aujourd'hui ou s'il faudra d'autres discussions", a-t-elle insisté.

Bombardements récents

"Chacun est conscient que le premier pas doit être le cessez-le-feu mais qu'il ne peut pas suffire et qu'il faut aller chercher un règlement global", a déclaré pour sa part le président français, montrant la même prudence que la chancelière. "On ne peut pas préjuger du résultat", a-t-il dit.

La veille au soir, les deux dirigeants européens avaient exposé leur plan au président ukrainien Petro Porochenko. La présidence ukrainienne a indiqué dans la nuit, après plusieurs heures de négociations, que l'initiative franco-allemande "laisse espérer un cessez-le-feu" alors qu'environ 220 personnes, en majorité des civils, ont péri dans les bombardements et les combats sur les seules trois dernières semaines.

Illustration de l'urgence sur le terrain: la situation à Debaltseve, une ville de l'est tenue par l'armée ukrainienne et presque encerclée par les rebelles prorusses. Vendredi, une trêve de quelques heures y a été conclue pour permettre l'évacuation des civils pris entre les bombardements des deux camps. Environ 25 bus sont arrivés sur place pour l'évacuation des civils en territoire contrôlé par les Ukrainiens ou dans les zones tenues par les rebelles, a constaté un journaliste sur place.

Parallèlement, au moins deux soldats et un civil ont été tués lors des dernières 24 heures.

Plan de paix de Poutine

En fait de plan de paix, l'initiative franco-allemande est plutôt une "contre-proposition" de plan de paix, Vladimir Poutine ayant soumis il y a quelques jours, selon des responsables russes et américains, des idées à Angela Merkel et François Hollande. Ces derniers en ont alors fait part mercredi aux Etats-Unis et à l'Ukraine et ont dans la foulée préparé leurs contre-propositions.

Cette "nouvelle proposition de règlement sur le conflit" garantit "l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a assuré le chef de l'Etat français, tout en prévenant Moscou que le temps était désormais compté et que "l'option de la diplomatie ne peut être prolongée indéfiniment".

Selon des informations publiées dans la soirée par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, mais démenties par le gouvernement allemand, ce plan prévoirait de "conclure un cessez-le-feu immédiat " contre une "autonomie plus grande accordée aux séparatistes, sur un territoire plus vaste que celui envisagé jusqu'ici".

"A Porochenko, on veut clairement faire comprendre qu'il s'agit de la dernière chance offerte à l'Ukraine d'éviter une défaite militaire et un écroulement économique", selon SZ.

Livraison d'armes ?

Parallèlement à l'initiative franco-allemande, les Etats-Unis continuaient de réfléchir à la possibilité de livrer des armes à l'armée ukrainienne, qui accumule les revers dans les régions séparatistes de Donetsk et de Lougansk.

Mais en visite jeudi à Kiev, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a douché les attentes du gouvernement ukrainien concernant une annonce immédiate sur la livraisons d'armes à l'Ukraine en disant que Washington privilégiait "une solution diplomatique".

Barack Obama "passe en revue toutes les options dont celle de la livraison d'armes défensives" et prendra sa décision "prochainement", a ajouté M. Kerry, afin notamment de laisser une chance au plan de paix des Européens.

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a estimé pour sa part que des livraisons d'armes risquaient de "mettre de l'huile sur le feu" dans le conflit.

Une réponse positive des Américains risquerait d'être interprétée comme un casus belli par Moscou, et d'aggraver encore les relations russo-américaines qui traversent leur pire crise depuis la Guerre froide.

A Debaltseve, les civils ukrainiens évacués dans la précipitation

Les canons se sont tus vendredi à Debaltseve, une ville encerclée par les rebelles prorusses. Et pendant quelques heures, un timide cessez-le-feu a permis aux habitants de fuir une ville devenue le symbole de l'intensification des combats dans l'est de l'Ukraine. Sitôt connue la trêve, annoncée dans la nuit par les rebelles et confirmée au petit matin par les autorités ukrainiennes, les premiers habitants ont afflué tant bien que mal vers le lieu de rassemblement pour l'évacuation.

Avec de maigres bagages, parfois des animaux de compagnie, ils attendent l'arrivée des cars affrétés séparément par les deux camps. «Cela fait six mois qu'on vit dans la peur et on ne sait pas quand ça se terminera», soupire Piotr, un habitant, tandis que des tirs d'artillerie résonnent au loin et provoquent des pleurs quand ils semblent se rapprocher de Debaltseve.

Dans cette ville, en proie depuis plusieurs semaines à des combats entre les séparatistes et les forces ukrainiennes, peu de bâtiments ont échappé à la destruction. Les fenêtres brisées et les murs branlants témoignent de l'intensité des combats.

Pourtant, la vingtaine de cars affrétés par la République séparatiste de Donetsk (DNR) n'ont pas de succès. Seule une quarantaine d'habitants y prennent place, selon des représentants de la DNR. Les véhicules affrétés par les autorités ukrainiennes sont pour leur part quasiment tous remplis.

«Les habitants de Debaltseve n'ont pas été mis au courant qu'ils pourraient venir chez nous. On leur a seulement dit qu'ils pouvaient aller vers Slaviansk et Kramatorsk», sous contrôle ukrainien, ajoute-t-il.

Mais à Donetsk, aucun logement n'est de toute façon prévu pour les réfugiés de Debaltseve. «Ils seront hébergés par des proches ou leur famille», rétorque Edouard Bassourine.

(AFP)

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