Theresa May et ses partisans lancent une ultime charge

Royaume-UniLa première ministre a cinq jours pour arracher l’aval des députés sur l’accord de Brexit signé avec l’UE. Mission quasi impossible.

À la Chambre des communes, mercredi, Theresa May a une fois encore démontré sa détermination. Mais il est loin d’être sûr que cela suffise à convaincre une majorité de députés d’accepter l’accord sur le Brexit qu’elle a signé avec les Européens.

À la Chambre des communes, mercredi, Theresa May a une fois encore démontré sa détermination. Mais il est loin d’être sûr que cela suffise à convaincre une majorité de députés d’accepter l’accord sur le Brexit qu’elle a signé avec les Européens. Image: Keystone

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Theresa May est en mission au parlement. La première ministre britannique dispose de cinq journées de débats pour convaincre les députés de la Chambre des communes de voter en faveur de l’accord qu’elle a négocié avec les pays membres de l’Union européenne et de la déclaration politique sur leurs relations futures avec le Royaume-Uni. Mardi soir, alors qu’elle commence à défendre «l’honorable compromis» décroché auprès de l’UE, ses partisans, très discrets ces dernières semaines, se lèvent derrière elle tout au long de sa déclaration: ils veulent intervenir pour lui apporter publiquement leur soutien et louer sa ténacité lors des négociations.

Soutien total

«L’accord qu’elle a rapporté dispose de mon soutien total et sans équivoque!» clame l’un des députés assis au rang derrière elle. «Le parlement pourrait être accusé d’outrage envers le peuple britannique si nous n’appliquons pas le Brexit», s’insurge l’autre. Le message est clair: même si plusieurs dizaines de députés conservateurs rejettent son accord, 220 de ses collègues, soit les deux tiers d’entre eux, le soutiennent.

Relativement convaincante, très énergique, Theresa May enjoint l’ensemble de ses opposants de revenir à la réalité. «N’imaginez pas que si vous rejetez cet accord, un autre accord apparaîtra miraculeusement. L’alternative est l’incertitude et le risque.» Au contraire, assure-t-elle, seul son compromis est capable de rassembler le pays, car «il parle aux espoirs et aux envies de nos concitoyens qui ont voté pour sortir et à ceux qui ont voté pour rester. Et nous ne réunirons pas notre pays si nous cherchons une relation avec l’UE qui accorde tout à un camp et rien à l’autre.»

À ce jour, le vote de mardi prochain paraît mal emmanché pour la première ministre: outre les critiques issus de son propre parti, elle devra convaincre de nombreux députés de l’opposition de se ranger à ses côtés pour avoir une chance de faire adopter l’accord. Le principal élément clivant de celui-ci concerne le filet de sécurité, ou «Backstop», pensé et dessiné par les négociateurs de l’UE dans le cas où aucune solution ne serait trouvée au cours des deux prochaines années, pour contrôler les biens circulant entre les deux Irlandes sans avoir recours à une frontière physique. D’un côté, les unionistes nord-irlandais refusent d’envisager qu’une différence de statut soit accordée à l’Irlande du Nord, ce qui serait le cas puisque la province demeurerait dans le marché unique. De l’autre, de nombreux élus estiment que le pays perdrait en souveraineté puisque la frontière entre les deux Irlandes serait régie par l’UE. Les critiques se sont renforcées mercredi après la publication forcée de l’analyse légale fournie au gouvernement: son rédacteur y indique que le filet de sécurité «se poursuivrait de manière indéfinie jusqu’à ce qu’un nouvel accord le remplace».

Bien décidée à ne pas baisser les bras, Theresa May aurait entamé mercredi des négociations avec les Brexiters en vue d’un amendement qui interdirait l’entrée en vigueur du filet de sécurité sans l’accord des députés de la Chambre des communes. Cette solution, qui permettrait d’envisager l’adoption de l’accord dès mardi prochain 11 décembre, sera-t-elle acceptable aux yeux des Vingt-Sept?

Les doutes des Européens

Pour Simon Usherwood, professeur de sciences politiques à l’Université de Surrey et directeur adjoint du programme de recherche UK in a Changing Europe, «le filet de sécurité existe uniquement en raison du manque de confiance de l’UE vis-à-vis des ambitions réelles des responsables politiques britanniques». En clair, il vise à s’assurer que le Royaume-Uni respectera ses engagements si un futur premier ministre était tenté de les oublier. Le rendre non automatique réduirait à néant son utilité. D’où la très probable opposition des Vingt-Sept. Mais Theresa May n’a guère le choix: elle doit tout tenter. (nxp)

Créé: 06.12.2018, 15h23

À Westminster, ces six parlementaires tiennent le sort du Brexit entre leurs mains

Jeremy Corbyn
Travailliste
Contre l’accord

Le dirigeant travailliste votera contre le «pitoyable échec des négociations». Il estime que l’accord ne protège pas assez les emplois et le niveau de vie des Britanniques, et que la déclaration politique sur les relations futures est bien trop vague. Eurosceptique dans l’âme, il veut «respecter le résultat du référendum» mais a un objectif principal: faire tomber Theresa May pour prendre le pouvoir.




Nigel Dodds
DUP, unioniste nord-irlandais
Contre l’accord

«La première ministre n’écoute pas.» Comme ses neuf collègues unionistes, Nigel Dodds s’estime trahi par le filet de sécurité («Backstop») irlandais, qui attribuerait un statut différent à l’Irlande du Nord vis-à-vis du reste du Royaume-Uni. Le point de vue du DUP, qui a fait campagne pour le Brexit avant le référendum, n’est pas représentatif de l’Irlande du Nord, qui a voté à 55,8% pour demeurer dans l’UE.




Steve Baker
Conservateur
Contre l’accord

«Ce Backstop est totalement intolérable. La première ministre enclenchera-t-elle les opérations de planification pour une sortie sans accord?» Membre éminent des Brexiters radicaux du Groupe pour la réforme européenne (ERG), qui dispose de vingt à trente membres à la Chambre des communes, Steve Baker veut une rupture complète avec l’UE. Quitte à mettre en péril le Brexit en rejetant la seule option sur la table?




Michael Gove
Conservateur
Pour l’accord

Un des meneurs Brexiters pendant la campagne du référendum, le ministre de l’Environnement a prévenu ce week-end qu’«il y a un réel risque que si nous ne votons pas pour cet accord, la majorité de la Chambre des communes soutienne un second référendum». Ce soutien de poids à Theresa May a provoqué la colère de ses collègues radicaux, dont l’intransigeance pourrait in fine faire dérailler le Brexit.




Caroline Flint
Travailliste
Pour l’accord

Fortement opposée à la tenue d’un second référendum – il constituerait à ses yeux un déni de démocratie après le vote initial de juin 2016 – cette élue travailliste a prévenu en octobre dernier qu’elle voterait en faveur de l’accord de Theresa May à condition que celui-ci s’avère «raisonnable». Une vingtaine d’élus travaillistes pourraient faire de même, avec un but: éviter à tout prix que le Royaume-Uni sorte de l’UE sans accord.




Dominic Grieve
Conservateur
Pour un second référendum

Cet élu respecté était initialement défavorable à un second référendum, qu’il jugeait «catastrophique pour la confiance dans les politiciens».
Il a changé d’avis suite à la publication de l’accord négocié par Theresa May, estimant qu’«un choix entre ce misérable Brexit et une sortie sans accord n’est pas un choix». Une centaine de députés soutiennent la tenue d’un second référendum, dont une dizaine de conservateurs.

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