L’Italie s’inquiète pour ses milliers d’ouvrages routiers en fin de vie

GênesAprès la tragédie de Gênes, les questions sur la qualité des infrastructures routières fusent en Italie.

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Quelques heures après le drame, l’Institut pour les technologies de la construction, rattaché au Conseil national de la recherche (la plus grande structure publique de recherches dans la Péninsule), pointait le fait que «les effondrements de structures routières en Italie suivent depuis quelques années une préoccupante régularité». Et de citer des exemples: un tronçon de viaduc s’est écroulé à Agrigente (Sicile) en juillet 2014, un autre près de Lecco (Lombardie) en octobre 2016, faisant 1 mort et 5 blessés. À Ancône (Marches), en mars 2017, l’effondrement d’un pont au-dessus de l’autoroute de l’Adriatique faisait deux morts et deux blessés. Un mois plus tard, c’est un bout du périphérique de Fossano, près de Cuneo (Piémont), qui cédait.

Selon le directeur d’une société chargée de la surveillance des infrastructures, cité par «Il Giornale», une vingtaine d’événements de ce type, mais sans forcément avec de graves conséquences, se produiraient chaque année dans le pays, sans que personne n’en parle. Un autre expert de la maintenance, cité anonymement par «La Repubblica», évoque 300 ouvrages, sur les 45 000 ponts et tunnels importants que compte l’Italie, qui seraient catalogués à hauts risques.

«Des dizaines de milliers de ponts, en Italie, ont aujourd’hui dépassé la durée de vie pour laquelle ils ont été projetés et construits»

Pour Antonio Occhiuzzi, directeur de l’Institut pour les technologies de la construction, il y a un point commun entre la plupart des tronçons qui se sont déjà écroulés aux quatre coins du pays: «La grande partie des infrastructures routières italiennes, telles que les ponts, a dépassé les 50 ans d’âge, ce qui correspond à la durée de vie des ouvrages en béton réalisés avec les technologies dont on disposait après la Seconde Guerre mondiale.» Ceux-ci ne répondent plus à l’état actuel du trafic et du parc de véhicules. En pratique, «des dizaines de milliers de ponts, en Italie, ont aujourd’hui dépassé la durée de vie pour laquelle ils ont été projetés et construits.» Et toujours selon l’expert, dans de nombreux cas, les coûts extraordinaires qu’il faudrait pour retaper ces ponts sous-entretenus seraient désormais supérieurs à ceux de leur démolition et reconstruction. Mais dans les deux cas de figure, les montants à investir se chiffrent à des dizaines de milliards d’euros. D’où l’inertie.

Il aura donc fallu la tragédie de Gênes pour que le gouvernement italien réagisse et annonce, mercredi, un audit des ponts et des tunnels vieillissants dans tout le pays. Il a par la même occasion annoncé le retrait de la concession autoroutière accordée à la société Autostrade per l’Italia, filiale du groupe Atlantia, qui gérait l’entretien du pont Morandi, à Gênes. Celle-ci se défend de toute négligence.

Monitoring plus à la hauteur

Cette sanction immédiate, aux accents très politiques, servira-t-elle de pis-aller? L’Italie s’interroge. Antonio Occhiuzzi notait mardi que le pont Morandi «était sous constante observation, et qu’il n’y a pas à douter que la société concessionnaire a utilisé toutes les technologies disponibles aujourd’hui pour sa surveillance». Mais il relevait que les systèmes de monitoring ne sont de toute évidence plus à la hauteur pour éviter des tragédies comme celle de Gênes. Les ingénieurs en génie civil en appellent à une prise de conscience collective et un engagement fort de l’État.

D’autant que la Péninsule a aussi affaire à d’autres problèmes en lien avec la gestion de ses marchés publics. En février 2015, la procureure générale de la Cour d’appel de Palerme relevait que plusieurs ponts s’étaient déjà écroulés en Sicile en raison des matériaux très pauvres utilisés suite au détournement des fonds par la mafia. Un mois plus tôt, un morceau d’autoroute à 40 km de Palerme s’effondrait une semaine seulement après l’inauguration du tronçon.

Créé: 15.08.2018, 21h38

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