«Je pense que Sanders aurait battu Trump!»

PrésidentielleEn difficulté dans la présidentielle, Benoît Hamon revendique une gauche de transformation. Il attaque Macron, celui qui poursuivrait la politique libérale qui fait perdre la gauche en reniant ses valeurs.

Guerre à gauche. Benoît Hamon: «Si la loi Travail et la déchéance de nationalité n’avaient posé aucun problème, Manuel Valls aurait été choisi comme candidat»

Guerre à gauche. Benoît Hamon: «Si la loi Travail et la déchéance de nationalité n’avaient posé aucun problème, Manuel Valls aurait été choisi comme candidat» Image: Pierre-Yves Thienpont

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Benoît Hamon (49 ans) est le candidat à la présidentielle pour le Parti socialiste. Il a gagné en janvier dernier, à la surprise générale, la primaire de la gauche avec un programme très à gauche. Pour le coup, il est en concurrence avec Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de Gauche. Au lendemain du grand débat télévisé qui a vu les cinq favoris à la présidentielle s’affronter, nous avons rencontré lors de son passage au Parlement européen à Bruxelles le héros de cette «vraie gauche».

Quel bilan faites-vous de votre venue à Bruxelles?
J’ai eu une discussion intéressante avec M. Junker, même s’il n’a pas caché son désaccord sur ma proposition d’un nouveau traité pour une assemblée démocratique de la zone euro. Je considère que le statu quo n’est plus tenable, il a conduit à la dislocation de l’Europe. Le Brexit appelle des initiatives, et celles-ci doivent amener plus de démocratie, plus d’intégration, plus de légitimité aux décisions qui sont prises en Europe. Ce que je n’aime pas, c’est qu’on place haut la barre des menaces seulement. Il faut aussi placer haut la barre des ambitions.

Votre programme vous fait perdre le soutien des dirigeants et des électeurs du PS. Vous pourriez ne pas être au second tour…
J’arrive après un quinquennat socialiste. S’il avait été formidable, le président se serait représenté. Je pars avec un handicap assez fort. Si on doit parler du bilan on ne sera pas d’accord, alors tournons-nous vers l’avenir, imaginons ce qui est souhaitable: c’est comme ça que j’ai procédé. Si certains rallient le projet de Macron, c’est qu’ils souhaitent la continuité de politiques libérales de recul du code du travail, de diminution d’impôt sur la fortune et de réduction des services publics. Ceux-là, honnêtement, je ne les rattache plus à la gauche. Je ne les injurie pas mais cela fait longtemps qu’ils nous ont quittés.

Votre problème, n’est-ce pas plutôt Mélenchon que Macron? La gauche que vous voulez incarner, elle existait déjà, non?
Pas vraiment. Mélenchon était entre 10 et 12%. Il n’a jamais bougé. Je suis arrivé avec un score de 12 à 16% qui s’est rajouté. C’est la preuve que nous ne sommes pas sur le même créneau. La gauche que je défends suppose un agenda de transformation compatible avec l’exercice du pouvoir. C’est cela fondamentalement qui nous distingue. Moi je veux gouverner!

Sanders, Corbyn font comme vous de grands discours, mais ils perdent…
Mais Clinton aussi a perdu. Et Renzi aussi! La gauche perd partout ou, quand elle gagne, c’est de justesse comme en Autriche dans un contexte extrêmement tendu. Je propose de renouer avec le souffle de la construction européenne et d’assurer une amélioration des conditions d’existence à une majorité de mes compatriotes. C’est l’option que je propose à des gens lucides, libres, souverains. Je ne prétends pas être un nouveau champion français qui débarque en Europe en bombant le torse. Je viens avec des propositions qui illustrent ma volonté d’avancer.

Quelles leçons tirent les socialistes français d’un mouvement comme Podemos?
J’ai été très attentif aux propositions de Podemos. Je regrette profondément l’échec de la gauche espagnole qui n’a pas réussi à se rassembler. J’espère que cet échec ne préfigure pas celui de la gauche en France. Je témoigne de la difficulté à le faire même quand on le désire. J’observe qu’en Allemagne, Martin Schulz vise le rassemblement de la gauche. J’observe que l’unité de la gauche, les uns et les autres y reviennent. Si l’élection française pouvait être le premier moment où cette nouvelle gauche l’emporte, ce serait extraordinaire.

