La laborieuse marche pour l’interdiction des robots tueurs

Technologie Une réunion d’experts se tient à Genève. L’horizon n’est encore pas dégagé pour l’adoption d’un traité contraignant.

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Des experts gouvernementaux venus du monde entier sont réunis à Genève jusqu’à vendredi pour essayer de jeter les bases d’une réglementation internationale qui pourrait interdire l’usage des systèmes d’armes entièrement autonomes, aussi appelés «robots tueurs».

Les ONG et les défenseurs des droits de l’homme estiment qu’il est urgent de légiférer. Les États, eux, sont moins pressés. Pour l’heure, la réflexion menée dans le cadre de la Convention sur certaines armes classiques (CCW) avance à pas comptés. L’Indien Singh Gill, qui préside le Groupe d’experts gouvernementaux sur les technologies émergentes dans le domaine des armes autonomes, affirme que «des progrès considérables ont été accomplis pour parvenir à un accord commun».

La voie royale, celle qui a la faveur des défenseurs des droits de l’homme et des ONG est celle qui pourrait conduire à l’adoption d’un nouveau traité. Mais ce scénario n’est pas celui qui a la faveur des gouvernements. Ces derniers orientent les travaux vers un projet de déclaration politique «contraignante assortie de certaines règles de droit». Certains États estiment même qu’une simple clarification des conventions existantes pourrait suffire à trancher la question des «technologies émergentes». Leurs experts soulignent qu’il n’existe d’ailleurs pas à ce stade d’armes totalement autonomes.

En avril dernier, les experts sont tombés d’accord sur «l’importance de conserver le contrôle humain sur les systèmes d’armement et l’utilisation de la force». Vingt-six pays, dont l’Autriche, le Brésil et l’Égypte, ont appelé à une interdiction totale, mais la France, Israël, la Russie, la Corée du Sud ou encore les États-Unis, qui travaillent au développement de systèmes d’armes autonomes, affichent des positions bien moins radicales.

Réticences

Récemment, Moscou a fait valoir que des restrictions sur les systèmes d’armes autonomes meurtriers pourraient «être inappropriées et préjudiciables à l’innovation». Les États-Unis jugent prématuré d’établir une définition de ces systèmes, et encore moins de les réglementer. L’Europe, elle, reste divisée et la Suisse, qui vient de refuser de ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, se montre prudente.

Autant dire qu’on est encore très loin de trouver un texte qui satisfasse tout le monde. En déplacement à Genève, la Prix Nobel de la paix Jody Williams, figure de proue de la lutte contre les mines antipersonnel et cofondatrice de la Campagne contre les robots tueurs, et Peter Asaro, vice-président du Comité international pour le contrôle des robots tueurs (ICRAC), ont prévenu que la société civile ferait pression pour aller chercher un texte contraignant en dehors de l’ONU si ses organes n’arrivaient pas à régler la question. «Nous demandons aux États de prendre des mesures concrètes afin d’empêcher que ces armes dangereuses ne se répandent, dans la rue comme sur les champs de bataille, avant qu’il ne soit trop tard», exhorte de son côté Rasha Abdul Rahim, chercheuse et conseillère sur l’intelligence artificielle et les droits humains à Amnesty International. (24 heures)

Créé: 29.08.2018, 20h19

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