Poutine tente de rassurer des Russes incrédules

Covid-19Les chiffres officiels du coronavirus restent étrangement faibles. Ils nourrissent les rumeurs sur l’ampleur de l’épidémie.

«Une source proche des services de sécurité évoque des chiffres trois plus élevés que les données officielles.»

«Une source proche des services de sécurité évoque des chiffres trois plus élevés que les données officielles.» Image: Sébastien Féval

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La Russie, avec un décès et moins de 500 cas, continue d’être une mystérieuse exception dans la crise mondiale du coronavirus. Face à la croissante incrédulité des Russes soupçonnant un bilan médical plus lourd, Vladimir Poutine se veut rassurant. «Malgré le risque élevé, la situation est dans l’ensemble sous contrôle», a insisté le chef du Kremlin lorsque, la semaine dernière, il a visité le centre sur le coronavirus créé à Moscou. Le président a envoyé une centaine de virologues en Italie mais n’a fait aucune déclaration solennelle sur l’ampleur du danger en Russie. Il a en revanche dénoncé «des désinformations provocatrices organisées depuis l’étranger pour semer la panique».

C’est que, en Russie même, les rumeurs se font nombreuses sur la réalité de l’épidémie dans le pays. Une source proche des services de sécurité évoque des chiffres trois plus élevés que les données officielles. De nombreux médecins s’interrogent sur la soudaine hausse des infections respiratoires dans les registres officiels – sans que ne soit mentionné le coronavirus. L’un d’eux, sous le sceau de l’anonymat, confie avoir enregistré une surprenante vague de pneumonies, +40% dans la polyclinique de son quartier par rapport à l’an passé. «Des pneumonies atypiques…» souligne un autre, pédiatre. «Les maladies respiratoires sont à la hausse. La vague ne fait que s’accroître», prévient une spécialiste des maladies infectieuses.

Hôpital bâti à la hâte

La courbe est ascendante, avec un nombre de cas passé en une semaine de 59 à 495 mardi, les malades étant désormais un peu partout dans le pays. Un seul est décédé, une femme de 79 ans souffrant de plusieurs maladies chroniques. Très tôt, les autorités avaient pris des mesures draconiennes envers la Chine, fermant la frontière commune de plus de 4200 km. Cela, insiste Vladimir Poutine, a permis d’empêcher «une arrivée massive de la maladie dans notre pays». Le Kremlin a désormais interdit l’entrée sur le territoire à tout étranger jusqu’au 1er mai.

À Moscou surtout, les précautions se multiplient. Tout rassemblement de plus de 50 personnes est interdit. Après avoir tergiversé, la Municipalité a fermé les établissements scolaires. Mais ces mesures restent loin de l’état d’urgence en Europe. La presse, citant des sources au sein de la Mairie, a annoncé l’imminence de strictes mesures de confinement. Le maire Sergueï Sobianine a démenti, mais cela pourrait avoir été un ballon d’essai pour préparer l’opinion. Il a lui-même reconnu que «personne n’a une image claire» de la réalité et que le nombre de 290 cas recensés dans la capitale était sous-estimé, la réalité étant sans doute entre 400 et 500. Moscou se presse d’ailleurs de construire un hôpital pour soigner de futurs malades. Un établissement de 500 lits avec des appareils respiratoires, bâti sur le modèle chinois de Wuhan.

Ce chantier prouve à lui seul que les autorités se préparent au pire. Une partie de la population a commencé à prendre conscience de la menace: à Moscou, des familles s’imposent un autoconfinement, d’autres achètent en masse des masques, pourtant désormais introuvables en pharmacie. «Il n’y a aucune raison de paniquer. Toutes les mesures prises sont préventives», répète la vice-première ministre chargée de la Santé, Tatiana Golikova. Mais dans les faits, depuis la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 jusqu’aux vastes incendies de 2010, les Russes ont appris à se méfier face à la capacité de leurs dirigeants à leur cacher l’ampleur des catastrophes.

Créé: 24.03.2020, 22h11

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