Matteo Salvini entame une traversée du désert après son échec électoral

ItalieLe «Capitano» comptait sur une victoire aux élections régionales italiennes pour renverser le gouvernement. Il devra attendre.

Matteo Salvini avait mis tout son poids dans la campagne en Émilie-Romagne, en vain.

Matteo Salvini avait mis tout son poids dans la campagne en Émilie-Romagne, en vain. Image: AFP

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Le «mur rouge» a tenu. Contrairement à tous les sondages de la veille, le candidat du Parti démocrate (PD), Stefano Bonaccini, a été élu gouverneur d’Émilie-Romagne avec 51,4% des suffrages, contre 43,6% à Lucia Borgonzoni, la candidate de la Ligue. Non seulement le bastion de la gauche n’a pas cédé, mais l’écart entre les deux candidats est sans appel. Ce résultat est un échec cuisant pour Matteo Salvini.

Le «Capitano» avait en effet mis tout son poids dans la bataille, au point de laisser dans l’ombre sa candidate. En tenant plus de 200 meetings dans la région, il avait transformé le scrutin en un référendum sur sa personne dans l’espoir d’exiger des élections anticipées en cas de victoire. Bien que le résultat de la Ligue soit objectivement honorable dans une région traditionnellement de gauche, sa tactique s’est retournée contre lui. Ses excès, comme sonner chez un Tunisien pour lui demander s’il était un dealer, ont déconcerté les électeurs modérés. Et le leader de la Ligue ne peut pas se consoler avec la très large victoire de la droite en Calabre, l’autre région ou les Italiens étaient appelés à voter. C’est un candidat de Forza Italia qui a été élu et, avec 12% des voix, la Ligue est très loin de ses performances aux élections européennes. Condamné à une traversée du désert dans l’attente d’élections politiques qui ne sont plus à l’ordre du jour, Matteo Salvini va devoir revoir sa stratégie.

Le PD sort renforcé

Le PD, qui soutient le gouvernement de Giuseppe Conte, respire. La victoire dans son fief historique lui redonne sa fierté. Le spectre de connaître la même extinction que le Parti socialiste français, scénario souvent évoqué au cours des dernières semaines, s’éloigne. Le PD retrouve sa place de pilier de la gauche et de principal adversaire du populisme de droite. Son leader, Nicola Zingaretti, sort renforcé du scrutin. Et Giuseppe Conte a débouché une bouteille de Prosecco dimanche soir. Il a gagné du temps et peut désormais parier sur une législature qui ira à son terme.

Le scrutin a en revanche illustré le naufrage du Mouvement 5 étoiles (M5S), qui n’a obtenu que 3,5% des voix en Émilie-Romagne et 7,3% en Calabre. Une misère pour un parti qui avait recueilli 33% des scrutins aux élections politiques de mars 2018. En outre, le M5S avait maintenu son propre candidat, condamné à la défaite, face à celui du PD. Le résultat démontre qu’au sein de la coalition de gauche, le mouvement est un allié déloyal mais non déterminant. Le PD ne va pas manquer de lui présenter l’addition en exigeant un rééquilibrage des responsabilités au sein de l’Exécutif.

Silvio Berlusconi s’est réjoui de la large victoire de sa candidate en Calabre. Une victoire à la Pyrrhus davantage due aux particularités locales qu’au poids politique réel de Forza Italia (FI). En Émilie-Romagne, FI n’a totalisé que 2,6% des scrutins. Le parti a pratiquement disparu du nord de la Péninsule. Paradoxalement, FI ne se maintient que dans le Sud alors que la Ligue, qui a vu le jour comme une formation fédéraliste du Nord, est devenue le parti national de la droite italienne.

Enfin, le réveil de la gauche est incontestablement une victoire des «Sardines». Si le mouvement n’avait pas de candidat à ses couleurs, il peut se vanter de l’extraordinaire taux de participation: 68%, au lieu de 38% aux précédentes élections régionales. Les «Sardines» ont remobilisé les déçus du PD. Elles se trouvent désormais devant un choix existentiel: rester un sympathique mouvement de protestation ou se transformer en parti politique. Les «Sardines» tiendront leur premier congrès en mars.

Conserver la légèreté des grandes fêtes populaires ou se salir les mains dans les dures réalités de la politique: cruel dilemme.

Créé: 27.01.2020, 20h10

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