Dans cette campagne marquée par les affaires, on dit le FN aux portes du pouvoir. Marine Le Pen peut-elle vraiment gagner?
Oui. Et je pense que celui qui peut la battre, c’est moi. Parce que je propose un imaginaire politique puissant. Et que face à l’imaginaire qu’elle propose rien ne serait pire qu’un robinet d’eau tiède. Dans lequel, finalement, les seuls qui pourraient y survivre sont ceux qui sont déjà les gagnants. C’est à mon sens le projet d’Emmanuel Macron. Ce projet fait perdre plus sûrement que mon projet. A Marine Le Pen, j’oppose un projet de société alternatif, généreux, fraternel, délibérément européen, fondé sur la justice sociale, sur la transition écologique et innovant sur les questions sociales. Cela a beaucoup plus de sens. Je pense que Sanders aurait battu Trump!

Pourquoi attaquer Macron alors que votre principal adversaire est Marine Le Pen?
Il ne peut pas se poser en apôtre de la démocratie moderne et ne pas faire la transparence sur l’origine des dons. C’est élémentaire! Moi, au-dessus de 2500 euros, je veux pouvoir rendre publique l’identité du donneur. Pourquoi ne le fait-il pas? Probablement parce que ceux qui financent sa campagne appartiennent justement aux «boards» et aux conseils d’administration d’entreprises dont les intérêts ne sont pas forcément conformes avec les décisions que réclame aujourd’hui l’intérêt général. Je pense aux perturbateurs endocriniens, au diesel, à la transition énergétique, aux lois de séparation bancaire.

Mais n’est-il pas le seul à pouvoir battre Marine Le Pen. Le vote utile?
Non. François Fillon battrait Marine Le Pen. Je battrais Marine Le Pen. Si la question c’est de la battre: tout le monde la bat. Aujourd’hui, soyons rationnels – ni réalistes ni raisonnables – je ne vois pas en quoi le programme politique qui explique la montée des nationalismes partout en Europe serait le mieux placé pour battre l’extrême droite.

Aucun des candidats n’ose parler de probité. Que se passe-t-il en France?
Cela me consterne comme vous ne pouvez même pas imaginer. J’ai été très prudent avec François Fillon au début. Je vais commencer par être prudent avec l’affaire Bruno Le Roux. Mais ce qui est incroyable, c’est de voir à quel point nous sommes pollués par l’argent. C’est pour cela que je veux une loi de moralisation dont l’idée est de savoir qui finance les campagnes politiques. Mais oui, il y a quelque chose d’un peu pourri au royaume de France. Et ce qui m’a lassé, abîmé, fatigué, c’est de n’avoir pu parler des sujets les plus importants.

Créé: 21.03.2017, 22h07

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Le débat vu par la presse étrangère

Ils étaient dix millions à suivre lundi soir sur TF1 le premier débat télévisé entre les cinq candidats à la présidentielle française les mieux placés dans les sondages. Pour être exact, il y avait en moyenne 9,8 millions de téléspectateurs devant le petit écran. A 21 h 45, ils étaient même 11,5 millions. Record d’audience!

Les Français n’étaient pas les seuls intéressés. Outre-Manche, The Telegraph note que le Brexit «a été au cœur d’un des plus gros affrontements de ces trois heures», Fillon traitant Le Pen de «serial killer du pouvoir d’achat» parce qu’elle veut abandonner l’euro pour le franc.

Au Canada, The Globe and Mail estime que les récentes élections aux Pays-Bas, où la percée du populiste Geert Wilders a été limitée, donnent l’espoir aux europhiles français de voir Emmanuel Macron battre Marine Le Pen. Politico Europe remarque pour sa part que la frontiste a beaucoup critiqué Bruxelles mais s’est gardée de réaffirmer sa promesse d’organiser un référendum sur le «Frexit». Ce d’autant plus que «les économies de la plupart des pays de la zone euro ont commencé à se relever et le chômage est en baisse», note encore The Globe and Mail.

Qui ressort le plus renforcé du débat? Pour El País, Macron et Le Pen sortent clairement gagnants. La Libre Belgique, elle, ne voit personne sortir du lot, par excès de «prudence». «Le moins véhément, finalement, semblait être François Fillon, sans doute gêné aux entournures par les affaires qui lui collent aux basques.» A.A.

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