L'Italie gagne une manche dans son bras de fer sur les migrants

Union européenneQuelque 450 migrants ont débarqué en Sicile après la promesse de cinq autres pays de l’UE de se répartir leur accueil. Matteo Salvini jubile.

En ce 16 juillet, des migrants débarquent dans le port de Pozzallo en Sicile.

En ce 16 juillet, des migrants débarquent dans le port de Pozzallo en Sicile. Image: Keystone

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Ils ont enfin mis pied à terre. Les 450 migrants qui se trouvaient depuis plusieurs jours à bord de deux navires, l’un de la police douanière et financière italienne, l’autre de la Royal Navy britannique, dans les eaux italiennes, ont tous débarqué en Sicile, à Pozzallo, dans la nuit de dimanche à lundi.

C’est une délivrance pour ces migrants, dont certains sont en piètre condition physique. Mais cette issue est aussi synonyme de victoire pour le gouvernement italien, engagé dans un bras de fer avec les autres pays de l’Union européenne pour que ceux-ci prennent dorénavant également en charge les nouveaux arrivants. Car le débarquement en Italie de la totalité de ces 450 migrants s’est fait au terme d’un marchandage sur leur accueil: l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la France et Malte se sont engagés chacun à prendre à leur charge 50 migrants. La Suède et la Belgique pourraient également être sur les rangs.

«Pour la première fois, nous pouvons dire que les migrants ont débarqué en Europe»

Les autorités italiennes affichaient lundi leur satisfaction. «Aujourd’hui, pour la première fois, nous pouvons dire que les migrants ont débarqué en Europe», commentait la présidence du Conseil des ministres, tandis que Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur, artisan ces dernières semaines de la politique drastique de la fermeture des ports, évoquait «une victoire politique».

Bien que caricatural, le constat est là pour l’électorat de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles: c’est la politique de fermeté, assumée par Matteo Salvini, qui a réussi à faire plier les autres pays membres de l’UE, alors que depuis des années Rome se plaint de leur manque de solidarité dans la crise migratoire, laissant l’Italie assumer seule l’accueil de centaines de milliers de migrants.

Mais lundi, la presse transalpine relevait aussi les fissures apparaissant sur ce dossier au sein de la coalition gouvernementale, entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, et entre le Ministère de l’intérieur et le président du Conseil, Giuseppe Conte. «Pour le gouvernement, cela pourrait commencer à devenir compliqué d’assumer la double voie entre un Matteo Salvini qui joue les féroces pour satisfaire les électeurs et une présidence du Conseil qui doit aller négocier avec les chancelleries européennes», soulignait lundi matin «La Repubblica».

Répartition des migrants
Ce week-end, Giuseppe Conte avait envoyé une lettre urgente à la Commission européenne et aux chefs des 27 États membres de l’UE pour les sommer d’intervenir et d’assumer leur part dans l’accueil des 450 migrants récupérés en mer Méditerranée par les deux bateaux. Après des échanges téléphoniques et écrits de Rome avec les autres chancelleries européennes, la France, Malte et l’Allemagne d’abord, puis l’Espagne et le Portugal ont donc accepté de se répartir l’accueil des arrivants.

Serait-ce le début d’une nouvelle solidarité européenne, au départ déclenchée par un cynique chantage en mer? L’arrivée inéluctable de nouveaux bateaux dira rapidement si la pratique est durable. Tous les États membres de l’UE ne sont en tout cas pas prêts à signer. Sur ce dossier, les gouvernements populistes, qui sur le papier peuvent apparaître comme les alliés naturels du nouveau pouvoir italien, sont aux abonnés absents. «La Hongrie n’accueille personne», déclarait dimanche Istvan Hollik, le porte-parole du Fidesz. Idem en République tchèque: en réponse à la lettre de Giuseppe Conte, le premier ministre Andrej Babis lançait sur Twitter que l’approche italienne était «une route pour l’enfer»

Créé: 16.07.2018, 16h32

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