Macron veut réinventer la politique agricole

FranceA l'occasion de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, le chef de l'Etat français a exposé samedi ses pistes pour l'agriculture.

Emmanuel Macron au salon de l'agriculture ce 23 février 2019.

Emmanuel Macron au salon de l'agriculture ce 23 février 2019. Image: AFP

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A trois mois d'un scrutin européen crucial, le président français a décliné dans un discours de près d'une heure son ambition de parvenir à une autonomie «alimentaire, environnementale et industrielle», via la constitution de «filières de production européennes» et une «priorité» donnée à l'environnement.

Devant le commissaire à l'Agriculture, l'irlandais Phil Hogan, et le chef négociateur de la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne, Michel Barnier, le président a essayé de convaincre un parterre d'étudiants européens de filières agricoles que leurs lendemains chanteront face à la concurrence chinoise, américaine ou russe s'ils restent «unis» autour de ce projet, qu'ils soient céréaliers, éleveurs, producteurs bio ou conventionnels. Unis, les paysans français le sont pour défendre le principe de la plus ancienne politique intégrée de l'Union. Mais les priorités diffèrent dès lors qu'il s'agit de répartir la manne, sur fond de craintes d'une baisse de l'enveloppe globale.

A ce propos, le trio qui mènera la liste LR aux européennes a diffusé une tribune samedi pour «exiger le maintien du budget de la PAC». Selon leur texte, avec le Brexit et «l'émergence de nouvelles priorités» (sécurité, migration et défense), la Commission européenne prévoit «de diminuer le budget alloué à la PAC de 15%» pour 2021-2027, «soit un manque à gagner de près de 7 milliards d'euros pour les agriculteurs français».

Pour Arnaud Rousseau, un responsable de la FNSEA, premier syndicat agricole hexagonal, la PAC doit rester une «politique économique», et l'Europe ne doit «pas renoncer à la production».

Pour lui, le «plan Protéines», évoqué par M. Macron, c'est-à-dire un plan pour produire colza, féveroles, lentille, soja, et autres pois, pourrait être «un des éléments intéressants de l' éco-schéma proposé par Bruxelles.

D'autant plus crucial, que l'UE dépend à 70% de soja importé pour son alimentation animale.

Bataille autour des Eco-Schémas»

En face, comme en miroir, le président de la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique (FNAB) Guillaume Riou vise aussi cette nouveauté inventée par Bruxelles pour «verdir» le pilier 1 de la PAC, réservé aux aides directes aux agriculteurs. Pour lui, les «éco-schémas» devraient financer la rémunération des paysans «pour services rendus à l'environnement», une idée évoquée par M. Macron dans son discours.

«Emmanuel Macron aurait pu faire davantage le lien entre souveraineté alimentaire et transition agroécologique», a regretté auprès de l'AFP, Aurélie Cattalo, porte-parole du mouvement «pour une autre PAC», qui rassemble 35 associations de défense de l'environnement et du bien-être animal, organisations paysannes, de consommation et de solidarité internationale.

Sur l'épineux dossier du prix des marchandises et du protectionnisme, même dilemme. Alors que la Confédération paysanne, classée à gauche, demande l'instauration d'un «prix minimum pour les fruits et légumes importés» afin de préserver les filières françaises, la FNSEA se range derrière l'idée de «filières européennes».

Et en matière de protection, après une récente affaire de viande polonaise frauduleuse, le syndicat majoritaire se borne à demander un étiquetage national obligatoire de l'origine des viandes dans toute l'Union.

Pour Jérémy Decerle, président des Jeunes agriculteurs, proche de la FNSEA, la solution réside dans des filières françaises servant d'«exemple» à des filières européennes: «l'agriculture doit absolument sortir par le haut et la qualité pour les consommateurs en Europe».

Idée tempérée dans son propre camp par Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL (Fédération des producteurs laitiers).

«Il faut un mécanisme pour protéger l'ensemble de la filière de ses propres excès», dit-elle à l'AFP. Sa crainte: que les acteurs du marché se retrouvent de nouveau «avec une régulation sauvage (sur les prix, ndlr) qui fonctionne en faisant disparaître des exploitations».

L'ouverture brutale à la concurrence et la crise historique de surproduction qui a touché le milieu laitier depuis 2015, avec des montagnes de lait en poudre, dont l'UE vient tout juste de se débarrasser, ont laissé des traces. (afp/nxp)

Créé: 23.02.2019, 04h45

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