Les trains à grande vitesse, la nouvelle cible?

TerrorismeAprès l’attentat déjoué du Thalys, vendredi soir entre Amsterdam et Paris, l’Europe s’interroge sur la nécessité de renforcer la sécurité dans les trains internationaux.

Suite à l’attentat de vendredi, la Belgique a décidé de renforcer les contrôles aux abords des trains en engageant des patrouilles policières sur le terrain.

Suite à l’attentat de vendredi, la Belgique a décidé de renforcer les contrôles aux abords des trains en engageant des patrouilles policières sur le terrain. Image: EPA

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Un homme surgissant dans un couloir de train, une kalachnikov à la main. Cette scène d’horreur, que les passagers du Thalys voyageant entre Amsterdam et Paris ont vécue vendredi soir, réveille l’inquiétude à travers l’Europe. Les aéroports étant hypersécurisés, les trains internationaux à grande vitesse, transportant un nombre considérable de voyageurs, sont-ils devenus des cibles privilégiées pour les terroristes? Les experts confirment.

«Il y a six mois, Daech avait averti qu’il allait attaquer les moyens de transport en Europe. Des combattants anglophones et francophones ont également multiplié les menaces allant dans le sens d’une «punition» de l’Europe et, surtout, de la France, qui est à la pointe du combat contre le terrorisme. Attaquer le Thalys reliant Amsterdam à Paris va parfaitement dans le sens de cette stratégie», souligne le général de brigade de la gendarmerie française Jean-Louis Esquivié, qui a participé à la création du GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale). Pour l’expert, la sécurité des aéroports étant à son maximum. il est logique que les terroristes s’attaquent maintenant aux trains. «D’ailleurs, le GIGN a récemment procédé à un exercice de prise d’otages dans un TGV.»

Sonnée par l’attentat, la Belgique a décidé samedi de renforcer les mesures de sécurité dans les trains et les gares du pays, en mettant sur le pont des patrouilles de police. En France, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a interpellé en urgence les responsables de l’ensemble des pays européens où circulent les TGV en leur demandant de renforcer les contrôles. A Berne, l’Office fédéral de la police (Fedpol) dit ainsi avoir été très rapidement en contact avec les polices belge et française après les événements du Thalys. «Il s’agissait de savoir si l’auteur a pu avoir un lien avec la Suisse, explique Cathy Maret, porte-parole de Fedpol. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Il n’y aura donc pas de mesures de sécurité supplémentaires pour l’heure.»

Pas de plan commun en Europe

Mesures renforcées en France et en Belgique, statu quo en Suisse ainsi qu’en Allemagne, chaque pays y va de sa politique, même pour les lignes internationales. Et à y regarder de près, contrairement aux normes imposées dans les aéroports, il n’y a pas d’approche sécuritaire commune concernant la menace terroriste sur le réseau européen de chemin de fer. Depuis l’introduction de la libre circulation dans l’espace Schengen, très peu de gares d’où partent ou transitent des trains internationaux ont introduit un dispositif de fouille des bagages et de contrôle des passagers. Une exception toutefois: en Espagne, les passagers montant dans des trains parcourant de longues distances sont soumis à un contrôle de leurs bagages dans quelques gares, munies de portiques. Exception qui s’explique: le pays a été marqué par l’attentat de la gare d’Atocha, le 11 mars 2004 à Madrid, lorsque des islamistes marocains avaient posé des bombes dans des trains de banlieue. Ce jour-là, 191 personnes avaient été tuées et plus de 1850 avaient été blessées.

Les liaisons Eurostar entre Londres et le continent font aussi l’objet d’une surveillance systématique, avec contrôle d’identité et passage des bagages aux rayons X. Mais c’est là aussi une exception logique, puisqu’on se situe à l’entrée et à la sortie de l’espace Schengen, le Royaume-Uni n’en faisant pas partie. De manière générale, les contrôles se font sur la base du renseignement. Depuis quatre mois, la sécurité a notamment été renforcée dans les gares italiennes après des informations faisant état de risques d’attentats.

Les grandes lignes à surveiller?

Alors, après l’affaire du Thalys, va-t-on vers un renforcement durable et généralisé du contrôle des passagers de trains internationaux? Le débat est lancé. En France, la présidente de la commission du Sénat sur les réseaux djihadistes, Nathalie Goulet, réclamait ce week-end un état des lieux de la police des transports. Tout en concédant auprès du journal Le Figaro qu’il est matériellement impossible de sécuriser tous les trains, elle préconise des mesures de sécurité équivalentes à celles de l’Eurostar pour les trains internationaux circulant au sein de l’espace Schengen.

