L'inoxydable Merkel usée par 13 ans de pouvoir

AllemagneLa chancelière allemande Angela Merkel a posé lundi les jalons de la fin de sa carrière, en annonçant que son mandat de chancelière était le dernier.

Angela Merkel devant la presse.
Vidéo: Keystone

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Angela Merkel, 64 ans, a longtemps paru inoxydable. Mais des crises à répétition au sein de sa coalition et les critiques contre sa politique migratoire ont fini par fragiliser irrémédiablement la chancelière allemande, après treize ans de pouvoir.

Elle en a tiré de premières conséquences lundi, au lendemain d'un énième revers électoral, en Hesse. Elle a annoncé qu'elle quitterait en décembre la présidence de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) afin de préparer sa succession, tout en restant chancelière. Un premier pas vers la fin de sa carrière politique.

Le quatrième mandat qu'elle a entamé en mars, après d'interminables tractations, sera probablement comme celui de trop. La recette du compromis permanent entre conservateurs et sociaux-démocrates a fini par lasser les électeurs dans un monde politique atomisé et électrisé par l'irruption de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD, extrême droite).

Soutiens rares

En conflit répété sur la politique d'asile avec son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, patron de la droite bavaroise, Mme Merkel voit son étoile pâlir depuis des mois. Les soutiens se font rares. Elle n'est «plus aussi incontestée qu'elle l'a été au cours des trois législatures précédentes», vient ainsi de lâcher son ancien ministre des Finances Wolfgang Schaüble.

Au début de l'année, sous la pression de frondeurs de son parti, elle avait déjà nommé comme numéro 2 de son parti une proche, Annegret Kramp-Karrenbauer, chargée de préparer un «renouveau». Et elle s'est vu imposer récemment un nouveau président de son groupe parlementaire, plus critique.

Basculement de 2015

Depuis un an, rien ne se passe comme prévu. Lors des législatives de 2017, sa famille politique conservatrice a enregistré un score historiquement bas et vu une partie de ses électeurs préférer des formations hostiles à sa politique d'immigration longtemps généreuse, l'extrême droite et les Libéraux.

C'est à l'automne 2015 que tout a basculé, lorsque Angela Merkel décide d'ouvrir son pays à des centaines de milliers de demandeurs d'asile. Malgré les inquiétudes de l'opinion, elle promet de les intégrer et de les protéger. «Nous y arriverons!», assure-t-elle.

Peut-être la phrase la plus marquante prononcée au pouvoir par Mme Merkel, rétive aux discours enflammés. Jusqu'alors, cette docteure en chimie avait toujours cultivé une image de femme prudente voire froide, sans aspérités, simple, qui aime les pommes de terre, l'opéra et la randonnée.

Valeurs chrétiennes

Pour expliquer sa décision historique sur les migrants, prise sans vraiment consulter ses partenaires européens, ont été évoquées ses «valeurs chrétiennes».

Ce logiciel, elle le tient de son père, un pasteur austère parti vivre avec toute sa famille volontairement dans l'Allemagne de l'Est communiste et athée pour prêcher l'évangile. Angela Merkel y grandit, s'accommodant du système mais sans perdre la foi.

Fin 2015 donc, celle qui fut un temps dépeinte en nazie en Grèce pour son inflexibilité financière face à Athènes, se transforme en «mère Teresa» des réfugiés. Un an plus tard, après le séisme Donald Trump, médias et politiques la proclament «leader du monde libre» dans un contexte de montée des populismes.

Mais la crise migratoire inquiète, la peur de l'islam et des attentats s'installent, et l'électorat conservateur se détourne en partie vers l'AfD. Un tabou de l'après-guerre est brisé quand, en septembre 2017, la formation d'extrême droite fait une entrée historique au Parlement.

Animal politique

En Europe aussi, la politique migratoire de la chancelière a conduit à son affaiblissement. Elle reste néanmoins un animal politique aussi singulier que redoutable, que les grands noms de l'Allemagne contemporaine ont presque tous sous-estimé. A commencer par Helmut Kohl qui lui a mis le pied à l'étrier tout en la qualifiant de «gamine».

En 2000, elle profite d'un scandale financier au sein de son parti pour prendre la CDU. La débutante sans charisme double alors tous les hiérarques masculins. Le 18 septembre 2005, c'est face au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder qu'elle arrache une victoire électorale sur le fil.

Ironie de l'Histoire, elle a largement tiré parti des réformes économiques impulsées par son prédécesseur. Et ses adversaires jugent que sa seule véritable décision d'avenir, la sortie du nucléaire décidée en 2011 après la catastrophe de Fukushima, avait surtout été prise pour satisfaire une opinion effrayée. (ats/nxp)

Créé: 29.10.2018, 14h29

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