Juppé, Sarkozy: la course au libéralisme est lancée

Présidentielle 2017Les candidats à la primaire des Républicains mettent le curseur à droite sur l’économie.

Au sein du parti Les Républicains, déclarés officiellement ou non, les candidats à la primaire Nicolas Sarkozy, François Fillon, Bruno Le Maire et Alain Juppé (de g. à dr. et de haut en bas) rivalisent d’arguments libéraux pour séduire les Français.

Au sein du parti Les Républicains, déclarés officiellement ou non, les candidats à la primaire Nicolas Sarkozy, François Fillon, Bruno Le Maire et Alain Juppé (de g. à dr. et de haut en bas) rivalisent d’arguments libéraux pour séduire les Français. Image: PHOTOS AFP/KEYSTONE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En 2016, la droite française est libérale, très libérale. En effet, la plupart des candidats à la primaire des Républicains (LR), prévue les 20 et 27 novembre prochains, qui doit désigner le candidat officiel du Parti Les Républicains à la présidentielle de 2017, jouent des coudes pour apparaître plus libéraux les uns que les autres. Une manière ostentatoire de prendre à contre-pied, entre autres, le «ras-le-bol fiscal» qui aura marqué l’actuel quinquennat du Parti socialiste au pouvoir. Milliards d’économie, fin des 35 heures, réforme du Code du travail, relèvement de l’âge de la retraite… Cette avalanche de mesures choc a même fait dire la semaine dernière à Alain Madelin, ex-chevalier solitaire du libéralisme au pays du tout-Etat, que «le programme de la droite est une caricature du libéralisme» (lire ci-dessous).

Pensent-ils tous pareil? Veulent-ils tous appliquer à la France un remède de cheval? A voir… En lice? Désormais douze candidats annoncés, avec hier encore l’annonce du gaulliste Henri Guaino. Et sans compter Nicolas Sarkozy, dont les intentions ne font plus de doute, mais non déclaré officiellement. Ainsi parmi les ténors, il y a une vraie surenchère. Alain Juppé, Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et, surtout, François Fillon ont proposé un projet de rupture. Connu de longue date, celui de l’ex-premier ministre, qui se présente en Thatcher français, a ainsi contraint ses principaux concurrents à le suivre dans une course au titre du plus «ardent réformateur».

La méthode vite, vite, vite…

Les réformes, la plupart des candidats LR veulent les implémenter dès les premiers jours du quinquennat. Histoire de profiter de la grâce qu’offre l’élection présidentielle. En 2007, Nicolas Sarkozy s’était fourvoyé avec ses tapages «bling-bling». Et en 2012, François Hollande a perdu l’impulsion avec son attentisme de «président normal». Alain Juppé, Bruno Le Maire, comme Nicolas Sarkozy par allusion et François Fillon qui l’a écrit, veulent réformer le pays en 100 jours. Le plus souvent par ordonnance, sans passer donc par le parlement, et sans en référer au dialogue avec les partenaires. La crise sociale qui bloque la France en ce printemps 2016 avec la contestation des syndicats – avec des revendications que la droite qualifie d’immobilismes – les encourage dans cette voie. «Moi, je réussirai à réformer parce que j’annonce la couleur. Si l’on veut réussir, il faut dire la vérité aux Français», a expliqué sur TF1 dimanche soir le favori des sondages, Alain Juppé.

Code du travail

Il fait encore l’actualité ces jours dans la rue par la contestation et au Sénat avec les amendements de la droite, qui aimerait redonner au Code du travail la vigueur du premier projet El Khomri. Avant les concessions. François Fillon propose par exemple l’introduction du contrat de travail unique. Nicolas Sarkozy la fin des 35 heures et l’incitation au dépassement d’une durée légale qui serait fixée dans les entreprises. Alain Juppé veut introduire le plafonnement des indemnités de licenciement. Dans l’ensemble, les propositions de la droite sur le Code du travail semblent sorties du rapport Combrexelle, commandé par Manuel Valls et qui a servi de colonne vertébrale à la première version du projet de loi Travail.

L’âge de la retraite

L’âge du départ à la retraite est aujourd’hui de 62 ans. Avec un président de droite en 2017, il y aurait du changement. Bruno Le Maire, François Fillon et Alain Juppé veulent le relever à 65 ans. Nicolas Sarkozy parle, lui, de 64 ans. Tous veulent entre autres supprimer le compte de pénibilité introduit par la première loi Travail (loi Sapin, à l’époque ministre du Travail) qui permet entre autres des aménagements dans les départs à la retraite selon les métiers exercés.

