La mobilisation contre la réforme recule

FranceAprès la participation monumentale du 5 décembre, la journée de mardi accuse une forte baisse. Un scénario favorable au gouvernement.

À Paris, ils étaient 31'000 à défiler contre la réforme des retraites du gouvernement, contre 65'000 jeudi passé.

À Paris, ils étaient 31'000 à défiler contre la réforme des retraites du gouvernement, contre 65'000 jeudi passé. Image: Thibault Camus

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le premier coup a été porté un peu avant 8h du matin, quand le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a annoncé sur les ondes de France Inter que le taux de grève n’atteignait que 12% dans les écoles primaires alors qu’il était de 51% jeudi dernier. Livré avec gourmandise, ce chiffre donnait le signal d’une grève moins suivie chez les enseignants, alors qu’ils constituent, avec 870'000 fonctionnaires, la force de frappe principale de la fonction publique. Un autre chiffre allait dans le même sens, un peu plus tard dans la journée, quand la SNCF annonçait qu’un TGV sur cinq circulait. Cela reste peu et continue de bloquer le pays, mais c’est mieux que les 1 sur 10 de la semaine dernière. Au fond, seuls les métros à Paris, avec 10 lignes fermées sur 16 et 4 fortement perturbées, assuraient un blocage au même niveau que le 5 décembre.

Ferveur moins ardente

Pour le gouvernement, ces petits signes pouvaient laisser espérer que le mouvement de grève contre la réforme des retraites, même s’il s’est inscrit dans la durée et va se prolonger ces prochains jours, n’est plus dans une phase de progression. Par rapport au choc des 800'000 manifestants de la semaine passée, la journée de mardi serait-elle en recul?

En début d’après-midi, du côté des Invalides, lieu de départ de la manifestation intersyndicale, l’impression se confirmait. Beaucoup de monde, énormément de monde, mais au feeling le sentiment d’une mobilisation moins forte et d’une ferveur moins ardente. Jeudi dernier aux environs de la Gare de l’Est, la foule était compacte, au coude à coude, elle débordait de partout et semblait grisée par son propre nombre. Mardi, dans les espaces dégagés du boulevard des Invalides, c’était plus fluide, moins dense, moins intense.

Dans la foule on aperçoit Jérôme Rodrigues, une des figures historiques des «gilets jaunes» qui a perdu un œil, en janvier dernier, en raison d’un tir policier lors d’une manifestation. Des manifestants l’abordent, prennent des selfies… Mais que fait-il dans une manifestation syndicale, lui qui rejetait toute collaboration avec ces organisations? «Je viens défendre, comme citoyen, le peu de droits qui nous restent, répond-il. Il y a une convergence avec les syndiqués, mais pas avec les syndicats, et encore moins avec leurs dirigeants qui se mettent à table avec le gouvernement.»

«Gare à la déception»

Les dirigeants, justement, ne sont pas très loin, protégés par un impressionnant service d’ordre qui tient les curieux à distance. Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, semble pressentir lui aussi la baisse de participation. Alors, en bon tacticien, il anticipe le reproche et contre-attaque. «Il n’y a pas que la rue qui compte», lance-t-il aux journalistes, il y a aussi les piquets de grève, les lieux de conflits qui augmentent… Ceux qui essaieraient de spéculer sur la participation dans les manifestations se trompent. On nous annonce de grandes déclarations demain et une partie des citoyens se disent: on va voir. Mais gare à la déception, la suite pourrait être redoutable pour le gouvernement.»

À ses côtés, Sophie Venetitay, secrétaire générale adjointe du SNES, le syndicat des enseignants du secondaire. Furieuse contre Jean-Michel Blanquer et son annonce matinale, elle affirme que dans le secondaire, «62% des collèges et lycées sont en grève sur l’ensemble de la France». Les assurances données par le ministre sur un niveau des retraites garanti par une revalorisation salariale la laissent de marbre. «Il faudrait pour cela 10 milliards d’euros, Emmanuel Macron l’a lui-même reconnu, alors qu’ils avancent péniblement 400 millions. Le compte n’y est pas. Quant à une revalorisation par les primes, cela veut dire du travail en plus. En fait, Jean-Michel Blanquer nous propose de travailler plus maintenant ou d’être pauvres plus tard…»

Une journée sans violence

Le cortège s’ébranle. Contrairement à la semaine passée, tout se déroule sans la moindre violence. Le scénario presque idéal pour le gouvernement. En fin d’après-midi, les chiffres tombent: 31'000 manifestants à Paris contre 65'000 la semaine dernière. Au niveau national, 339'000 personnes contre 806'000 jeudi passé. Le sentiment se confirme que le mouvement social, même s’il s’est installé dans la durée, a perdu son élan.

Ce mercredi, le premier ministre Édouard Philippe précisera les contours de la réforme. Pas question de la retirer. Et face à la rue, s’il trouve les bons mots, il semble désormais en bonne position pour gagner la partie.

Créé: 10.12.2019, 21h57

Articles en relation

La grève contre les retraites paralyse Paris

France La mobilisation massive contre le «système universel» de retraite sème le chaos sur les routes parisiennes. Plus...

Grève en France: Cointrin s'attend à des retards et annulations

Transport L'aéroport de Genève et les CFF s'attendent à des annulations et des retards dans les jours à venir. Plus...

La France se prépare à laisser éclater sa colère

Grève Écoles fermées, métros bouclés, trains supprimés, jusqu’où la grève portera-t-elle? État des lieux à la veille du jour J. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.