«Sommet de la dernière chance» entre Poutine, Merkel, Hollande et Porochenko

Guerre en UkraineLa tension est palpable ce soir à Minsk, où s'ouvrent des discussions délicates. La paix est possible, mais volonté est-elle là? Décryptage.

François Hollande, Angela Merkel et Petro Porochenko ont retrouvé mercredi Vladimir Poutine à Minsk.

François Hollande, Angela Merkel et Petro Porochenko ont retrouvé mercredi Vladimir Poutine à Minsk. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

« La photo de famille ? Ca attendra ! » Cette conseillère de François Hollande vient de prévenir: les négociations à Minsk ont commencé et elles risquent de durer longtemps. Dans un salon doré du palais de l’Indépendance de la capitale biélorusse, le président français est depuis plus d’une heure enfermé ce soir avec le président ukrainien Petro Porochenko, le chef du Kremlin Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel pour un sommet qui pourrait être celui de «la dernière chance» pour la paix en Ukraine, après près d’un an de combats et plus de 5000 victimes.

«Depuis les deux allers retours de Merkel et Hollande la semaine dernière à Kiev puis Moscou, tous les points de l’accord de Minsk ont été disséqués, dépecés et précisés», confie un diplomate proche de François Hollande. Référence aux textes de septembre, seuls accords de paix signés jusque-là par tous les belligérants (notamment pour un cessez-le-feu) mais restés lettre morte depuis.

«Mais je ne crois pas un seul instant qu’ils sont venus ce soir pour négocier toute la nuit. S’ils ont fait le déplacement, c’est qu’un accord est prêt», assure ce diplomate. «Ils vont apporter à cet accord tout le poids politique nécessaire. Mais le plus difficile sera la mise en œuvre. Donc, au-delà du sommet à quatre, ce qui compte avant tout ce soir à Minsk, c’est la négociation en parallèle du groupe de travail.»

Dans le secret des salons kitch du palais présidentiel de Minsk, ce groupe de contact (Ukraine, Russie, rebelles et OSCE) est en fait réuni à huit clos depuis hier. La présence depuis plus de vingt-quatre heures sur le tarmac de l’aéroport de la capitale biélorusse d’un des Falcone présidentiels de la «République française» est là pour le confirmer: dès mardi sont arrivés à Minsk les hommes de sécurité mais surtout les sherpas de François Hollande, rejoints par ceux d’Angela Merkel.

Les quatre vérités de Merkel

Jusqu’à présent, Angela Merkel et Vladimir Poutine ne se sont pas montrés ensemble à Minsk. La tension serait montée d’un cran entre la chancelière allemande et le chef du Kremlin depuis leurs retrouvailles vendredi au Kremlin. «Elle a dû lui dire les choses très clairement, et directement en russe: vous risquez gros si vous n’agissez pas enfin pour mettre fin à cette guerre», glisse un observateur européen du conflit depuis un an.

«Merkel n’avait sans doute pas en tête seulement de nouvelles sanctions européennes mais de possibles révélations sur les affaires de corruption des proches du Kremlin, voire du président lui-même. Une vraie menace!» D’où sans doute la réaction à froid, deux jours après, du porte-parole du Kremlin: «Personne n’a jamais parlé au président sur le ton d’un ultimatum et personne ne pourrait le faire», a prévenu Dmitri Peskov.

La ligne de front

Sur le fond des problèmes, rien n’a encore filtré à Minsk. Le plus grand secret et une confusion certaine accompagnent au contraire la dernière ligne droite des négociations du groupe de contact. Selon une source au sein de la présidence française, les négociations entre diplomates mandatés sont «difficiles», rappelant qu’il y a «encore pas mal de problèmes à régler». Etonnement, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s’est montré au contraire plus optimiste et s’est félicité de «progrès notables».

Les séparatistes prorusses ont soumis leurs propositions. Mais ils ont démenti être parvenus à un accord sur un cessez-le-feu, comme l’a trop hâtivement rapporté mardi soir l’agence de presse russe Tass. L’Ukraine insiste par ailleurs sur le respect de la ligne de front telle qu'elle existait en septembre, alors que les séparatistes occupent 500 km2 supplémentaires grâce à leurs récentes victoires. Serait du coup envisagée la création d’une zone démilitarisée de 50 à 70 kilomètres de part et d’autre. Mais les rebelles y seraient opposés.

Ne pas perdre la face

«On n’est donc pas à l’abri d’un échec de dernière minute. Si Porochenko voit qu’il a plus à perdre qu’à gagner et que l’accord risque de se précipiter sa chute à Kiev. Ou si Poutine pense qu’il perd trop la face. Ou si les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine disent non pour ne pas perdre le terrain gagné ces derniers jours», prévient un observateur français. « Il en sortira forcément un accord. Mais peut-être tellement a minima qu’il n’apportera pas une vraie paix sur le terrain… »

Le «body language» des premières minutes de ce sommet a confirmé à lui seul la difficulté de ces négociations. L’accueil par Alexandre Loukachenko dans son palais, aux marbres et lustres impressionnants, a certes été soigneusement chorégraphié. Mais les détails de la gestuelle des chefs d’Etat ont traduit bien des tensions. Avec le président ukrainien, l’accolade a été longue et chaleureuse. Avec la chancelière allemande et le président français, arrivés ensemble après un rapide entretien bilatéral à l’aéroport, l’échange fut courtois mais nettement plus froid. Alexandre Loukachenko s’est efforcé de se montrer aimable, offrant un bouquet de fleurs à Angela Merkel, posant une main amicale sur l’avant-bras de François Hollande puis se lançant dans une brève discussion improvisée à trois.

Mais, le visage faussement détendu, les deux leaders européens ont gardé leurs distances avec celui qui, critiqué par les défenseurs des droits de l’homme et isolé par les diplomaties européennes, est toujours surnommé «le dernier dictateur d’Europe» par les chancelleries occidentales.

Poutine en retard mais déterminé

Quand, en retard mais le pas pressé et déterminé, le chef du Kremlin est enfin arrivé, Alexandre Loukachenko l’a accueilli à bras ouverts. Les deux voisins et alliés, aux relations très complexes depuis quinze ans, se sont ensuite arrêtés de longues minutes pour discuter en aparté: le président biélorusse avait visiblement besoin de régler quelques détails avec Vladimir Poutine avant que celui-ci, par un mouvement d’épaule et un sourire au coin des lèvres, ne signifie qu’il était temps de rejoindre les trois autres chefs d’Etat. Depuis, les entretiens se poursuivent à huit clos.

Créé: 11.02.2015, 20h09

Articles en relation

Un quatuor pour tenter de ramener la paix en Ukraine

Minsk Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Angela Merkel et François Hollande sont réunis à Minsk, en Biélorussie, pour un sommet de la dernière chance visant à obtenir la paix en Ukraine. Plus...

Porochenko prêt à introduire la loi martiale en cas d'échec à Minsk

Crise en Ukraine Editorial Pour le président ukrainien, le sommet de Minsk représente «l'une des dernières chances d'instaurer un cessez-le-feu inconditionnel et un retrait des armes lourdes». Plus...

Les séparatistes poussent leur avantage avant Minsk

Ukraine/Russie Un bastion pro-Kiev a été bombardé à la veille d'un sommet crucial pour la paix en Ukraine. Les séparatistes ont fait part de leurs propositions. Plus...

«Poutine veut installer un pouvoir prorusse à Kiev»

Crise ukrainienne Editorial Avant le sommet de Minsk, s’il se tient, la Russie vise toujours à déstabiliser le pouvoir en Ukraine. Entretien. Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.