Un politicien déchu attaque la presse

FranceTraité de harceleur, Denis Baupin, un ex-député traîne Mediapart en justice. Séance électrique!

L'ancien député écologiste Denis Baupin.

L'ancien député écologiste Denis Baupin. Image: Bertrand Guay/AFP

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«C’est le procès de #metoo avant #metoo!» À la barre, le patron du site d’information Mediapart, le très charismatique Edwy Plenel – figure adulée par certains, détestée par d’autres, mais crainte sans doute par tout le monde – défend sa vision du «journalisme d’alerte»: il s’agit, affirme-t-il, de «mettre à l’agenda de la société des questions cachées, méprisées, ignorées» et, le cas échéant, de ne pas hésiter à «dénoncer des faits bien avant que la justice ne s’en empare». Voilà son rôle et voilà ce qu’il a fait avec l’affaire Denis Baupin.

Nous sommes en mai 2016, un an et demi avant que n’éclate le scandale Weinstein. Deux journalistes, l’une de Mediapart, l’autre de France Inter, publient une enquête coordonnée où ils accusent l’écologiste Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale, de harcèlement et d’agression sexuelle. Au total, ils produisent douze témoignages de femmes, dont six à visage découvert. En quelques semaines, l’homme politique est conduit à la démission, mais dix mois plus tard, en mars 2017, le Parquet classe l’enquête sans suite. Le procureur de Paris estimait pourtant que certains des faits étaient «susceptibles d’être qualifiés pénalement» et qu’ils reposaient sur des «déclarations […] corroborées». Mais tout était prescrit, donc ni poursuite ni procès.

Seulement Denis Baupin, lui, ne lâche pas. Il avait porté plainte pour diffamation dès le début de l’affaire et, malgré le classement, il maintient ses poursuites contre les deux journalistes, leurs directeurs de publication, et huit témoins dont six femmes. Douze personnes au total sont sur le banc des accusés, dans un procès à position inversée, où le plaignant entend faire établir qu’on a mené contre lui une enquête à charge et qu’il n’est ni le harceleur ni l’agresseur qu’on a décrit. Absent, Denis Baupin se fait représenter par son avocat, au regret du président de la Chambre correctionnelle qui grogne qu’il «préfère quand les parties sont là, c’est une évidence».

Edwy Plenel, lui, est là et bien là. Il invoque les grands principes, défend le sérieux de l’enquête, rappelle les 200 procès qu’il a affrontés, dont quatre seulement ont donné lieu à une condamnation… L’échange avec Me Emmanuel Pierrot, l’avocat du plaignant, est tendu, presque hargneux, comme si les deux hommes avaient peine à cacher leur détestation.

Soudain, coup de théâtre, Edwy Plenel annonce qu’une perquisition a lieu à Mediapart en lien avec l’affaire Benalla. Il court rejoindre sa rédaction, suivi d’une équipe TV, et dans le métro il ironise: «On passe par Champs-Élysées, Clemenceau et Bastille. L’Élysée puis la Bastille, c’est le parcours des journalistes!»

Le procès, lui, dure jusqu’à vendredi.

(24 heures)

Créé: 04.02.2019, 21h30

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