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«Ce qui se joue au second tour, c'est la France de 2022»

De passage à Lausanne, les éditorialistes Franz-Olivier Giesbert et Jean-François Kahn ont analysé le duel Macron-Le Pen. Aussi savoureux que passionnant.

Les éditorialistes Franz-Olivier Giesbert et Jean-François Kahn ont analysé le duel Macron-Le Pen, ce mercredi matin à Lausanne.
Les éditorialistes Franz-Olivier Giesbert et Jean-François Kahn ont analysé le duel Macron-Le Pen, ce mercredi matin à Lausanne.
ARC - Rendez-vous de Gstaad

La salle de bal de l'Hôtel Royal Savoy, à Lausanne, était pleine à craquer ce mercredi matin, à l'enseigne des «Rendez-vous de Gstaad» (une assemblée informelle de débats), délocalisée pour la circonstance. Les invités - du monde des affaires, de la politique, de la société civile - ne s'y sont pas trompés. Avec Franz-Olivier Giesbert et Jean-François Kahn, l'analyse de l'entre deux tours à la présidentielle française se doublerait d'un spectacle très français, fait de petites phrases et d'alerte cabotinage. Le duo d'éditorialistes n'a pas déçu, à quelques heures du débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Mêmes conclusions

Entre les piques, les anecdotes et les bons mots, le romancier et grand journaliste du Point (après le Nouvel Obs et le Figaro, entre autres) et son acolyte, fondateur de l'Evénement du Jeudi et de Marianne (entre autres), arrivent aux mêmes conclusions: Emmanuel Macron sera le prochain président de la République française, mais ses idées sont minoritaires; et le score de Marine Le Pen déterminera déjà le paysage politique français dans cinq ans.

«J'ai écrit voici six mois que la France était prête à dépasser le clivage traditionnel entre les deux partis dominants de gauche et de droite, dit Jean-François Kahn (JFK). Cette incarnation de dépassement du système est la seule des dix principales idées de Macron sur laquelle il est majoritaire. Sur toutes les autres, il est minoritaire.» L'Europe, le libéralisme, le social, le travail, le jeune candidat d'En Marche! s'inscrit contre un courant dominant qui rejette tout ce qui paraît lié à la mondialisation. «La chance de Macron, c'est que ces fronts sont dispersés.»

«Cette élection est intéressante parce que pour la première fois, on a un choix dépassant le clivage gauche-droite»

Franz-Olivier Giesbert (FOG) renchérit: «C'est tous contre Macron, à 75%. La France a l'impression que tout va mal à cause du libéralisme, alors qu'avec 57% du PIB en dépenses publiques, elle est plus proche du communisme! A part Macron, tout le monde se fiche de la dette. Et quel déni sur le travail: les Français pensent qu'ils travaillent trop, alors que les statistiques sont formelles, c'est le pays européen où l'on bosse le moins!» JFK poursuit: «Cette élection est intéressante parce que pour la première fois, on a un choix dépassant le clivage gauche-droite. Regardez les arrondissements de Paris, au 1er tour, des quartiers «de droite» comme d'autres «de gauche», mais tous composés de la classe moyenne, se sont retrouvés sur le vote Macron. En revanche, autant l'ancien clivage disparaît, autant un nouveau fossé se creuse, un fossé de classe. Et les espaces populaires anti-mondialisation, eurosceptiques, représentent 48 à 50% de l'électorat.» Y a-t-il un risque que ce large socle contestataire porte Marine Le Pen au pouvoir? Ni FOG ni JFK ne le pensent, mais ils avertissent que «ce qui se joue, c'est déjà 2022», comme le dit Giesbert.

«La différence sera fondamentale selon qu'elle fera 39% ou 43%, avertit Kahn. Plus son score sera élevé, moins une partie de la droite ne voudra bousculer ses électeurs. Il y aura une forte pression de l'aile représentée par Laurent Wauquier pour négocier des accords électoraux aux législatives. L'aile Juppé refusera, il y aura scission. Et un bloc FN avec une partie de la droite pourrait former un fort groupe parlementaire. Avec un anti-macronisme alimenté par un relent d'antisémitisme qu'on perçoit déjà, dans les mentions récurrentes à la banque Rothschild - dirait-on la même chose si Macron avait travaillé au Crédit Agricole?»

Autre conséquence possible, selon JFK: «L'extrême-gauche débilo-anarchisante, les professionnels de l'antifascisme, s'abattront sur la bête, multiplieront les violences et les castagnes, se radicaliseront encore, ce qui favorisera le FN.»

«Une autre France existe, créative, dynamique»

Giesbert est persuadé que l'épisode Fillon («un joueur insouciant») n'a pas abattu la droite républicaine. Il croit en revanche que le Parti socialiste s'est «suicidé». Et désigne une responsable majeure, Martine Aubry, «qui a tout fait pour empêcher Hollande de gouverner», par revanche personnelle, en alimentent les frondeurs d'un PS aujourd'hui en lambeaux. «Aubry, c'est une vestale sculptée dans un calcul biliaire, tombée dans un pot de fiel», lance FOG, cinglant. Qui estime que le rejet hystérique de la loi El Khomri (sur la réforme du travail) cristallise le mal français: son archaïsme extraordinaire. Quel sombre tableau! N'y a-t-il pas dans cette antienne une part de fond de commerce pour éditorialistes? Anticipant le ressenti d'une partie de la salle, sans doute, les deux bretteurs passent les cinq dernières minutes à égrener des notes d'espoir: «Une autre France existe, créative, dynamique», s'enthousiasme Kahn. Lui, macroniste depuis des mois, et Giesbert, juppéiste rallié à Macron, estiment que «l'optimisme est ravivé», que le jeune candidat a «des airs de Justin Trudeau» (le premier ministre canadien). Mais Giesbert prévient: «Il faut que ça marche. Et Macron devra affronter un problème de légitimité.»

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