L’opposition arménienne remporte son bras de fer

CaucaseAprès avoir appelé à la désobéissance civile, Nikol Pachinian affirme réunir désormais les voix nécessaires pour devenir premier ministre.

L’Arménie s’est réveillée paralysée mercredi matin par le vaste mouvement populaire emmené par l’opposant Nikol Pachinian

L’Arménie s’est réveillée paralysée mercredi matin par le vaste mouvement populaire emmené par l’opposant Nikol Pachinian Image: KEYSTONE

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C’est l’une des séquences politiques les plus rapides de l’histoire arménienne. Mercredi matin, le pays se réveille à l’arrêt. À l’initiative de l’opposant Nikol Pachinian, un vaste mouvement populaire bloque métros, trains et routes. Le soir même, le politicien demande pourtant à ses partisans de rentrer chez eux, expliquant avoir obtenu entre-temps les voix nécessaires pour prendre la tête du gouvernement. «Nous arrêtons notre action et nous allons nous reposer», lance-t-il à la foule.

Retour en arrière: mardi, Nikol Pachinian essuyait une cuisante défaite devant le parlement. L’opposant avait pourtant le vent en poupe. Le 23 avril, après dix jours de manifestations, il avait poussé à la démission Serge Sarkissian, cet ancien président qu’il accusait de s’accrocher au pouvoir grâce à une réforme des institutions. Un tour de passe-passe constitutionnel avait en effet transformé l’Arménie en système parlementaire et l’ancien président en nouveau premier ministre. C’en était trop pour une population exaspérée par des années de marasme économique et de corruption. Et pourtant, le retrait de son adversaire n’a pas suffi à celui qui s’était auto-proclamé «candidat du peuple» pour être nommé à la tête du gouvernement.

Mercredi matin, la mèche est donc allumée et l’appel à la désobéissance civile entendu. «Nous sommes dégoûtés de ces gens (Ndlr: du Parti républicain de Serge Sarkissian, majoritaire au parlement), de leurs visages, de leurs voix», nous confie Karin Manukyan, une étudiante en journalisme âgée de 20 ans. Au fil des heures, la contestation prend de l’ampleur. «Les employés de l’aéroport ont rejoint les manifestants», rapporte Arpine Nanyan, une psychologue et mère de famille de 37 ans. «Ensemble, nous sommes forts», renchérit-elle. La peur, hier omniprésente, semble s’être évanouie et la parole s’est libérée.

Risque de dérapage

Autre fait remarquable, ce mouvement populaire reste pacifique. «Il y a 50 000, voire 100 000 personnes qui descendent dans les rues, mais sans agressivité. Aucune voiture ni aucun commerce n’ont été pris pour cible», témoigne Armenak Dovlatyan, le président du tout petit Parti écologiste d’Arménie.

Pourtant, le risque de dérapage était bien réel, tant les autorités actuelles focalisent toutes les rancœurs. «Nikol Pachinian a osé dire la vérité sur les mafieux républicains», s’exclame Armenak Margaryan, un informaticien et père de famille de 28 ans établi à Gumri, la deuxième ville du pays. «La pauvreté qui augmente de jour en jour, mes amis qui quittent le pays et surtout la corruption du parti au pouvoir m’ont encouragé à descendre dans la rue.»

Audacieux, le pari de Nikol Pachinian semble donc avoir payé. «Son appel à la désobéissance civile vise à susciter une insurrection populaire, mais sans violence», analyse Bernard Coulie, professeur à l’Institut orientaliste de l’Université catholique de Louvain, en Belgique. «Il soumet en fait le pouvoir en place à une sorte de chantage, car sa non-élection respectait le cadre légal, même si l’on peut regretter qu’il n’ait pas été choisi comme premier ministre.»

Mercredi soir, c’est donc un opposant triomphant qui apparaît devant ses partisans réunis sur la place de la République, au cœur de la capitale, Erevan, et déclare bénéficier du soutien de tous les partis représentés au parlement. «La question est réglée», conclut-il. En réalité, elle le sera définitivement le 8 mai prochain, date prévue pour le nouveau vote du parlement. (24 heures)

Créé: 02.05.2018, 21h17

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