Populiste et souverainiste, un gouvernement inédit se profile

ItalieL’alliance entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles pourrait bouleverser l’échiquier politique de la péninsule.

Luigi Di Maio (à g.) et Matteo Salvini, les dirigeants respectifs du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du Nord.

Luigi Di Maio (à g.) et Matteo Salvini, les dirigeants respectifs du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du Nord. Image: Keystone

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Matteo Salvini et Luigi Di Maio utilisent les mêmes mots pour galvaniser leurs troupes: «Nous avons fait d’importants pas en avant.» Les négociations entre le chef de la Ligue du Nord et celui du Mouvement 5 étoiles (M5S) pour faire naître le premier gouvernement populiste et souverainiste d’un membre fondateur de l’Union européenne procèdent à marche forcée. Ils veulent boucler leur programme commun d’ici à quarante-huit heures. «Dès dimanche, nous communiquerons le nom du président du Conseil au président de la République», a affirmé Luigi Di Maio.

Plus facile à dire qu’à faire. Aucun des deux partis ne veut renoncer aux mesures phares qui lui ont permis de remporter les élections. Le M5S a fait du revenu de citoyenneté son étendard. Coût de l’opération: entre 15 et 30 milliards d’euros. La Ligue du Nord ne renoncera pas à la «flat tax», une taxation unique des revenus de 15%, dont le coût est évalué à 63 milliards.

L’immigration, elle aussi, divise les deux partis. Matteo Salvini a multiplié les gestes symboliques, publiant un selfie devant un bulldozer et endossant pour la finale de la Coupe d’Italie le blouson des militants du groupe d’extrême droite CasaPound. Son projet prévoit d’expulser 500 000 immigrés. Si le M5S a été le premier à qualifier les ONG opérant en Méditerranée de «taxis pour migrants», il reste globalement plus mesuré sur la question.

Pique contre Bruxelles

Les deux formations sont en revanche d’accord pour réviser à la baisse l’âge de départ à la retraite. Une mesure qui coûtera 20 milliards par an jusqu’en 2035. «Nous ne creuserons pas le déficit», a assuré Di Maio. «Ceux qui, à Bruxelles, voient une menace dans cette alliance redoutent en réalité de perdre leur poste.» Une pique adressée au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et au président du Parlement européen, Antonio Tajani, qui s’étaient inquiétés d’une dérive possible des finances publiques de Rome.

Grand admirateur de Vladimir Poutine et de Viktor Orbán, le patron de la Ligue du Nord ne cache pas que l’euro est une catastrophe à ses yeux et qu’il attend avec impatience l’implosion de la zone monétaire. Jeudi, le président italien, Sergio Mattarella, lui a répondu en dénonçant «le souverainisme qui trompe les opinions publiques» et en exaltant la monnaie unique, «plus haute expression de la solidarité entre les Européens». Avis aux navigateurs: le président ne tolérera pas le cabotage vers les côtes du groupe de Visegrad, réunissant la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie.

L’ombre de Berlusconi

Reste à désigner le président du Conseil, ou premier ministre. Ce ne pourra être ni Luigi di Maio ni Matteo Salvini, car cela déséquilibrerait l’alliance, et c’est bien sur ce point que le train du futur Exécutif pourrait dérailler.

Sans compter que l’ombre de Silvio Berlusconi plane sur ces négociations. Il y a une semaine, il était encore pour le M5S «le financier de la mafia», «un repris de justice», «l’incarnation du système et de la caste», «le mal absolu». De son côté, l’ancien «Cavaliere» comparait les dirigeants du M5S à «des nazis ou à des staliniens» et affirmait que, dans ses entreprises, il ne les aurait employés qu’à «nettoyer les chiottes» au vu de l’incompétence qu’il leur attribue.

C’est pourtant lui qui, en offrant à l’Exécutif sa «bienveillante non-belligérance», a permis de débloquer la situation. S’il l’a fait, c’est d’abord afin d’éviter des élections anticipées où Forza Italia, son parti, en chute dans les sondages, aurait perdu la moitié de ses 166 élus. Mais aussi afin de conserver une influence dans le gouvernement à travers ses alliés de la Ligue du Nord et protéger ses entreprises. Législation sur les conflits d’intérêts et sur les télécommunications, durcissement des peines pour corruption ou connivence avec la mafia: appliqué à la lettre, le programme du M5S risquait de l’abattre. Silvio Berlusconi a négocié sa tardive conversion contre de sérieuses garanties.

Créé: 11.05.2018, 22h53

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