La dépense publique

D’abord, les quatre favoris sont favorables à une diminution des prestations sociales. Selon plusieurs modèles, Juppé-Sarkozy-Fillon-Le Maire introduiraient la dégressivité des allocations-chômage. A noter qu’elle a existé en France entre 1992 et 2000. Ensuite, il y a surtout des économies à réaliser. Et là, c’est la valse des chiffres: Alain Juppé avance 100 milliards d’euros d’économies en cinq ans. Il y a peu, le maire de Bordeaux jugeait les 110 milliards de Fillon trop extrêmes. Bruno Le Maire parle, lui aussi, de 100 milliards. Tandis que Nicolas Sarkozy évoque, lui, une réduction des dépenses publiques à 50% du PIB, avec l’inscription de ce mécanisme dans la Constitution. Un frein à la dépense à la française.

L’ISF et la fiscalité…

Le fameux ISF français, soit l’impôt de solidarité sur la fortune, est évidemment un marqueur idéologique entre la gauche et la droite. L’impôt introduit en 1982 a traversé plusieurs gouvernements de droite. Car personne ne voulait passer pour l’ami des riches… Aujourd’hui, le tabou est tombé. François Fillon le premier, mais aussi Nicolas Sarkozy et Alain Juppé proposent de le supprimer. Bruno Le Maire est plus vague en proposant une grande réforme fiscale. De manière générale, les allégements de charge sur les entreprises sont mis en exergue. Pour l’impôt sur le revenu qui touche les particuliers, il n’y a que Nicolas Sarkozy qui se montre généreux en promettant une baisse de 10% sur toutes les tranches. Son principal adversaire, Alain Juppé, prévient: «Tout ne sera pas possible. Méfiez-vous des promesses électorales.»

Les fonctionnaires

Sujet sensible s’il en est: les fonctionnaires. Ils étaient 5,64 millions fin 2014, nouveau record! Et surtout, la France est le pays qui compte le plus de fonctionnaires en Europe. Alors, le plus prudent, Alain Juppé, promet dans un premier temps de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Mais il se garde bien de chiffrer. Nicolas Sarkozy veut, lui, en supprimer 300 000 en cinq ans. François Fillon, «Monsieur Tout Plus», promet 600 000 agents de la fonction publique en moins. Et que dire de Bruno Le Maire, qui a annoncé un million de fonctionnaires en moins en dix ans s’il est élu en 2017.

L’adoucissant social

Dans cette course à l’échalote libérale, plusieurs cadres des Républicains ont tiré la sonnette d’alarme avec un message clair: il ne faut pas effrayer les Français avec des mesures trop radicales. Ces derniers jours, on entend dès lors des accents sociaux à droite. Taxé d’ultralibéral, François Fillon tente de corriger son image et propose un «plan contre la pauvreté et l’exclusion». Par ailleurs, il répète lors de ses dernières interventions que son programme redonnerait 10 milliards de pouvoir d’achat à la classe moyenne, qui a été «matraquée sous Hollande».

MADELIN AVEC HOLLANDE?

«Cette présentation est une caricature du libéralisme, qui apparaît comme une purge patronale. C’est du Robin des Bois à l’envers: prendre de l’argent aux pauvres pour le donner aux riches!» Alain Madelin a taclé avec virulence dans Le Point les propositions «libérales» des candidats républicains. Cette analyse de la figure historique du libéralisme en France a sonné comme du miel aux oreilles de François Hollande.

Car la primaire des Républicains, c’est déjà pleinement la campagne présidentielle 2017. Et il n’a échappé à personne que le président de la République mise sur la surenchère libérale à laquelle se livrent les candidats LR pour revaloriser son bilan. En effet, en France, libéralisme signifie austérité et est perçu comme «antisocial». Et les programmes des candidats LR auraient parachevé la caricature. D’où la mise au point d’Âlain Madelin…

Un événement qui va dans le sens de la stratégie que François Hollande a commencé à mettre en place depuis début mai. Lors de ses interventions, le chef de l’Etat (pas encore candidat) joue sur l’effet de comparaison avec les politiques envisagées par l’éventuelle alternance de 2017. A ce jeu-là, François Hollande tient le rôle du dernier rempart du modèle social à la française, qu’il modernise certes non sans difficulté, mais qu’il veut avant tout préserver. C’est le «ça va mieux» qui souffle du «donnez-moi du temps».

Alors, si les électeurs ne le voient pas encore, François Hollande ne fait plus dans le subliminal et surligne les contrastes. Lors d’un discours à Paris, il n’a pas manqué d’attaquer les candidats à la primaire des Républicains. «Leur dessein? Ils veulent tout défaire. Leur seul projet est d’annuler ce que nous avons fait», a martelé François Hollande.

Créé: 14.06.2016, 08h18

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.