«Poutine cherche à garantir son annexion de la Crimée»

Crise ukranienneAncien premier ministre devenu farouche opposant, Mikhaïl Kassianov livre son analyse de la crise ukrainienne.

Mikhaïl Kassianov, alors qu'il était premier ministre russe, lors d'une visite officielle à Paris en 2002.

Mikhaïl Kassianov, alors qu'il était premier ministre russe, lors d'une visite officielle à Paris en 2002. Image: Keystone

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Le maître du Kremlin, Mikhaïl Kassianov le connaît bien. Il fut le premier ministre de Vladimir Poutine de 2000 à 2004 avant de se transformer en l’un de ses plus farouches opposants. Dans une interview mercredi au Nouvel Obs, juste avant le sommet de Minsk, il analysait les motivations du président russe en Ukraine.

A quelles conditions un accord à Minsk serait-il efficace sur le terrain? Le point clé, selon l’ancien premier ministre, c’est «le contrôle effectif de toute la frontière russo-ukrainienne par l’OSCE». Sans quoi, le reste n’est que du vent. «Aujourd’hui, il y a 25 postes frontières entre l’Ukraine et la Russie, dont seulement 5 sont contrôlés par l’OSCE. L’aide russe aux rebelles transite par les vingt autres. Si l’OSCE contrôle effectivement les 25 postes, il pourra y avoir une paix véritable.» L’autre problème délicat pour Poutine, c’est «le sort des 3000 combattants prorusses locaux. Les acceptera-t-il en Russie?»

Pris à son propre piège

Mais au fond, quel est l’objectif final de Poutine en Ukraine? Pour Mikhaïl Kassianov, le leader russe s’est laissé prendre à son propre piège. «Poutine n’est pas Staline, il n’a pas de vision géopolitique. C’est un pragmatique qui a une obsession et une seule: garder le pouvoir (ndlr: en Russie). Il a besoin de victoires rapides, quelles qu’elles soient, pour consolider sans cesse sa popularité.» Ce qui expliquerait l’annexion de la Crimée, «si chère au cœur des Russes».

Pensant que l’Occident réagirait mollement comme en 2008 après l’annexion des zones russes de Géorgie, il ne s’attendait pas aux sanctions. «Ce fut un grand choc pour Poutine! A mon avis, son escalade en l’Ukraine de l’Est vient de là. Il l’a lancée pour restaurer sa position dans une négociation avec l’Occident sur la Crimée.» Avec un accord à Minsk, la tension entre Occident et Russie retombera-t-elle? «Oui, estime l’ancien chef du gouvernement russe. Mais la confiance ne sera jamais restaurée. Les chefs d’Etat occidentaux ont enfin compris qu’ils ne pouvaient plus croire Poutine.»

Populaire mais pas trop

L’opposition russe se donne rendez-vous le 1er mars à Moscou pour une mégamanif. N’est-ce pas un peu naïf alors que Poutine cartonne dans les sondages? «Attention aux interprétations hâtives: 85%, c’était son taux de popularité juste après l’annexion de la Crimée. Un autre sondage du même (ndlr: institut) Levada à la même époque, c’est-à-dire en pleine euphorie nationaliste, concernait les intentions de vote.

A la question «Voterez-vous pour Poutine à la prochaine élection présidentielle?» seulement 53% des gens ont dit oui. Autrement dit, les 85% étaient de fait un taux d’adhésion à l’annexion de la Crimée, pas le taux de confiance de Poutine. Et maintenant avec la crise, la guerre, les intentions de vote seraient forcément plus basses, probablement moins de 50%!»

Créé: 13.02.2015, 12h44

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