Michel Rocard, le destin entravé d’une gauche moderne

France L’ancien premier ministre est mort samedi à 85 ans. S’il n’a jamais atteint l’Elysée, son influence a marqué les élites du PS.

Michel Rocard, ici avec le leader kanak Jean-Marie Tjibaou, fut à l’origine des Accords de Matignon de juin 1988, qui ont mis fin aux troubles en Nouvelle-Calédonie et accordé le droit à l’autodétermination à ce territoire français du Pacifique.

Michel Rocard, ici avec le leader kanak Jean-Marie Tjibaou, fut à l’origine des Accords de Matignon de juin 1988, qui ont mis fin aux troubles en Nouvelle-Calédonie et accordé le droit à l’autodétermination à ce territoire français du Pacifique. Image: AFP

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Dans les heures qui ont suivi sa mort, les hommages ont été unanimes. Toute la classe politique salue l’homme de la «deuxième gauche» mais encore le monument de la Ve République dont l’action et l’influence ont transcendé les clivages. Dans ce florilège d’honneurs, ceux formulés par les ex-présidents de la République Jacques Chirac (son ami d’études) et par Nicolas Sarkozy disent le mieux la qualité de Michel Rocard. L’ancien premier ministre socialiste, atteint d’un cancer, est décédé samedi 2 juillet à l’âge de 85 ans. Un hommage national, présidé par François Hollande, sera rendu jeudi aux Invalides, à Paris.

Refus du sectarisme et «sens de l’Etat» sont les mots utilisés par Nicolas Sarkozy pour qualifier Michel Rocard, à qui il avait confié des missions dès son accession à l’Elysée en 2007. Michel Rocard s’était plu en ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Jacques Chirac et Michel Rocard se sont côtoyés, eux, sur les bancs de Sciences-Po Paris dès 1951. L’ex-président (1995-2007) a salué cet «ami de jeunesse» qui avait «de manière rare, le goût des concepts et la capacité d’action».

Social-démocrate, Michel Rocard partageait avec la droite républicaine une méfiance envers le Parti communiste et n’a jamais formulé d’exigences révolutionnaires. Fils de scientifique et né dans une famille protestante, le politicien frottait sa pensée de pragmatisme, de rigueur et d’une certaine austérité. Dans les faits, l’opinion publique l’a souvent qualifié de peu charismatique et de technocrate, tout en le plébiscitant comme le politicien le plus digne de confiance… Les similitudes avec Jospin, lui aussi protestant, sont frappantes.

La gauche de consensus

Cette exigence de vérité, ce franc-parler, a ainsi marqué sa carrière. Ainsi en 1958, alors fondateur du Parti socialiste autonome (PSA), groupe d’intellectuels déjà réformateurs du socialisme, il refuse l’entrée au PSA à François Mitterrand. Le futur héros de la gauche avait été jugé trop «politicien». François Mitterrand s’en souviendra, lui qui n’aura de cesse de contrarier le destin de son rival, voire de contrecarrer son action quand les circonstances le contraindront à nommer Michel Rocard premier ministre de 1988 à 1991.

Le moderne contre l’ancien. Tout opposait François Mitterrand et Michel Rocard. Celui qui dut se contenter du rôle d’éternel second ambitionnait pourtant de débarrasser le PS français des utopies marxistes. De lui conférer un programme pertinent pour gouverner, d’y intégrer les idées de justice formulées aussi par la société civile, voire par l’Eglise, de décentraliser les pouvoirs et de refuser la mainmise de l’Etat. Michel Rocard n’hésitait pas à promouvoir la recherche de consensus plutôt que l’affrontement. Aussi la base du PS préféra toujours François Mitterrand tandis que les élites du parti ont été marquées par Michel Rocard et sa «deuxième gauche».

Ironie de l'histoire

Ainsi Manuel Valls, qui l’a toujours considéré comme son mentor, n’a pas manqué de souligner l’ironie de l’histoire: «Si Michel Rocard avait été président de la République, peut-être une grande partie des débats qui secouent la gauche seraient derrière nous.» Il y a quinze jours, lors d’une dernière interview au Point, Michel Rocard se désespérait: «La France a la gauche la plus rétrograde du monde.»

Créé: 03.07.2016, 21h37

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