Les surirradiés d’Epinal revivent leur calvaire

Scandale médicalCondamnés en 2013 à de la prison ferme, les trois praticiens soupçonnés d’être à l’origine du drame sont rejugés depuis mercredi à Paris.

«Notre colère reste là et nous irons jusqu’au bout», a déclaré Philippe Stäbler, le président de l’Association des victimes.

«Notre colère reste là et nous irons jusqu’au bout», a déclaré Philippe Stäbler, le président de l’Association des victimes. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est la plus grande catastrophe de radiothérapie recensée au monde. Entre 2001 et 2006, près de 450 patients traités pour des cancers de la prostate et soignés par radiothérapie ont été victimes de surirradiations au centre hospitalier Jean Monnet d’Epinal, en Lorraine, suite à des erreurs de paramétrage. Douze en sont morts. Les autres souffrent toujours des conséquences de ces surexpositions. Leur cancer est guéri, mais leur système urinaire et anal est gravement atteint, voire entièrement détruit.

Condamnés en janvier 2013 à 18 mois de prison ferme pour homicides et blessures involontaires, deux anciens radiothérapeutes et le radiophysicien de l’hôpital ont fait appel. Un nouveau procès s’est donc ouvert mercredi à Paris. Une épreuve de plus pour les victimes.

Souffrance au quotidien

Entre mai 2004 et août 2005, 24 malades ont subi une surirradiation supérieure à 20%. Aujourd’hui, la plupart des survivants souffrent de cystites invalidantes, avec des douleurs résistantes aux traitements à la morphine. D’autres surexpositions moins fortes – supérieures à 8% – ont également été révélées chez 424 personnes entre 2001 et novembre 2006. A la fin de l’instruction en 2011, 7 des 448 patients étaient décédés, un autre s’était suicidé.

Lors du premier procès, les surirradiés sont venus témoigner de «l’étendue des dégâts» et de l’ampleur de leur calvaire. Ils ont raconté leurs douleurs abdominales et rectales insupportables, les saignements, les diarrhées, les fuites urinaires, les poches, les couches, l’absence de suivi et l’isolement social. «À la fin, mon père était très amaigri», avait alors expliqué la fille de Maurice Vernier, décédé en mai 2007. «Il dégageait une odeur intenable, une odeur d’œuf pourri», avait-elle ajouté en assurant que son père était mort parce qu’il n’avait pas été soigné «et pas soigné parce qu’il avait porté plainte».

Colère intacte

«C’est une douleur de tous les jours, des saignements, des selles sur soi-même», expliquait hier à l’AFP Robert Villomé, une victime de 64 ans, en arrivant à l’audience. «Je ne leur en veux pas spécialement, mais qu’ils nous disent la vérité», a-t-il poursuit en évoquant ses compagnons d’infortune, «trop faibles, trop malades pour venir». Comme Robert Villomé, près de 70 parties civiles se sont rendues à Paris hier pour le premier jour du procès.

«J’ai parlé de bagarre et elle continue. Notre colère reste là et nous irons jusqu’au bout», a déclaré Philippe Stäbler, le président de l’Association des victimes. «Les condamnations en première instance nous ont globalement satisfaits. J’espère qu’elles seront au moins confirmées, s’ils écopent de plus, tant mieux», a-t-il ajouté. Le procès, intégralement retransmis en direct dans une salle du Tribunal d’Epinal pour les victimes et familles de victimes ne pouvant effectuer le déplacement, doit durer jusqu’au 12 décembre.

Créé: 12.11.2014, 18h02

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...