Soumise au diktat bavarois, Merkel joue son avenir sur la migration

AllemagneLe conflit entre la chancelière et son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, menace l’existence même du gouvernement.

Alors que Seehofer tenait sa conférence de presse à Munich, Angela Merkel s’adressait au même moment aux journalistes à Berlin en réaffirmant ses positions: «la solution doit être trouvée au niveau européen».

Alors que Seehofer tenait sa conférence de presse à Munich, Angela Merkel s’adressait au même moment aux journalistes à Berlin en réaffirmant ses positions: «la solution doit être trouvée au niveau européen». Image: Keystone

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Angela Merkel peut souffler. Il lui reste deux semaines pour sauver son gouvernement et son poste de chancelière! Horst Seehofer, son ministre bavarois de l’Intérieur (CSU), lui a accordé un petit «délai» pour changer radicalement de politique de l’asile et trouver d’ici au sommet européen à Bruxelles, à la fin de juin, une solution sur le renvoi des réfugiés enregistrés dans un autre pays de l’Union européenne (UE).

Un ultimatum qui sonne comme une prise d’otage pour faire plier la chancelière mais aussi les Européens. En effet, on ne voit pas comment Merkel arrivera à trouver un compromis à Bruxelles sur un conflit qui dure déjà depuis près de trois ans. «Mission impossible» pour la chancelière, résument tous les commentateurs de la presse allemande.

Cette crise politique majeure a été «reportée» au début de juillet, date à laquelle Horst Seehofer compte mettre en œuvre son «master plan», si besoin sans l’accord de la chancelière… dont on ne connaît pas encore le contenu (la présentation a été repoussée sine die la semaine dernière). «Mes services se préparent déjà à l’éventualité d’un échec à Bruxelles», a-t-il prévenu lundi à Munich.

Politique unilatérale

Seehofer planifie une politique unilatérale de reconduite aux frontières des réfugiés enregistrés dans d’autres pays de l’UE. Il prévoirait également une réduction importante des allocations aux réfugiés sur le modèle autrichien.

Le patron de la CSU, l’aile bavaroise du parti chrétien démocrate (CDU), répète qu’il s’agit de «sauver sa crédibilité auprès les électeurs». «Cela fait presque trois ans qu’on attend une solution qui ne vient pas. Je ne vois pas comment on pourrait la trouver en deux semaines», a-t-il déploré. «La CSU est favorable à une solution européenne mais si elle ne vient pas il faudra renvoyer des réfugiés aux frontières par nous-même», a-t-il ajouté tout en confirmant une «différence de vues fondamentales» avec la chancelière. «Je ne peux plus travailler avec cette femme», avait-il confié la veille à la presse sans toutefois nommer Merkel. Il n’a pas démenti ses propos lundi.

Le ministre de l’Intérieur assume donc le risque de faire tomber le gouvernement dans le seul objectif d’épargner à son parti, la CSU, une défaite aux élections régionales bavaroises de l’automne. Les chrétiens-démocrates accusent les Bavarois de jouer ainsi avec le feu pour des considérations électorales. Seehofer utilise la même rhétorique que le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne). «Affirmez que nous vivons dans une zone de non-droit, c’est le même baratin que l’AfD. À la place, il faudrait proposer des solutions intelligentes», a critiqué Thomas Strobl, le vice-président du Parti chrétien-démocrate (CDU).

Populistes en force

Le tweet du président américain Donald Trump condamnant lundi la politique migratoire de Merkel (lire ci-dessous) est venu conforter ceux qui accusent Seehofer d’avoir rejoint le camp des populistes, de Trump à Viktor Orbán, en passant par le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, ou Matteo Salvini, le ministre italien de l’Intérieur. Le président de la CSU a invité plusieurs fois en Bavière le premier ministre hongrois Viktor Orbán, strictement opposé au principe de solidarité dans la répartition des réfugiés.

Alors que Seehofer tenait sa conférence de presse à Munich, Angela Merkel s’adressait au même moment aux journalistes à Berlin en réaffirmant ses positions: «La CDU et la CSU ont l’objectif commun de réduire le nombre de migrants vers l’Allemagne. Mais la solution doit être trouvée au niveau européen», a-t-elle répété. L’Allemagne ne doit pas faire cavalier seul sur la question des réfugiés sinon tous les autres pays suivront et ce sera le chaos, dit-elle en substance.

Elle aussi a mis une condition à la «trêve» offerte par Seehofer. Il n’y aura pas d’autre politique de l’asile sans son accord. La Constitution prévoit que la chancelière définit la ligne politique du gouvernement. Or, si le ministre de l’Intérieur ne respectait pas cette règle, Merkel serait forcée de le renvoyer. Elle provoquerait ainsi la chute du gouvernement et vraisemblablement la sienne…

Créé: 18.06.2018, 20h29

Donald Trump s’en mêle

Dans quelques tweets dont il a le secret, Donald Trump s’est invité lundi dans la crise allemande, brandissant le spectre d’une immigration hors de contrôle en Europe pour justifier sa politique d’extrême fermeté aux frontières américaines, où quelque 2000 enfants migrants ont déjà été séparés de leurs parents.

«Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l’immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin», a tweeté le président américain. «Grosse erreur dans toute l’Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture!» a poursuivi Trump, qui contredit cependant les statistiques allemandes, qui montrent une baisse de la criminalité en 2017.

«Nous ne voulons pas que ce qui se passe avec l’immigration en Europe se passe avec nous!» a-t-il encore lancé. Trump contre-attaque ainsi à la pression montante aux États-Unis pour qu’il mette fin aux séparations d’enfants migrants à la frontière. Même le camp républicain et la First Lady Melania Trump elle-même ont exprimé un certain malaise à ce sujet. ATS

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