En Italie, l’ultradroite au pouvoir donne des ailes aux anti-IVG

AvortementDepuis l’arrivée de la Ligue au pouvoir, un agenda consistant à prendre le contrôle du corps et de la vie des femmes se dessine dans la Péninsule.

Manifestation, dans les rues de Rome, de militants «provie» et contre la loi 194 sur l’avortement de 1978.

Manifestation, dans les rues de Rome, de militants «provie» et contre la loi 194 sur l’avortement de 1978. Image: GETTY IMAGES

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La loi autorisant l’avortement en Italie, dont cette année marque le 40e anniversaire, va-t-elle réussir à traverser sans dommage la législature sous l’ère de l’ultradroite au pouvoir? Remuant mais pas vraiment entendu ces dernières années, le lobby anti-IVG trouve en effet avec la Ligue de nouveaux appuis de poids pour faire avancer sa cause.

Ce samedi 24 novembre, ces «pro vita» défileront contre l’avortement à Vérone, alors que les néofascistes de Forza Nuova ont annoncé leur intention de rejoindre le cortège. Le même jour, l’association Non una di meno («pas une de moins»), active contre toutes les formes de violences faites aux femmes, espère à Rome «une marée féministe» pour dénoncer «les politiques patriarcales du gouvernement Salvini-Di Maio». Plus que jamais, l’Italie se fracture sur les questions touchant aux libertés des femmes. La volonté affichée de certains courants de reprendre le contrôle de leur corps et de leur vie suscite des mobilisations dans tout le pays depuis plusieurs semaines.

Un ultra au gouvernement

Les «pro vita», eux, cherchent à faire abroger la loi 194, votée en mai 1978, qui autorise l’avortement jusqu’à douze semaines. En guise d’alternative, ils proposent une loi beaucoup plus restrictive, dont la teneur a été conçue en 2015, et qui n’avait jusqu’ici que peu de chance de progresser politiquement. Or ils peuvent désormais compter sur un des «leurs», Lorenzo Fontana, un léguiste qui occupe la tête du Ministère de la famille et du handicap, un nouveau dicastère créé par la coalition au pouvoir.

«Avec fierté, Vérone se déclare désormais première «zone provie» d’Italie»

Le ministre de 38 ans a fait ses classes auprès des courants les plus conservateurs de Vérone, en Vénétie, ville bastion du catholicisme traditionaliste. Il est un ancien ultra du club de foot local, formé d’ultras qui d’ailleurs ne cachent pas leurs sympathies néonazies, et son mentor spirituel, le père Vilmar Pavesi, pense entre autres inepties que «les gays sont le diable» et que «seuls les hommes sont capables de suivre ses messes en latin». Lorenzo Fontana, qui a adhéré à l’âge 16 ans à la Ligue (du Nord à cette époque), est toujours resté très fidèle a ses convictions: au cours de sa carrière de député, il a multiplié les déclarations contre l’avortement. De manière générale, il malmène les droits des femmes et des minorités sexuelles, et considère l’immigration comme un danger pour la survie de la civilisation italienne.

Sous l’impulsion de la nouvelle majorité dominée par la Ligue (son allié le M5S tente de s’opposer à ces tendances), les politiques familiales se conçoivent dans un cadre qui place la famille traditionnelle au centre de la réflexion. Exemple: un projet de loi porté par Simone Pillon, un sénateur de la Ligue et président de la Commission de justice, attaque les femmes sur la garde et la pension alimentaire des enfants. Il s’agit d’une politique qui vise à empêcher les divorces, «à rétablir les rôles et les hiérarchies de genre qui nient l’autodétermination des femmes», analyse l’association Non una di meno, en soulignant à quel point de tels projets aggravent leur précarité économique.

Autre exemple: au nom de la lutte contre la dénatalité, la Ligue vient de ressortir une vieille idée mussolinienne: elle envisage de donner un lopin de terre (au sud de la Péninsule) à toute famille qui concevra un troisième enfant d’ici à 2021, projet qualifié de «retour au Moyen Âge» par le centre gauche.

Des poches «pro vie»

Outre leurs soutiens de poids au sein du gouvernement, les courants antiavortement peuvent compter sur l’offensive de plusieurs villes dominées par des majorités conservatrices. C’est là que l’on retrouve Vérone, municipalité en mains des amis léguistes de Lorenzo Fontana. Le 4 octobre dernier, au nom de la lutte contre la crise de natalité que connaît le pays, la ville a fait passer une motion prévoyant des aides financières à des organismes anti-IVG s’employant à dissuader les femmes d’interrompre une grossesse. Ambiance au moment des débats: aux féministes vêtues du costume rouge à capuchon de la série «The Handmaid’s Tale», venues protester, des politiciens ont répondu par des saluts fascistes.

Avec fierté, Vérone se déclare désormais première «zone provie» d’Italie, et d’autres municipalités envisagent de lui emboîter le pas. Le débat a été lancé notamment à Alexandrie, dans le Piémont, où une motion similaire a été déposée à la mi-novembre. Elle est examinée ces jours-ci, sous les vives critiques des organisations de défense des droits des femmes, qui réclament que cessent les attaques contre la loi 194.

La loi italienne sur l’avortement est pourtant loin de garantir l’accès des femmes à une interruption de grossesse. Car une clause de la loi permet aux médecins d’invoquer leur conscience pour refuser de pratiquer cet acte médical. Or, en 2018, 70% des gynécologues ne veulent pas pratiquer d’IVG, un taux qui atteint les 90% dans certaines régions du pays. Le maintien de ces taux élevés serait moins dû aux convictions personnelles des médecins qu’au phénomène de l’ouverture de cliniques privées qui imposent ces clauses. Faute d’accès à l’IVG, quelque 12 000 avortements clandestins seraient pratiqués annuellement en Italie, selon des estimations de l’État datant de 2013, 50 000 selon des ONG.

Créé: 22.11.2018, 17h58

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