Un «Lausannois» a restauré Notre-Dame

PatrimoineEugène Viollet-le-Duc fut l'architecte qui a rénové la cathédrale gothique en proie aux flammes depuis lundi soir.

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Si c’est dans sa tombe que Viollet-le-Duc doit se retourner en voyant Notre-Dame brûler, c’est depuis Lausanne qu’il le fera. C’est en effet dans le cimetière du Bois-de-Vaux que le génial architecte responsable de la rénovation de la cathédrale de Paris est enterré. La sépulture de ce précurseur de l’Art nouveau y a d’ailleurs été rénovée en 2008.

Mais revenons d’abord à Paris. En piteux état, la cathédrale doit être d’abord sauvegardée mais doit aussi retrouver sa flamboyance. C’est Prosper Mérimée, l’inventeur du patrimoine, qui décide en 1842 de sa rénovation. Viollet-le-Duc emporte un chantier qui va l’accaparer près de vingt ans. Ce même bâtiment dont, enfant, il croit voir la musique de l’orgue être émise par la lumière des grandes rosaces. Notre-Dame de Paris est évidemment sa réalisation la plus emblématique, celle qui définit les choix architecturaux et patrimoniaux et les méthodes de travail de cet artiste qui reconstruit le Moyen Age. C’est ce que racontait il y a cinq ans Xavier Alonso, notre correspondant à Paris à l’époque, dans le cadre de la grande exposition que lui consacrait la Cité de l’architecture, à l’occasion des 200 ans de sa naissance.

L’ambition des restaurations que l’architecte entreprend alors nécessite donc une rigueur scientifique qu’il possède lorsqu’il se documente sur les constructions équivalentes. Pour Notre-Dame de Paris, il ausculte la cathédrale d’Amiens. Mais, dans le doute, il se laisse aller à ses visions, ses propres interprétations. Dans son dictionnaire raisonné, il n’hésite pas à exposer un concept qui fit polémique: «Restaurer un édifice […] c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. »

Faut-il ou non remettre les sculptures arrachées à la Révolution ou faut-il remettre la flèche sont des questions que se pose le restaurateur respectueux du legs du passé. Mais l’artiste prend parfois le pas et il n’hésite pas à dessiner lui-même une Vierge qu’il confie à un sculpteur. Il s’attaque aussi aux motifs de la grille d’autel, dessine des pièces d’orfèvrerie liturgique aussi exceptionnelles qu’un reliquaire, un lutrin monumental ou le chandelier pascal. Rien ne lui résiste. D’ailleurs, dix de ces œuvres qui sortent rarement du Trésor de Notre-Dame étaient visibles à la Cité de l’architecture.

En fait, à l’instar de Victor Hugo dont le succès du roman «Notre-Dame de Paris» a grandement favorisé le sauvetage de l’édifice, Eugène Viollet-le-Duc, dans l’esprit romantique de l’époque, invente un patrimoine pittoresque, dépositaire d’une certaine idée nationale. En fait, il ne cherche pas la vérité, écrit-il dans un texte, mais le principe même qui animait les architectes du Moyen Age, et l’exprime selon «les besoins et les mœurs du moment». Notre-Dame de Paris est ainsi devenue la cathédrale idéale d’un Moyen Age tel que le XIXe siècle le rêvait. C'est lui, par exemple, qui imposa une flèche à Notre-Dame alors que celle-ci avait disparu de la mémoire des Parisiens.

L’exposition parisienne ne faisait pas l’impasse sur la période lausannoise d’Eugène Viollet-le-Duc. C’est en effet en 1879 qu’il meurt dans le chef-lieu vaudois alors qu’il est occupé à la rénovation de la cathédrale, dont il a reçu la charge en 1873 par le Conseil d’Etat vaudois. Après avoir été inhumé au cimetière de la Sallaz, son corps est transféré au cimetière du Bois-de-Vaux. Condamné à mort en 1870 par la Commune de Paris, Eugène Viollet-le-Duc avait en effet pris ses distances avec la capitale française. A Lausanne, il se fit construire une villa (La Vedette, à l’avenue du Léman), aujourd’hui détruite, à l’intérieur de laquelle il avait peint dans le salon un relief alpin tout de romantisme torturé. Mais en scientifique, ce grand amateur de montagne a aussi dressé une carte topographique du Mont-Blanc. C’est toujours depuis la capitale vaudoise qu’il prépare l’Exposition universelle de Paris de 1878.

A Lausanne, ses travaux sur la cathédrale commencent par la tour Lanterne qui menace de s’effondrer. Lors de la réalisation du «porche des apôtres», Viollet-le-Duc se fait représenter sous la forme du prophète Jérémie. Pendant son séjour lausannois, il réalise également les plans d’une nouvelle église: l'église presbytérienne écossaise à l’avenue de Rumine. Mais la construction de l’édifice fut confiée à un autre architecte.

Créé: 15.04.2019, 21h04

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