Opération séduction d'un Macron «écolo» au secours du Mont-Blanc

ClimatLe président français a constaté de visu la fonte de la mer de Glace. Mais son «virage environnemental» peine à convaincre.

Image: EPA / Ludovic Marin

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«C’est lui! Oui, je crois bien que c’est lui! Non, attends, ça c’est une dame. Macron doit être sous l’autre parapluie noir là-bas, celui qui n’a pas l’air d’avancer. Il doit sûrement serrer des mains…» Il y avait foule, ce jeudi vers 14h30 au pied des pistes au Bettex, au-dessus de Saint-Gervais-les-Bains, en Haute-Savoie. Deux cents skieurs s’étaient massés sur les 50 mètres séparant la station d'arrivée des télécabines du restaurant où le président français s’apprêtait à partager le repas avec des élus de la région.

Le matin même, un Emmanuel Macron enveloppé dans son anorak bleu-blanc-rouge s’était rendu sur la mer de Glace, près de Chamonix, pour constater sa fonte alarmante. Année après année, elle perd entre 5 et 10 mètres d’épaisseur. En un siècle, elle a reculé de plus 120 mètres. Il faut désormais descendre 500 marches pour y accéder. Le regard grave, le président hoche la tête en écoutant les explications du glaciologue Luc Moreau, sous le regard des caméras de télévision.

Tout un symbole

Le massif du Mont-Blanc a servi de symbole au chef de l’État tout au long de cette visite dédiée à l’action environnementale. La veille au soir, déjà à Chamonix, le président s’était entretenu pendant trois heures avec un groupe de scientifiques, dont le climatologue Jean Jouzel, qui fut vice-président du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Mais autour de cette table, il y avait également, par exemple, l’aventurier Mike Horn.

Officiellement, Emmanuel Macron s’était surtout déplacé pour donner un discours, ce jeudi en fin de matinée, au centre de congrès Le Majestic de Chamonix, à l’occasion du lancement de l’Office français de la biodiversité (OFB). Un organe né le 1er janvier de la fusion de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Objectif avoué: renforcer la police de l’environnement, forte de 2800 agents.

Car, souligne le président, «60% des animaux sauvages ont disparu ces 50 dernières années, les espèces disparaissent à un rythme mille fois supérieur au taux d’extinction naturelle». Bref, le réchauffement climatique est sur tous les fronts. Pour l’espèce humaine, c’est «le combat du siècle», lance Emmanuel Macron, qui conclut par ces mots: «Vive la nature! Vive la République! Vive la France!»

Pas de quoi décoiffer un groupe de cinq agents de l’OFB qui avalent un sandwich dans la rue, au sortir du discours présidentiel. Qu’en ont-ils pensé? Après un bref échange de regards gênés, l’un d’eux tente une réponse sans entrain: «C’était un bon état des lieux.» Et la fusion? «On en parlait depuis longtemps.»

Bien plus sévère est le constat dressé par Patrick Saint-Léger, du Syndicat national de l’environnement (SNE), lequel considère que l’ambitieux OFB est «une Ferrari avec un moteur de 2CV». Son budget est jugé insuffisant, les effectifs sont en recul et de nouvelles coupes sont envisagées dès 2021.

Quant à Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF France, il apprécie certes l’accent mis par le président sur la lutte contre le réchauffement climatique, mais ne voit pas se profiler de politique ambitieuse. Pour tout dire, le «virage environnemental» du quinquennat paraît pour le moins opportuniste à un mois d’élections municipales qui s’annoncent favorables aux candidats écologistes.

Protection au sommet

Une mesure a cependant été annoncée pour la défense du massif du Mont-Blanc… contre les incivilités! Une aire de protection a été définie, à l’intérieur de laquelle on ne pourra s’adonner qu’à l’alpinisme ou au ski. Toute autre activité devra faire l’objet d’une autorisation des maires. Faute de quoi, les contrevenants risquent une amende qui passera de 38 euros actuellement à 750 euros, voire 1500 euros.

C’est là une belle victoire pour Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains, qui avait interpellé le gouvernement, suite à divers incidents qui avaient choqué l’opinion. Deux Suisses s’étaient ainsi posés en avion le 18 juin 2019 à 4450 mètres d’altitude, pour finir à pied la distance les séparant du sommet à 4808 mètres. Un an plus tôt, un groupe helvétique y avait emmené un jacuzzi.

Le 31 août dernier, un Britannique a monté un rameur d’appartement pour faire le buzz… mais l’a abandonné à 4300 mètres. «Nous allons désormais disposer de renforts pour veiller à ce que le Mont-Blanc soit traité avec respect.» Quelque 25'000 personnes tentent l’ascension chaque année. Parfois jusqu’à 300 par jour.

Créé: 13.02.2020, 22h39

«Le Léman Express sera étendu»

Cette fois-ci, il n’y a plus de doute. Emmanuel Macron l’a annoncé lors d’une brève conférence de presse, en présence d’élus locaux: «Nous avons décidé l’extension du Léman Express» jusqu’à la gare Le Fayet à Saint-Gervais-les-Bains, au pied du Mont-Blanc. Plus précisément, il s’agit d’augmenter la cadence sur ce tronçon ferroviaire, pour que son rattachement au RER transfrontalier soit efficace. Fin 2023, il devra y avoir sur cet axe deux trains par heure et par sens, ce qui nécessite de remplacer le système de signalisation manuelle par un équipement automatique.

«L’État mettra 60 millions d’euros, la Région 50 millions et le département 50 millions» pour réaliser «l’indispensable mutation» de la ligne ferroviaire de la vallée de l’Arve, a ajouté le président français. Histoire de lutter contre la pollution qui fait tant souffrir cette région.
Voilà qui rassure Éric Fournier, maire de Chamonix, ainsi que les quatre autres présidents de communautés de communes qui s’étaient fendus le 10 décembre dernier d’une lettre ouverte dénonçant le «contexte d’incertitudes» entourant les travaux de rénovation sur l’axe Annemasse-Le Fayet, jugés indispensables pour «faire basculer les habitants vers le mode ferroviaire». Pour eux, il était «inconcevable que le territoire, qui souffre déjà de sous-investissement chronique dans le ferroviaire depuis 50 ans, subisse ce gel de crédit!»

Curieusement, c’est le maire de Saint-Gervais-les-Bains, Jean-Marc Peillex, qui semble le moins enthousiaste. Il n’est pas convaincu, lui, que la population et les touristes abandonneront les véhicules privés. «Le train, c’est bien si vous restez sur la colonne vertébrale (ndlr: le long de la ligne), mais dès que vous devez vous rendre à 10 kilomètres d’une gare, vous allez avoir besoin d'une voiture. Nombreux sont ceux qui vont préférer faire tout le trajet avec un seul moyen de transport.»

Emmanuel Macron a aussi annoncé plus d’efforts financiers pour encourager les gens à changer leurs vieilles chaudières à bois et acquérir des voitures plus propres. Quant aux poids lourds les plus polluants, qui traversent le tunnel, ils seront interdits dès juillet. A.A.

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