Macron entrouvre la porte à un deal avec Johnson

DiplomatiePour éviter un Brexit dur, une solution est possible avec de la bonne volonté, estime le président français

Emmanuel Macron ne veut à aucun prix un affaiblissement de l’Union européenne

Emmanuel Macron ne veut à aucun prix un affaiblissement de l’Union européenne Image: Keystone

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C’était la foule des grands jours, jeudi à l’Élysée, pour assister à la visite de Boris Johnson. Comment le nouveau premier ministre britannique, émule de Donald Trump par sa brutalité et son imprévisibilité, serait-il reçu par Emmanuel Macron? Au lendemain de sa rencontre avec Angela Merkel à Berlin et à deux jours du G7 de Biarritz, cette visite n’avait qu’un seul enjeu: reste-t-il une marge de négociation pour éviter un Brexit dur le 31 octobre?

Négocié pendant deux ans, l’accord auquel est parvenue Theresa May a été refusé à trois reprises par le parlement britannique, acculant l’ancienne première ministre à la démission au profit de Boris Johnson. Il se fait fort, lui, d’obtenir plus.

Le point de friction est ce qu’on appelle le backstop. Pour éviter le rétablissement d’une frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord qui menacerait les accords de paix, cette clause prévoit le maintien temporaire du Royaume-Uni dans l’union douanière européenne jusqu’à ce qu’un accord commercial définitif soit négocié avec l’UE, théoriquement d’ici à la fin de 2020. Faute d’accord, la clause backstop serait prolongée tant que les négociations n’auraient pas abouti. Le Royaume-Uni resterait donc soumis aux règles européennes et ne pourrait négocier librement des accords de libre-échange avec d’autres pays.

Inacceptable, estime Boris Johnson, qui, dans une lettre adressée lundi au président du Conseil européen, Donald Tusk, a menacé d’un Brexit dur le 31 octobre si la clause backstop n’est pas renégociée. Réponse sèche de Donald Tusk: «Ceux qui sont contre le backstop […] sont en réalité favorables au rétablissement d’une frontière.»

Mais deux jours plus tard, mercredi, Boris Johnson a trouvé une oreille plus attentive chez Angela Merkel. Un accord «dans les trente prochains jours, pourquoi pas?» a-t-elle concédé, ajoutant qu’il fallait «faire des efforts pour y parvenir».

Emmanuel Macron ne veut à aucun prix un affaiblissement de l’Union européenne, et, jeudi, tout le monde s’attendait à une position beaucoup plus dure. S’il défend «l’intégrité du marché unique» comme un élément essentiel, il a pourtant entrouvert la porte à des négociations en écho aux propos d’Angela Merkel: «L’intelligence collective doit nous permettre de trouver une solution dans les trente jours s’il y a de la bonne volonté des deux côtés.» Boris Johnson, quant à lui, assure qu’il ne s’agit «en aucun cas d’imposer des contrôles à la frontière irlandaise», mais qu’il y a des moyens, par exemple des systèmes électroniques, pour vérifier l’entrée des biens et leur origine. C’est donc avec des sourires et en se tapant sur l’épaule – quoique, dans la cour de l’Élysée, cela n’a pas grande signification – qu’ils se sont retirés pour discuter…

Créé: 22.08.2019, 19h30

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