Passer au contenu principal

Tariq Ramadan soumis à l’épreuve de la vérité

Objet de deux plaintes pour viols, l’islamologue a été placé, mercredi, en garde à vue à Paris.

Au terme de cet épisode, le Parquet décidera de la suite à donner à cette affaire.
Au terme de cet épisode, le Parquet décidera de la suite à donner à cette affaire.
REUTERS/MIKE SEGAR

Nouvelle épreuve pour Tariq Ramadan. Il s’est rendu mercredi matin dans les locaux de la police judiciaire à Paris en vue d’y être interrogé à propos des deux plaintes pour viol qui le visent. L’officier de police l’a placé en garde à vue. Selon Le Point de cette semaine, ces accusations auraient conduit le Qatar, qui finance sa chaire à l’Université d’Oxford, à ne plus accueillir l’islamologue genevois. Celui-ci, pour les mêmes raisons, avait été mis en congé le 7 novembre dernier de son poste de professeur d’études islamiques contemporaines à Oxford, décision prise «d’un commun accord».

La première plainte a été déposée par l’écrivaine Henda Ayari pour des faits remontant à la fin de mars 2012 à Paris. Dans son livre paru en 2016, J’ai décidé d’être libre, la jeune femme explique son parcours du salafisme jusqu’à son engagement en faveur de la laïcité et du féminisme. Un passage relate qu’elle avait été violée dans sa jeunesse, sans donner le nom de son agresseur. Puis, le 20 octobre 2017 Henda Ayari en a révélé sur Facebook l’identité: Tariq Ramadan.

Sur les réseaux sociaux l’écrivaine s’était notamment expliquée: «J’ai gardé le silence depuis plusieurs années par peur des représailles, car en le menaçant de porter plainte pour le viol dont j’ai été victime, il n’avait pas hésité à me menacer et à me dire également que l’on pourrait s’en prendre à mes enfants.» Pourquoi a-t-elle dévoilé tardivement le nom de celui qu’elle accuse? En octobre dernier, l’affaire Weinstein a éclaté, libérant la parole des femmes harcelées ou violées, ce qui l’a conduite à sortir de son mutisme et à déposer une plainte nominative à Rouen, où vit l’écrivaine et militante.

Certificats médicaux

Peu près, une deuxième plaignante, souffrant d’un handicap aux jambes, s’est fait connaître au Parquet de Paris en accusant à son tour Tariq Ramadan de l’avoir violée en octobre 2009 à Lyon. Elle tient à conserver son anonymat mais elle avait accepté d’être interviewée par Le Monde et Le Parisien, le 27 octobre dernier, puis par d’autres médias. Cette deuxième plaignante aurait apporté aux policiers des certificats médicaux à l’appui de ses dires.

Les accusations des deux femmes décrivent grosso modo le même mode opératoire. L’une et l’autre auraient rencontré l’islamologue dans le hall d’un hôtel – l’une à Paris en 2012 et l’autre à Lyon en 2009 – pour lui demander des conseils religieux, Tariq Ramadan étant particulièrement écouté par de nombreux jeunes musulmans en France. Il les aurait invitées à discuter avec lui dans sa chambre d’hôtel sous le prétexte d’assurer la discrétion de leur entretien. Et c’est alors que les faits se seraient produits. Chacune des deux plaignantes décrit des scènes d’une grande violence. Dans son interview au Parisien, Henda Ayari accuse notamment: «Il m’a étranglée si fort que j’ai pensé que j’allais mourir.» L’autre plaignante, sur BFMTV, déclare: «Il était dans mon dos, et quand je me retourne, ce n’est plus la même personne que j’ai en face de moi. J’avais l’impression d’avoir Docteur Jekyll et Mister Hyde.» Selon elle, le viol aurait duré plusieurs heures.

Tariq Ramadan conteste la totalité des faits avancés par les plaignantes, en contre-attaquant par le dépôt de plaintes en dénonciation calomnieuse contre les deux plaignantes et, dans le cas, d’Henda Ayari, de tentative d’abus de confiance, puis visant nommément la journaliste Caroline Fourest – son adversaire sur les plateaux télévisés depuis plusieurs années – de subornation de témoins. Toutes ces contre-accusations sont elles aussi contestées par les plaignantes et la journaliste. Sur son compte Facebook, le Genevois avait écrit: «Je suis depuis plusieurs jours la cible d’une campagne de calomnie qui fédère assez limpidement mes ennemis de toujours.»

Statut juridique

Quel est le statut juridique de l’islamologue genevois? Tariq Ramadan fait l’objet d’une enquête préliminaire diligentée par le Parquet et exécutée par la police judiciaire afin de vérifier les faits soulevés par les deux plaintes. Au vu des interrogatoires et des éléments de l’enquête, le Parquet peut, soit classer l’affaire sans suite, soit ouvrir une information pénale en transmettant le dossier à un juge d’instruction. Il appartiendra à ce dernier de décider ou non d’une éventuelle mise en examen. Par conséquent, Tariq Ramadan bénéficie de la présomption d’innocence.

L’islamologue est donc placé en garde à vue, mesure prise par un officier de police judiciaire qui prive momentanément un suspect de liberté aux fins de l’interroger. Dans le cas du Genevois, cette garde à vue ne peut pas excéder 48 heures (24 heures renouvelables une seule fois sur autorisation du Parquet). Au terme de cette garde à vue, le Parquet décidera de la suite à donner au dossier.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.