Marioupol ou le contrôle du pétrole en mer d’Azov

Guerre en UkraineLes combats se poursuivent près du port stratégique. Beaucoup craignent les ambitions du Kremlin en mer Noire.

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Marioupol, la grande ville sur les bords de la mer d’Azov, sera-t-elle la prochaine cible des rebelles prorusses? Beaucoup en Ukraine le craignent. Car les attaques des forces séparatistes se poursuivaient hier près du port stratégique malgré l’accord de Minsk du 12 février prévoyant un cessez-le-feu dans le Donbass et la création d’une zone tampon entre l’armée et les insurgés. Faut-il y voir les prémices d’une grande offensive pour créer un «pont terrestre» vers la Crimée annexée en mars dernier? Pour certains, il s’agirait carrément de contrôler totalement la mer d’Azov et ses vastes gisements d’hydrocarbures.

Pure paranoïa? Ce n’est pas sûr. En annexant la Crimée, la Russie de Vladimir Poutine n’a pas seulement récupéré un territoire cher au cœur de ses compatriotes. Il a aussi mis la main discrètement sur une zone maritime trois fois plus vaste que la péninsule elle-même. Des eaux qui dissimuleraient d’énormes réserves de gaz et de pétrole.

Mer Noire, or noir
Des compagnies pétrolières comme Exxon Mobil et Royal Dutch Shell ont exploré la mer Noire et, selon le New York Times, des analystes européens semblent penser que la découverte de gisements pourrait y avoir un effet comparable à la grande ruée vers la mer du Nord, qui avait boosté dans les années 1970 l’économie de la Norvège ou encore celle du Royaume-Uni. Une impression nourrie par la découverte spectaculaire en 2012 d’un vaste champ gazier au large de la Roumanie.

Or, rappelez-vous, juste après «l’indépendance» décrétée en Crimée, le parlement sécessionniste vote la nationalisation de la société Tchernomorneftegaz, ancienne filiale de l’opérateur ukrainien Naftogaz, qui exploite localement 17 gisements (onze de gaz naturel, deux de pétrole et quatre de condensat de gaz) et qui dispose de 13 plates-formes offshore en mer d’Azov et en mer Noire.

L’annexion de la Crimée a aussi permis à Moscou de prendre le contrôle du détroit de Kertch, étroit chenal navigable jusqu’alors administré par l’Ukraine. Aujourd’hui, les navires de l’OTAN ne peuvent plus y passer.

Tout en prêchant l’apaisement en Ukraine, le président Poutine n’a cessé de prévenir qu’il ne resterait pas inactif en cas de menace contre les populations de «Novorossia», cette «Nouvelle Russie» s’étendant jusqu’à Odessa et au-delà, un terme très chargé symboliquement puisqu’il se rapporte aux territoires qui firent partie jusqu’en 1920 de l’empire conquis par les tsars.

Stratégie d’intimidation? Sans doute. Mais le doute est permis. Après tout, les revenus du gouvernement russe dépendent en grande partie des taxes sur l’exportation d’hydrocarbures.

Créé: 24.02.2015, 21h14

Les velléités rebelles effraient à Paris

Le port de Marioupol a visiblement occupé les discussions des ministres des Affaires étrangères russe, ukrainien, allemand et français hier à Paris, lors d’une réunion au sommet portant sur la crise. A l’issue de la rencontre, l’Allemand Frank-Walter Steinmeier a mis en garde les rebelles prorusses qui seraient tentés d’attaquer ce port stratégique. Il a souligné que cela remettrait en cause les accords de Minsk.
Malgré le nouveau cessez-le-feu instauré par ces accords à partir du 15 février, les rebelles sont entrés dans la ville de Debaltseve, nœud ferroviaire stratégique que les forces ukrainiennes ont fini par abandonner. «J’espère qu’après les événements de Debaltseve, il n’y aura pas d’autres tentatives du côté des séparatistes d’élargir leur zone d’influence», a déclaré le ministre allemand, faisant allusion à Marioupol.
Une semaine et demie après la signature des accords de Minsk entre Kiev et les rebelles, la situation «reste extrêmement fragile», a souligné Frank-Walter Steinmeier, relevant de «nombreuses violations du cessez-le-feu». «Dans ce contexte, toutes les parties savent que le développement pourrait être très vite de nouveau violent», a-t-il ajouté.
Selon le ministre allemand, un début de retrait des armes lourdes, comme prévu par les accords de Minsk, «aiderait à respecter le cessez-le-feu». Ce «serait un premier petit pas pour retrouver la confiance perdue entre les parties du conflit, ce qui manque complètement en ce moment».  ATS

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