Le show de Macron pour débloquer la crise iranienne

Réunion du G7Le ministre des Affaires étrangères iranien a fait une visite surprise dimanche à Biarritz, à l’invitation de Paris.

Les dirigeants du G7 dimanche à Biarritz: Emmanuel Macron, Angela Merkel, Justin Trudeau, Boris Johnson, Donald Tusk, Giuseppe Conte, Shinzo Abe et Donald Trump.

Les dirigeants du G7 dimanche à Biarritz: Emmanuel Macron, Angela Merkel, Justin Trudeau, Boris Johnson, Donald Tusk, Giuseppe Conte, Shinzo Abe et Donald Trump. Image: REUTERS

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Le président français, Emmanuel Macron, avait annoncé sa volonté de réformer le G7 et d’«inventer de nouveaux formats». Le moins qu’on puisse dire est qu’il a tenu parole. Dimanche, peu après 14h, quand un avion iranien s’est posé à l’aéroport de Biarritz et que peu à peu la rumeur a circulé qu’il pouvait s’agir du ministre iranien des Affaires étrangères, l’ambiance était à l’incrédulité. Pourtant, à 16 h, l’Élysée confirmait: Mohammad Javad Zarif était bel et bien arrivé dans le cadre du G7 pour une rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. À l’invitation de Paris.

L’irruption de cet invité surprise était d’autant plus improbable qu’un peu plus tôt dans la journée, les efforts déployés par Emmanuel Macron pour favoriser une «désescalade» de la crise iranienne avaient conduit à un démenti de Donald Trump.

Zarif invité par Macron

Tout commence samedi soir, lors du repas qui réunit les dirigeants du G7 seuls, sans leur délégation ni aucun conseiller. Cette rencontre est consacrée aux questions de politique étrangère, et l’Iran, bien sûr, constitue un des thèmes principaux. Les chefs d’État y évoquent aussi l’Amazonie ou la question d’un éventuel retour de la Russie au sein du G7, mais sur le dossier iranien, Emmanuel Macron, selon des sources élyséennes, aurait défendu un moyen de désamorcer l’escalade nourrie actuellement par les sanctions économiques américaines et en rétorsion les menaces iraniennes de reprendre l’enrichissement d’uranium. Quel signe le président français obtient-il de ses pairs? Le fait est qu’après ce repas, selon l’AFP, Paris invite Mohammad Javad Zarif à rejoindre Jean-Yves Le Drian à Biarritz. Et Trump, précise la même source, est avisé de cette invitation…

Dimanche matin, la diplomatie française est confiante. Emmanuel Macron, dans une interview diffusée sur LCI, assure qu’un progrès a été réalisé: «Nous nous sommes mis d’accord sur ce qu’on va dire sur l’Iran. Il y a un message du G7 sur nos objectifs.» Et il ajoute: «Nous avons acté d’une communication commune et d’une décision d’action qui permet de réconcilier un peu les positions.» Malheureusement, la communication commune ne dure pas très longtemps. Interrogé quelques heures plus tard par des journalistes sur ce sujet, Donald Trump répond par un lapidaire «Je n’ai pas discuté de cela» et souligne que le président français n’a pas reçu de mandat.

On entre alors dans une de ces querelles linguistiques qui brouillent les intentions réelles plus qu’elles ne les éclairent… À son tour, Emmanuel Macron répond aux journalistes. «Trump a raison, il n’y a pas de mandat formel», reconnaît-il avec un sourire, et il ajoute que c’est ainsi pour la bonne raison que «le G7 est un club informel et qu’il n’y avait pas de mandat formel donné à l’un ou à l’autre». Mais il balaie la polémique et insiste sur les points d’accord: «Aucun membre du G7 ne veut que l’Iran ait l’arme nucléaire. Tous les membres du G7 sont profondément attachés à la stabilité de la région.» Il conclut par un énigmatique «On va continuer à agir chacun dans son rôle», et l’invitation du ministre iranien montre que ce n’est pas un vain mot.

Trump et Johnson éclipsés

Du coup, l’épisode iranien rejette dans l’ombre d’autres moments forts du G7, comme le tête-à-tête très attendu de Boris Johnson et Donald Trump, qui a pris la forme d’un petit-déjeuner. Sur le thème du Brexit, ils se sont promis un avenir lumineux entre leurs deux pays grâce à «un très grand accord commercial, rapidement, plus grand qu’il n’y en a jamais eu», selon les termes de Trump, accord que Johnson annonce «fantastique, une fois les obstacles écartés».

Quant aux effets de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, là encore, les versions divergent. De sources européennes, on souligne que plusieurs dirigeants ont exprimé leur préoccupation, mais Donald Trump affirme qu’il n’a pas été critiqué: «Pas du tout, je n’ai pas entendu cela. Je pense qu’ils respectent la guerre commerciale. Elle devait avoir lieu.»

Chacun sa vérité, en somme, et qu’il n’est pas toujours bon de dire. Emmanuel Macron avait annoncé une conférence de presse dans la soirée de dimanche. Après qu’il a rencontré à son tour le ministre iranien des Affaires étrangères, on apprenait qu’elle était annulée. Faute de temps.

Créé: 25.08.2019, 22h28

Anti-G7 et anti-Macron

Les violences tant craintes en marge des manifestations anti-G7 n’auront pas eu lieu. Samedi, la marche entre Irun et Hendaye organisée à la frontière espagnole par les plateformes G7 EZ et Alternative G7 a rassemblé pacifiquement 15 000 manifestants (9000 selon la Préfecture).

Quant aux actions de «désobéissance civile» annoncées pour dimanche et qui prévoyaient des occupations de sept places publiques dans des localités autour de Biarritz, elles ont été annulées au dernier moment par les organisateurs en raison «du dispositif policier surdimensionné».

Au final, une seule manifestation non autorisée a été maintenue. Elle s’est déroulée dans le calme, dimanche matin à Bayonne, autour des 128 portraits officiels du président de la République dérobés dans des mairies depuis le début de l’année pour protester contre la politique de Macron. Le groupe Action non violente COP21 a promené sept de ces portraits volés à travers les rues de la vieille ville, visage du président tenu symboliquement à l’envers, défiant les forces de police, nombreuses, mais qui se sont abstenues d’intervenir.

«Nous manifestons pour montrer le décalage entre les beaux discours de Macron sur le climat et ses actes concrets à la tête du pays», expliquait Cécile Marchand, qui elle-même passera cet automne en procès à Paris pour le vol d’un des portraits.

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