Le premier «hotspot» grec s’ouvre dans la confusion

MigrantsA Lesbos, le centre d’accueil de Moria, perdu dans les oliviers, s’est transformé en centre de tri. Sur l’île, on s’interroge.

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C’est une première grecque. Vendredi à Lesbos s’est ouvert l’un des «hotspots» censés trier pour toute l’Europe les «bons» et «mauvais» candidats à l’asile, et procéder à la distribution vers le nord de ceux qui pourront rester. En Italie, les centres de Lampedusa et Pozzallo (Sicile) sont déjà équipés, d’autres doivent ouvrir ces prochaines semaines en Grèce également.

De fait, le hotspot de Lesbos n’est pas nouveau. Il occupe les murs du centre de Moria, un bâtiment planté au milieu des oliviers et entouré de barbelés, qui depuis deux ans déjà enregistre les migrants qui arrivent sur l’île. Quoi de neuf, alors? A vrai dire, l’inauguration était surtout symbolique, avec la présence du commissaire européen à la migration Dimitris Avramopoulos. L’agence de contrôle des frontières européennes Frontex a acheminé du matériel d’identification et promis 600 experts pour toute la Grèce.

Les humanitaires actifs sur l’île s’interrogent. «Comment seront triés les migrants, que fera-t-on des refoulés, quels seront les recours, de quels droits disposeront ceux qui ont besoin de soins, personne ne sait rien», affirme Stefano Argenziano, le coordinateur de la task force pour les réfugiés chez Médecins sans frontières (MSF), qui revient tout juste de Lesbos. Il dénonce des conditions d’accueil qui demeurent déplorables. «Il manque de tout: nourriture, abris, accès aux soins. Le fait qu’on inaugure un hotspot dans un tel contexte est une honte pour l’Europe.» A Genève, le HCR a confirmé vendredi que les centres de réception à Lesbos sont débordés. 70 à 80 bateaux de fortune sont arrivés ces deux derniers jours. Faute de place, 3500 à 4000 migrants sont laissés à eux-mêmes au nord de l’île.

Stefano Argenziano craint de voir se répéter à Lesbos des scénarios vus au centre de Pozzallo, en Sicile. «On y a déjà expulsé plus de cent personnes dans des procédures expéditives, sur la base d’un tri par nationalité, sans tenir compte du vécu personnel. Les besoins de mineurs, de femmes enceintes, de malades chroniques ne sont pas respectés».

Le maire de Lesbos, Spyros Galinos, ne voit pas les changements qu’apporte la nouvelle affectation de Moria: «Si le fait d’être un hotspot signifie qu’il y aura une meilleure prise en charge du problème, ça me convient. Mais j’attends qu’on me donne des explications plus précises. On ne sait pas encore exactement ce qui va se passer», déclarait-il à RFI.

En Grèce, comme en Italie, les responsables locaux confrontés aux arrivées se méfient de ces hotpots, perçus comme des miroirs aux alouettes. «L’UE veut aller vite et oblige le gouvernement grec à ouvrir ces hotspots en un temps record pour des raisons de communication qui lui sont propres mais totalement détachées des réalités du terrain», confiait au journal Le Monde une source gouvernementale grecque.

Créé: 16.10.2015, 22h13

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