Objectifs et mode d’emploi du grand débat de Macron

France Comment la grande consultation nationale censée apaiser la colère des «gilets jaunes» se déroulera-t-elle? Que peut-on en attendre?

De la rue à la table ronde? Beaucoup de «gilets jaunes» ne veulent pas du grand débat.

De la rue à la table ronde? Beaucoup de «gilets jaunes» ne veulent pas du grand débat. Image: EPA/IAN LNGSDON…

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Ce sera une première dans la Ve République. Dès mardi, tous les Français qui le souhaitent auront la possibilité de s’exprimer sur les politiques publiques du pays. Le grand débat national promis le 18 décembre par le président Macron aux «gilets jaunes» se déroulera sur tout le territoire jusqu’au 15 mars. Le gouvernement français se donne deux mois pour récolter les doléances et les propositions de la population. Alors que les autorités redoutent un regain de la mobilisation des «gilets jaunes» ce samedi, Emmanuel Macron, qui entamera une tournée des maires en milieu de semaine, diffusera d’ici à lundi dans la presse et sur les réseaux sociaux une lettre «aux Français» rappelant le but et les thèmes de cette concertation inédite. État des lieux et explications.

Qui l’organise?

L’organisation de la grand-messe a été confiée à la Commission nationale du débat public (CNDP), une autorité indépendante qui contribue à diffuser la culture du débat public. En revanche le mystère plane encore sur le nom de la personne qui pilotera l’exercice. Chantal Jouanno, la présidente du CNDP, ayant décidé mardi de jeter l’éponge suite à la polémique liée à son salaire, le nom de son remplaçant ne sera dévoilé qu’en début de semaine.

Comment y participer?

Le top départ sera donné par l’ouverture d’une plateforme numérique dédiée (granddebat.fr) qui fournira un «kit de méthodologie» à ceux qui souhaitent organiser des débats. La réunion, dont il faudra obligatoirement donner un compte rendu, devra être enregistrée en ligne sept jours avant sa tenue en indiquant «le lieu, la date, l’heure et le nombre de participants», précise le kit que le «Journal du Dimanche» («JDD») a pu consulter. Il y est également indiqué que «l’animateur doit être neutre» et qu’aucune position ne doit être favorisée. Les élus ou décideurs publics sont les bienvenus, mais ils sont priés «d’adopter une posture d’écoute».

Les débats auront lieu un peu partout, dans les mairies, sur les marchés, dans des halls de gare. Des stands mobiles sillonneront aussi la France pour informer et recueillir les propositions, tandis que des conférences régionales réuniront des citoyens tirés au sort. Dans un souci d’impartialité, un «comité des garants» réunissant des personnalités de divers horizons sera chargé de superviser le bon déroulement de la concertation.

De quoi va-t-on parler?

De tout, ou presque. Quatre thèmes majeurs ont été arrêtés: la transition écologique (mieux accompagner les Français pour se loger, se déplacer, se chauffer), la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté et l’organisation de l’État et des services publics. L’immigration, initialement annoncée comme un thème en soi, a finalement été intégrée au thème «citoyenneté». Par contre, l’IVG, la peine de mort et le mariage pour tous ne seront pas sur la table des discussions. «Le grand débat n’est pas le grand déballage et il n’est pas question de revenir sur des avancées conquises de haute lutte», a souligné Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement.

En tête des préoccupations

Dans les cahiers de doléances ouverts en décembre dans plus de 5000 communes rurales, le pouvoir d’achat, l’injustice fiscale et la diminution de l’offre de services publics sont arrivés en tête des préoccupations. Autre demande récurrente, la possibilité d’organiser des référendums d’initiative citoyenne (RIC), la prise en compte du vote blanc lors des élections et le rétablissement de l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune, qui est au cœur des revendications des «gilets jaunes».

Et après?

À la fin de la consultation, «quatre ateliers nationaux» associant 100 à 200 citoyens tirés au sort devraient délibérer et voter sur les propositions. Toutes les données seront ensuite transmises à la CNDP qui aura la (lourde) tâche de les synthétiser. L’objectif étant de rendre les résultats publics à la mi-avril.

Le gouvernement, qui ne s’engage pas à donner suite à toutes les propositions, aura le dernier mot. Le grand débat «devra déboucher sur des traductions concrètes dans la vie quotidienne de nos compatriotes», a assuré le premier ministre Édouard Philippe. Ses conclusions devraient notamment nourrir la réforme constitutionnelle, dont l’examen a été décalé. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Emmanuel Macron a déjà tracé des lignes rouges: hors de question de «détricoter» les réformes décidées depuis dix-huit mois, comme la suppression de l’ISF… Ni de renoncer aux réformes prévues (retraites, fonctionnaires, minima sociaux…).

Faible participation en vue

Pas sûr donc que cette «grande concertation de terrain» suffise à mettre fin au mouvement de protestation qui perturbe le pays depuis la mi-novembre. Une partie des «gilets jaunes» devrait y participer, d’autres dénoncent déjà une manœuvre politique et la rejettent. Selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour «Le Figaro» et «France Info» publié vendredi, sept Français sur dix estiment que cette concertation ne sera pas utile pour le pays et seuls 32% comptent y prendre part.

Créé: 12.01.2019, 13h35

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