Jamala, la voix des Tatars de Crimée contre Moscou

EurovisionKiev a envoyé à Stockholm une descendante des 240 000 musulmans déportés jadis par Staline. Polémique .

Image: AFP

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«Quand les étrangers viennent/Ils viennent dans votre maison/Ils vous tuent tous et disent/Nous ne sommes pas coupables/Mais à quoi pensez-vous!/L’humanité pleure/Vous vous prenez pour des dieux/Mais nous sommes mortels/N’avalez pas mon âme!»

Ainsi chante Jamala, la Tatare de Crimée que l’Ukraine a envoyée ce jeudi soir à la demi-finale de l’Eurovision à Stockholm. Avec un titre pour le moins polémique: 1944 évoque la déportation de sa famille et de son peuple par Staline, déplaçant en Asie centrale les 240 000 musulmans de la péninsule. De quoi provoquer l’ire du Kremlin, deux ans après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Des officiels à Moscou ont protesté auprès des organisateurs de l’Eurovision, à Genève, estimant que cette chanson en anglais sert à dénigrer la Russie. Mais l’Union européenne de radio-télévision (UER) a tranché en faveur de l’Ukrainienne, estimant que Jamala ne tient pas de propos politiques. Les paroles évoquent un drame sans mentionner explicitement la déportation. Et encore moins la récente annexion russe. L’auditeur ne reçoit que deux indices: le titre 1944 et une strophe chantée en langue tatare: «Je n’ai pas pu y passer ma jeunesse, vous m’avez pris ma paix.»

Cela dit, en interview, la chanteuse ne cache pas ses intentions. Susana Jamaladinova, 32 ans, est née au Kirghizistan, où sa famille a été déportée. Son arrière-grand-mère, dit-elle, a dû quitter la Crimée avec ses cinq enfants, dont une fille qui est morte en route pour l’Asie centrale. «C’est éprouvant de chanter cette mémoire encore et encore. Mais je sens que c’est nécessaire en ce moment. Les Tatars de Crimée sont désespérés et ils ont besoin de soutien.»

Ce n’est évidemment pas la première fois que l’Eurovision doit gérer des tensions politiques. En 2009, moins d’un an après la guerre russo-géorgienne en Ossétie du Sud et en Abkhazie, la chanson géorgienne We Don’t Wanna Put In, attaque à peine voilée contre Vladimir Poutine, a été disqualifiée du concours organisé à Moscou. Et ce mardi, lors de la première demi-finale, la chanteuse de l’Arménie a créé la polémique en brandissant le drapeau du Haut-Karabakh, enclave séparatiste en Azerbaïdjan. A Genève, l’UER a un temps songé à interdire aux fans de l’Ukrainienne Jamala de brandir le drapeau des Tatars de Crimée… avant d’y renoncer.

Créé: 12.05.2016, 22h01

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