La recherche désespérée d’une star sociale-démocrate

AllemagneLes sociaux-démocrates poursuivaient mardi à Berlin leur «primaire» pour élire une nouvelle direction et sauver le parti du déclin.

Christina Kampmann et Michael Roth, deux des quatorze candidats à la présidence du SPD.

Christina Kampmann et Michael Roth, deux des quatorze candidats à la présidence du SPD. Image: Keystone

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Si Willy Brandt voyait ça! Le siège du Parti social-démocrate (SPD), qui porte le nom de l’icône de la gauche allemande, est plein à craquer. «Je n’ai jamais vu autant de monde et autant d’ambiance dans cette maison», se félicite Thorsten Schäfer-Gümbel, président par intérim du SPD, face aux centaines de militants venus écouter, mardi soir, le discours des quatorze candidats à la direction du parti.

Après la démission, en juin, d’Andrea Nahles, la première femme président, qui n’aura tenu que quatorze mois, le SPD se cherche de nouveau une tête… pour la neuvième fois consécutive depuis le départ de Gerhard Schröder en 2004. «Il y a une chose que je nous souhaite vraiment, c’est de ne plus avoir à chercher sans arrêt un candidat à la chancellerie», a lâché la candidate Klara Geywitz, députée régionale du Brandebourg, absolument inconnue du grand public.

Divisions

Après avoir perdu près de la moitié de ses électeurs en quinze ans, le SPD cherche une nouvelle orientation politique. Le parti est toujours profondément divisé entre l’aile libérale, qui pense avoir contribué à la reprise économique avec l’Agenda 2010, et l’aile sociale qui accuse Schröder d’être à l’origine du déclin du parti en ayant accru la pauvreté avec la libéralisation du marché du travail.

Depuis, les résultats électoraux se détériorent à chaque nouveau scrutin. Le parti de Willy Brandt enregistrait des scores de plus de 40% il y a encore quinze ans. Aujour­d’hui, il fait jeu égal avec l’extrême droite, aux alentours de 15%. En Saxe, le SPD vient de plonger sous la barre des 8% aux régionales! «Ils ont vraiment peur de disparaître de l’espace politique, comme les socialistes en France», constate Gero Neugebauer, politologue à l’Université Libre de Berlin (FU).

Pour tenter de redresser la barre, les sociaux-démocrates ont décidé d’organiser cette fois une élection de leur direction en organisant une sorte de «primaire». Depuis début septembre, les candidats se présentent aux militants dans toute l’Allemagne. Plus de 20 «conférences régionales» ont été programmées, dont celle de mardi à Berlin, avec des candidats en duo (homme/femme) presque inconnus du grand public.

Faute de leader, Olaf Scholz, le ministre social-démocrate des Finances (SPD) et vice-chancelier, a accepté malgré lui de se porter candidat. Populaire auprès des Allemands, il n’est pourtant pas donné gagnant dans cette course à la présidence. «Au SPD, les sondages sont moins importants que les programmes», rappelle Gero Neugebauer. Or l’ancien maire de Hambourg incarne cette génération Schröder. Mardi, ses efforts pour démontrer qu’il reste un social-démocrate «dans l’âme» n’ont pas déclenché l’enthousiasme du public.

Rompre avec Merkel?

Les plus applaudis étaient les candidats plaidant en faveur d’un grand virage à gauche, comme Gesine Schwan et Ralf Stegner (vice-président du SPD), des vétérans de l’aile sociale, mais aussi Karl Lauterbach et Nina Scheer, deux députés du Bundestag favorables à la fin de la «grande coalition» (GroKo) – la troisième – avec Angela Merkel. «La GroKo n’a plus aucun avenir», a lâché un autre candidat, Norbert Walter-Borjans, ministre régional des Finances de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, connu pour avoir acheté au marché noir des données bancaires sur des CD volés en Suisse.

L’enjeu de cette tournée des candidats à la présidence du SPD est la survie du gouvernement à Berlin. La prochaine direction déterminera si la chancelière sera en mesure d’achever son mandat, comme elle le souhaite, en 2021. Si le choix de la rupture l’emportait, des élections auraient lieu dans la foulée, après le départ de Merkel. L’Allemagne entrerait alors dans une période d’instabilité politique.

Un cruel dilemme pour la gauche allemande. «Une poursuite de l’alliance avec Merkel serait douloureuse. Une sortie de la GroKo serait suicidaire», estime Gero Neugebauer. Mais l’aile sociale est prête à choisir la rupture, au risque de couler définitivement. «Nous voulons redevenir le parti des travailleurs», a lancé la candidate Hilde Mattheis, qui réclame une augmentation du salaire minimum de… 50%.

Créé: 17.09.2019, 22h51

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