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En menaçant de boycotter le Forum de Davos, Moscou met Berne sous pression

Sous sanctions américaines, trois patrons russes ont été déclarés personae non gratae pour l’édition 2019 du WEF.

Responsables politiques et hommes d’affaires russes pourraient bien déserter les salons davosiens.
Responsables politiques et hommes d’affaires russes pourraient bien déserter les salons davosiens.
Reuters

Patron de fort tempérament, Andreï Kostine laisse régulièrement exploser sa colère contre l’Occident. «S’ils veulent la guerre, ils l’auront!» avait-il confié un jour à ce journal lorsque, après de nouvelles accusations occidentales sur le rôle de Moscou dans la crise ukrainienne, États-Unis et Union européenne envisageaient des sanctions visant son entreprise VTB, la deuxième principale banque publique russe.

Parfait amour

«Le problème, c’est la politique…», nous a-t-il encore glissé le mois dernier en marge du 11e Forum économique de l’Eurasie à Vérone où, dans la cité de Roméo et Juliette, Russes et certains Européens filaient le parfait amour, unis dans une même opposition aux sanctions occidentales contre Moscou.

Avec deux autres grands patrons russes, ce même Andreï Kostine se trouve désormais sur la liste noire d’une tout autre conférence, bien plus importante que la rencontre de Vérone: le Forum économique mondial de Davos. L’indéboulonnable président de VTB, banque à tout faire du Kremlin, a été prié par les organisateurs de ne pas faire le voyage en Suisse en janvier prochain. Deux autres habitués du forum ne seront pas non plus les bienvenus: le magnat de l’aluminium Oleg Deripaska et le propriétaire de la société d’investissement Renova Viktor Vekselberg qui, de surcroît, a d’importants intérêts en Suisse (notamment Sulzer).

Tous trois réputés proches du Kremlin de Vladimir Poutine, ils sont la cible depuis avril de sanctions américaines. C’est d’ailleurs Washington qui aurait fait pression pour déclarer personae non gratae les trois hommes d’affaires, pourtant libres de venir en Suisse et d’assister au Forum. Des informations révélées la semaine dernière par le «Financial Times» et non démenties depuis par les parties intéressées. «Une histoire bien trop médiatisée», s’est contenté de commenter à ce journal un proche de Viktor Vekselberg, refusant de confirmer si l’oligarque prévoyait de faire le voyage.

«Décision très étrange»

À Moscou, les autorités politiques n’ont par contre pas tardé à réagir haut et fort. Le premier ministre Dmitri Medvedev, qui avait ouvert en hôte d’honneur le Forum en 2011, prévoit de contre-attaquer par un boycott général de la Russie. «Si les décisions concernant les représentants d’entreprises russes ne sont pas modifiées, nous devrons prendre la décision de refuser la participation d’entreprises et de hauts fonctionnaires russes», a prévenu le chef du gouvernement. Il a dénoncé une «décision très étrange» et a expliqué en avoir parlé directement au président de la Confédération helvétique Alain Berset.

Hôte du forum en 2009, Vladimir Poutine n’a pas personnellement réagi. Mais son porte-parole Dimitri Peskov s’est montré particulièrement acerbe: «Deripaska, Kostine et Vekselberg ne sont pas devenus ce qu’ils sont grâce au Forum de Davos. Mais le Forum est devenu ce qu’il est grâce à de tels hommes d’affaires», a-t-il ironisé.

«La confiance entre hommes d’affaires n’a jamais cessé…»

Un boycott généralisé ferait en fait mal aux intérêts russes. Pendant longtemps invités d’autant plus choyés à Davos qu’ils y organisaient de luxueuses soirées, les hommes d’affaires de Moscou se sont certes montrés plus discrets ces dernières années à cause des tensions géopolitiques entre Russie et Occident. Mais, au plus haut niveau, l’événement leur a permis d’entretenir de précieux contacts avec le gratin des milieux économiques occidentaux. «La confiance entre hommes d’affaires n’a jamais cessé…», nous confiait encore récemment Andreï Kostine.

Contacté, le Forum économique mondial se refuse à tout commentaire. Quant au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), il souligne que «la réunion annuelle du WEF est un lieu qui permet l’échange d’opinions et de positions différentes. Mais s’agissant d’une manifestation privée, le DFAE ne prend pas part à l’établissement de la liste des invités.»

Collaboration: Élisabeth Eckert

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