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«Le PS français est devenu un syndicat d’élus»

Erwan Lecoeur ne croit pas à l'idée d'un front populaire bis: «La droite se droitise tandis que la gauche se fragmente!».

Jean-Luc Mélenchon et les écologistes d'EELV ont la volonté de créer une alternative d’opposition à gauche. Et ce alors que le PS espère remobiliser ses alliés historiques pour soutenir François Hollande en 2017. C'est mal parti...
Jean-Luc Mélenchon et les écologistes d'EELV ont la volonté de créer une alternative d’opposition à gauche. Et ce alors que le PS espère remobiliser ses alliés historiques pour soutenir François Hollande en 2017. C'est mal parti...
Langlois, AFP

Lors de son université d’été, le PS voulait se rassembler. Il a étalé ses divisions. Entre réformistes et frondeurs, entre aile gauche et aile droite, toutes les envies de dialogue ont volé en éclats quand le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a fustigé les 35heures. Cette fragmentation de la gauche ne touche pas que le PS. Les écologistes d’EEVL ont, eux, carrément implosé ces derniers jours alors que deux barons – François de Rugy et Jean-Vincent Placé – quittaient le parti. Le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis ne cesse d’appeler à une union des gauches pour faire barrage au FN et à la droite sarkozyste qu’il qualifié d’extrémiste. Analyse d’Erwan Lecoeur, politologue spécialiste du Front National et proche des Verts.

Créer un «Front populaire bis» en réaction à la «droitisation de la droite», est-ce possible?

– C’est possible, mais cela dépend pour qui. Il faut savoir que la question du FN est un très vieux thème pour Jean-Christophe Cambadélis, qui avait créé dans les années quatre-vingt un « Manifeste contre le Front national ». Il n’y a rien d’étonnant qu’il surimpose cette thématique. Mais le problème de cette proposition est que le FN a déjà été beaucoup utilisé pour faire taire les dissensions à gauche depuis son émergence dans le champ politique.

Le FN est donc utile au PS avec deux fonctions: rassembler et éluder les questions internes?

– Il n’est pas nouveau que l’utilisation du FN agite les socialistes qui la constatent. Le Mitterrandisme l’a fait pendant très longtemps. Le problème est que le PS veut toujours rallier autour de lui les forces de gauche qu’il considère comme des satellites. Mais aujourd’hui, le PS est un parti en déliquescence avancée. Il ressemble plutôt à un syndicat d’élus. Il est peu représentatif de la base de la gauche et il est considéré par ses alliés potentiels comme de moins en moins de gauche.

Cela n’empêche pas un rassemblement contre la droite?

– Le Front populaire de 1936 – qui sert de référence historique - était constitué de forces de gauche qui venaient des partis comme des syndicats, pour s’opposer aux Ligues et pour proposer des avancées sociales. Ils s’opposaient effectivement aux nombreux mouvements d’extrême droite que Maurras voulait réunir sous la bannière d’un « Front national ». Aujourd’hui le PS ne serait pas légitime à appeler à une union des gauches dont il se pose comme l’élément central.

Mais la légitimité ne vient pas que de l’état de santé du PS, mais aussi du «danger» désigné d’une droitisation de la vie politique française?

– Effectivement pour que cette proposition ait une chance, le danger doit avoir une existence. Cela nécessite donc dans le discours de sortir du sempiternel « front républicain », que l’on connaît depuis quelques années. Le Front populaire nécessiterait que les Républicains, ex-UMP, ne soient plus reconnus comme faisant partie de ce rassemblement visant à contrer le FN.

Rassembler une gauche fragmentée se fera-t-il si la défaite est lourde lors des Régionales, comme annoncé?

– Il est probable que le PS perde quasiment toutes les régions en décembre. La France va basculer de gauche à droite. Et non pas parce que la droite est attirante, mais parce que la gauche a beaucoup déçu. Le mouvement de fond est celui d’un ras-le-bol de la gauche au pouvoir, d’un anti-hollandisme et anti-PS qui s’exprime. Mais la droite va gagner sans avoir convaincu. Et le PS n’existera plus vraiment, parce que des centaines d’élus et leurs collaborateurs vont perdre leurs postes à travers le pays. Cela va faire très mal! Le PS est donc en train d’essayer de convaincre les autres de partir ensemble au 1er tour pour espérer se maintenir à flot, parce que c’est sa manière de faire de la politique depuis le XXe siècle.

L’union des gauches, vous n’y croyez donc pas, alors que le mouvement anti-PS se renforce?

– Je constate que Jean-Luc Mélenchon et la EELV ont la volonté de créer une alternative d’opposition à gauche. Ils sont dans la sensation, sur le modèle de Syriza avec Tsipras et Podemos en Espagne, que cette gauche-là peut réussir à la place d’un PS décevant. Des clarifications ont lieu. Et le PS tente de garder une certaine influence en faisant notamment des promesses ministérielles. Le fait que deux écologistes quittent leur parti pendant l’université d’été du PS est significatif d’un PS qui manœuvre plus qu’il ne convainc.

Vous êtes critique envers le PS?

– Pour moi, le PS est devenu un syndicat d’élus qui défend son pré carré. Ce qui est humain, très humain. Mais en agitant l’épouvantail Marine Le Pen, il ne réussit qu’à tendre une situation déjà compliquée. Il devrait commencer par réfléchir au peu de profondeur et d’intérêt de la vision du monde qu’il propose et à la façon de la mettre en oeuvre au gouvernement ; il doit aussi se poser la question de sa responsabilité dans le non-renouvellement du personnel politique et, au fond, dans la montée du lepénisme et du FN depuis plus de trente ans.

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