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FranceL'avocat de Tapie et un juge placés en garde à vue

L'un des trois juges arbitres ayant pris une décision favorable à Bernard Tapie en 2008, ainsi que son avocat, ont été placés en garde à vue.

Les enquêteurs soupçonnent Pierre Estoup d'avoir eu des liens professionnels anciens avec Me Maurice Lantourne, avocat de Bernard Tapie (photo).
Les enquêteurs soupçonnent Pierre Estoup d'avoir eu des liens professionnels anciens avec Me Maurice Lantourne, avocat de Bernard Tapie (photo).
Archives, AFP

Soupçonnés d'avoir eu des liens qui ont pu fausser l'arbitrage rendu en 2008 en faveur de Bernard Tapie dans son litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas, le juge arbitre Pierre Estoup et l'avocat de l'homme d'affaires, Me Maurice Lantourne, ont été placés en garde à vue par les enquêteurs.

Pierre Estoup, 86 ans, ancien président de la cour d'appel de Versailles, a été placé en garde à vue lundi et Me Lantourne mardi matin à la demande des trois juges d'instruction qui enquêtent depuis septembre 2012 dans le volet non ministériel de cette affaire.

Le tribunal arbitral, instance privée composée de trois éminents juristes, Pierre Estoup, Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, et l'avocat Jean-Denis Bredin, avait rendu une décision favorable à Bernard Tapie lui permettant de toucher 403 millions d'euros.

Les enquêteurs soupçonnent Pierre Estoup d'avoir eu des liens professionnels anciens avec Me Maurice Lantourne, avocat de Bernard Tapie.

L'ex-magistrat n'en avait pas fait état au moment de l'arbitrage en faveur de l'homme d'affaires. Mais aux yeux du député centriste, Charles de Courson, adversaire acharné d'un recours à l'arbitrage dans cette affaire, ce défaut d'information relève d'un conflit d'intérêts susceptible de remettre en cause la légalité de l'arbitrage dont a bénéficié Bernard Tapie.

Deux autres arbitrages

Pierre Estoup est par ailleurs intervenu à la demande de Me Lantourne dans deux autres arbitrages, en 1999 et 2001. «J'ai eu trois arbitrages avec Pierre Estoup dans les dix ans qui ont précédé» l'arbitrage Adidas, a récemment indiqué Me Lantourne pour lequel cette question est «un faux problème».

Récemment de nombreuses perquisitions ont été réalisées notamment aux domiciles des trois juges arbitres, de Bernard Tapie et au cabinet de Me Lantourne. Selon l'Express, lors d'une nouvelle perquisition le 14 mai à l'un des domiciles de Pierre Estoup, les policiers ont en outre saisi un livre écrit par Bernard Tapie et dédicacé, en juin 1998, à Pierre Estoup auquel il adresse «toute (s)on affection». Or Bernard Tapie affirme ne pas connaître Pierre Estoup. L'homme d'affaires n'avait pu être joint mardi en début d'après-midi.

Parallèlement à l'information judiciaire confiée aux trois juges, une procédure a été engagée devant la Cour de Justice de la République (CJR) contre l'ex-ministre de l'Economie Christine Lagarde, qui avait pris fin 2007 la décision de recourir à cet arbitrage pour solder le contentieux.

Christine Lagarde en témoin assisté

Il est reproché à Christine Lagarde d'avoir eu recours à cet arbitrage privé alors qu'il s'agissait de deniers publics, d'avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé.

Visée par une enquête pour «complicité de faux et de détournement de fonds publics», la patronne du FMI a été entendue durant deux jours la semaine dernière, et placée vendredi sous statut de témoin assisté. Interrogée par les députés en 2008, Mme Lagarde avait dit avoir pris elle-même la décision sans avoir reçu d'ordre de Matignon ou de l'Elysée.

Mais selon l'Express, la CJR a eu reçu copie de certains agendas de Nicolas Sarkozy montrant que ce dernier a reçu Bernard Tapie à de nombreuses reprises en 2007-2008.

Bernard Tapie avait soutenu Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007. Prié de dire si elle agirait aujourd'hui de la même façon qu'en 2007-08, l'avocat de Christine Lagarde, Me Yves Repiquet, a répondu qu'«à la lumière des éléments dont elle dispose désormais,», l'ex-ministre n'aurait «pas forcement» pris la même décision.

Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a de son côté annoncé que le gouvernement envisageait un éventuel recours contre la décision d'arbitrage controversée.

S'estimant pour sa part être avoir été «victime» s'il est démontré «qu'il y a eu fraude, une magouille», l'ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et actuel PDG d'Orange, Stéphane Richard, a de son côté jugé «légitime qu'il y ait un recours» auquel il s'associerait.

AFP

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