En Suisse aussi, le sujet fait réagir. Membre de la Commission de la politique de sécurité du Conseil national (CPS-N), Eric Voruz (PS/VD) le juge «extrêmement important». Pour lui, il faut que le Conseil fédéral donne des instructions aux CFF pour renforcer la sécurité dans les trains comme les TGV Lyria. La police ferroviaire des CFF compte actuellement environ 250 agents, armés, qui patrouillent 24h sur 24 dans les trains et les gares. Les CFF font par ailleurs appel à des entreprises privées de surveillance. Eric Voruz n’exclut pas d’aborder la question d’un renforcement des contrôles lors de la séance de la commission, prévue ce lundi.

Lui aussi membre de cette commission, Roger Golay (MCG/GE) se dit perplexe après l’attentat déjoué en Belgique. Selon lui, des contrôles généralisés ne garantiront jamais une sécurité absolue. «Les terroristes cherchent toujours le vide sécuritaire. Après les trains, ils pourraient viser les bus, les magasins, les places publiques… Il ne faut pas tomber dans la paranoïa, mais bien se dire que nous ne sommes pas dans le pays de Heidi. Il faut absolument intensifier les efforts déployés en amont pour prévenir la menace terroriste. Nous avons désormais une loi sur le renseignement, c’est très bien, mais il faut surtout se doter des moyens nécessaires en personnel et en matériel pour faire ce travail. Il nous faut être proactifs vis-à-vis de ces gens qui rentrent de Syrie ou d’Irak, par exemple.»


Le terroriste s’est radicalisé en Espagne

Ayoub El-Khazzani, l’homme en garde à vue pour avoir tiré à la kalachnikov dans le Thalys vendredi soir, laisse dans le village d’El Saladillo, en banlieue de la ville d’Algésiras, en Andalousie du Sud, le souvenir d’un garçon «aimant les animaux et le football». C’est de là qu’il avait quitté l’Espagne, après sept années de résidence débutées en 2007 à Madrid, pour entreprendre un voyage à travers l’Europe. Selon des voisins, interrogés par la presse espagnole, la famille El-Khazzani est une «famille pauvre qui gagne sa vie comme elle le peut».

Le père, originaire de la région de Tétouan (Maroc), y tient un commerce de ferraille auquel Ayoub et son frère Imran collaboraient. Le jeune homme aurait exercé à Madrid, avant de rejoindre sa famille à Algésiras, le métier de peintre en bâtiment ainsi que plusieurs petits boulots.

Selon des données de l’Administration espagnole de la justice, il avait été arrêté à deux reprises à Madrid, en mai et en décembre 2009, pour trafic de drogue. Il avait également été poursuivi à Ceuta, l’enclave espagnole en Afrique du Nord, également pour drogue. Il aurait bénéficié d’une peine probatoire. Les autorités espagnoles l’avaient inclus, en 2012, dans une liste de personnes «potentiellement dangereuses», transmise au réseau européen, en raison de sa fréquentation assidue, en compagnie de son père, de la mosquée Taqwa, réputée être la plus radicale d’Algésiras. Cette mosquée est établie à proximité du centre de rétention pour immigrants clandestins. Selon la police espagnole, des discours légitimant le djihad y sont prononcés.

Après son départ d’Espagne à la fin de 2014, Ayoub El-Khazzani se serait, selon ses propres déclarations à la police française, rendu en France, à Andorre, en Autriche, en Allemagne et en Belgique dans des villes qu’il n’a pas précisées, à l’exception de Bruxelles, où il aurait vécu au cours de l’été 2015 comme SDF dans un parc, et à Anvers, où il aurait disposé d’un point de chute. Il bénéficiait en Espagne d’une carte de résident lui permettant de circuler dans tout l’espace Schengen. Il prétend que ce document lui a été volé à Bruxelles. Le 10 mai 2015, El-Khazzani a été contrôlé à l’aéroport de Berlin alors qu’il s’embarquait pour Istanbul (Turquie). Il est soupçonné d’avoir voulu rallier la Syrie, ce qu’il nie avec force. Aucune trace aéroportuaire ne renseigne sur son retour en Europe. Marc Metdepenningen/Le Soir

Créé: 24.08.2015, 07h40

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 Fusillade du Thalys Amsterdam-Paris

Fusillade du Thalys Amsterdam-Paris Une tentative d'attentat déjouée dans le TGV Amsterdam-Paris le 21 août 2015 a fait deux blessés.

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