«Il nous reste dix ans pour inverser la courbe des émissions de CO2»

ClimatAu premier jour du WEF, les scientifiques appellent les dirigeants à ne plus ignorer la réalité du changement climatique.

Plus de 600 activistes pour le climat marchent vers Davos. Lundi, ils en étaient à leur deuxème étape.

Plus de 600 activistes pour le climat marchent vers Davos. Lundi, ils en étaient à leur deuxème étape. Image: Christian Willner

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Ils sont de retour sur les hauteurs de Davos. Pour la quatrième fois, des scientifiques du monde entier ont planté leurs tentes au sommet du funiculaire de Schatzalp. Un Arctic Basecamp pour imposer le thème du réchauffement climatique aux participants du WEF. L’an dernier, lors de sa première venue à Davos, Greta Thunberg y avait passé la nuit. Lundi après-midi, la jeune activiste suédoise, malade, a annulé sa visite au camp. «Fiévreuse après une semaine intense», selon les organisateurs, qui comptaient sur sa présence pour créer l’événement médiatique du jour, peu avant l’ouverture officielle du sommet.

«Je ne veux pas que les dirigeants m’écoutent. Je veux qu’ils écoutent les scientifiques», écrit Greta Thunberg dans un communiqué pour soutenir le lancement de la campagne Unite Behind The Science (Unissez-vous derrière la science). Sur l’estrade dressée dans la neige, des chercheurs renommés sont déterminés à peser sur les choix des décideurs. «Quand on parle de changement climatique, on doit parler des faits, sinon on reste dans l’émotionnel», explique Jeremy Wilkinson, expert des glaces marines au British Antarctic Survey de Cambridge. «Notre rôle de scientifique est d’influencer les politiciens. Cela fait vingt ans que je vais dans l’Antarctique, où l’on constate chaque année les changements et l’accélération de la fonte des glaces. Un dirigeant comme Donald Trump peut ignorer les faits scientifiques, mais il ne peut pas les changer!»

«Il faut donner le pouvoir à la science»

«Cela fait des décennies que nous publions des recherches sur le réchauffement. Mais nous avons été trop prudents, nous avons nous-mêmes sous-estimé les risques», déplore Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam sur l’impact climatique. «Aujourd’hui, il ne nous reste que dix ans pour inverser la courbe des émissions de CO2 et les réduire de moitié d’ici à 2030. Dix ans, c’est exactement le temps qu’il a fallu à l’humanité pour envoyer un homme sur la Lune. Nous avons maintenant dix ans pour remettre la Terre sur une bonne trajectoire et sauver la planète.» Un message relayé par Christiana Figueres, ancienne cheffe de la lutte pour le climat à l’ONU: «Il faut donner le pouvoir à la science. Elle doit être à la base de toutes les décisions et de toutes les actions des responsables politiques, des patrons et des investisseurs.»

Selon les signataires de l’appel, c’est une condition essentielle pour limiter le réchauffement climatique à +1,5°C d'ici à 2100. Ils demandent aussi l’arrêt des investissements et subventions dans les énergies fossiles, l’abandon du charbon dans les pays riches d’ici à 2030, et d’ici à 2040 dans le reste du monde.

Plus bas dans la vallée, la caravane des marcheurs de Strike WEF poursuit sa route vers Davos. Lundi, plus de 600 manifestants ont parcouru la deuxième étape, 24 km entre Schiers et Klosters. Des randonneurs «fatigués mais déterminés à rejoindre Davos à pied», selon Mitra Tavakoli, porte-parole du mouvement, jointe au téléphone à l’Arena Klosters, où les marcheurs étaient hébergés pour la nuit. «Nous resterons pacifiques, nous éviterons l’escalade si la police nous bloque avant Davos», explique cette étudiante en géographie à l’Université de Zurich.

Refus de dialoguer

Mais, contrairement aux scientifiques de l’Arctic Basecamp, elle écarte toute idée de dialogue avec le WEF. «Il est temps d’abolir le WEF, à cause de ceux qui y participent, les multinationales responsables de l’injustice climatique et sociale!» Elle évite pourtant de critiquer les activistes du climat, comme Greta Thunberg, qui ont accepté de s’exprimer dans cette enceinte. «Nous ne les jugeons pas. Nous ne voulons pas nous laisser diviser. Mais pour nous ce n’est pas un dialogue équitable: c’est le WEF qui décide qui est invité et dans quel cadre. Or, en cinquante ans, rien n’a changé, l’état du monde s’est aggravé.»

Mitra Tavakoli reste évasive sur le plan élaboré par les marcheurs pour rejoindre Davos à pied mardi. «Ça dépendra de la neige, de l’état des sentiers et du nombre de participants à la marche.» Aucune certitude non plus sur la présence ou non de Greta Thunberg parmi les marcheurs, avant ou après sa prise de parole au WEF. Lundi, l’entourage de la jeune Suédoise indiquait qu’elle se rétablissait avant sa participation très attendue, mardi, au Forum économique mondial.

Créé: 20.01.2020, 22h47

UBS: «C’est maintenant»

La finance est sous pression. Les activistes du climat l’accusent d’investir encore massivement dans les énergies fossiles et de ne pas tenir compte de l’urgence à inverser la courbe des émissions de CO2. À Davos, tant les banques que les multinationales aux marques bien connues ont conscience qu’on les observe comme jamais. Lundi, dans la station grisonne, UBS, la grande banque suisse, a présenté une feuille de route, un document de 60 pages destiné aux investisseurs et aux milieux politiques. Signée par Axel A. Weber, président du conseil d’administration, et Sergio P. Ermotti, CEO, la feuille de route examine comment prendre en compte la réalité dramatique du changement climatique auquel l’humanité est confrontée. Selon les dirigeants d’UBS, la question n’est plus de savoir s’il faut agir mais admettre que «c’est maintenant», sans délai, qu’il faut passer à l’action.

L’enjeu financier est colossal. Selon les calculs de la banque, les capitaux à mobiliser pour la transition écologique d’ici à 2025-2030 s’élèveraient à 1600 milliards de dollars par année alors que les fonds dits durables n’atteignent aujourd’hui que 579 milliards pour le seul domaine de l’énergie. Si l’on prend en compte l’ensemble des processus économiques, les investissements nécessaires devraient être multipliés par 3 ou 5.

Pour y parvenir, UBS juge qu’il ne faut pas attendre que toutes les législations ou contraintes légales soient mises en place. Il est urgent de collaborer avec les gouvernements et la société civile, même en l’absence d’un cadre bien précis, car le temps presse! Les instruments qui visent à mesurer l’impact social et environnemental des entreprises, les fameux critères ESG, sont un premier levier. La banque a rejoint les fonds qui encouragent davantage de transparence, permettant aux investisseurs de sélectionner les meilleures pratiques. Elle s’engage à les inclure dans tous ses produits et recommandera systématiquement les «green bonds», les obligations vertes.

Pierre Veya

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