Il s’immole par le feu et lance la colère des étudiants

À Lyon, le suicide d’un étudiant privé de bourse lance un débat sur la précarité des étudiants.

Il revendique «le salaire à vie, pour qu’on ne perde pas notre vie à la gagner», s’exclame : «J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes», et conclut «Vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu».

Il revendique «le salaire à vie, pour qu’on ne perde pas notre vie à la gagner», s’exclame : «J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes», et conclut «Vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu». Image: PHILIPPE DESMAZES/AFP

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Après les manifestations de la veille, le calme n’était toujours pas revenu mercredi à l’université de Lyon 2. Une centaine de manifestants bloquaient la totalité du campus depuis le début de la matinée, sous des slogans écrits en lettres rouges, «La précarité tue», ou «fac kéblo».

En quelques jours, la colère étudiante s’est élevée et vient s’ajouter à toute une série d’autres exaspérations qui secouent le pays: la manifestation nationale des personnels hospitaliers prévue ce jeudi à Paris, le premier anniversaire des «Gilets jaunes» ce week-end et, dans trois semaines, l’appel à une journée de grève, le 5 décembre, contre le projet de réforme des retraites du gouvernement.

La révolte estudiantine a pour origine un drame personnel. Vendredi 8 novembre, dans l’après-midi, un étudiant en sciences politiques de 22 ans s’est immolé par le feu devant le Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), l’organisme qui octroie les bourses d’étude. Il avait envoyé un ultime SMS à son amie, puis il s’est aspergé de liquide inflammable et incendié. Un témoin qui travaillait sur un chantier voisin a pu intervenir pour étouffer les flammes, mais le jeune homme, brûlé à 90%, est toujours entre la vie et la mort.

Un geste politique

Pourquoi cette tentative de suicide? Le jeune étudiant, enfant d’une famille modeste de Saint-Étienne, avait échoué à deux reprises dans sa deuxième année d’études. Du coup, il avait perdu sa bourse de 450 euros par mois. Depuis le mois de juillet, il vivait entre le domicile de ses parents et la chambre de son amie, elle aussi étudiante. Il avait fait cet automne une demande d’aide ponctuelle, refusée par le Crous, et c’est alors qu’il a décidé de «commettre l’irréparable» en revendiquant le caractère politique de son geste dans un texte publié sur Facebook. Il y dénonce la modicité des bourses (550 euros par mois au maximum), mais aussi ses inquiétudes face au chômage ou face à la durée de cotisation nécessaire pour avoir «une retraite décente». Il revendique «le salaire à vie, pour qu’on ne perde pas notre vie à la gagner», s’exclame : «J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes», et conclut «Vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu»…

Ce texte aux accents pathétiques a été lu par les manifestants mais aussi par une députée à l’Assemblée nationale, et il a lancé un débat sur le statut des étudiants, dont une étude a révélé que 20% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté.

Le caractère sacrificiel du suicide – «Je ne l’ai pas trouvé abattu ni déprimé», témoigne avec stupéfaction un ami qui l’avait rencontré la veille – la force symbolique d’une immolation par le feu qui rappelle le geste du Tunisien Mohamed Bouazizi lors du Printemps arabe, tous ces éléments tendent à légitimer le débat.

Lors des manifestations dénonçant la précarité des étudiants, la grille du Ministère de l’enseignement supérieur a été enfoncée à Paris, tandis qu’à l’Université de Lille, une conférence de l’ancien président Hollande a été annulée: des manifestants avaient envahi la salle et déchiraient solennellement les pages de son livre.

Réaction de François Hollande: «Il est légitime que des étudiants soient en solidarité.» Sur le plateau de BFMTV, un étudiant en sociologie membre du syndicat Solidaires Étudiant-e-s revendique sans broncher un salaire qui «reconnaîtrait le statut de travailleur des étudiants et serait supérieur au SMIC». Quant à la question de savoir s’il était légitime de supprimer une bourse après un double échec en deuxième année, elle passe, pour l’instant, au deuxième plan…

Créé: 13.11.2019, 18h12

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