«Je ne suis pas venu ici pour être un marionnettiste américain»

Élections européennesAncien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon rêve de peser sur l’avenir du continent lors des élections de ce dimanche.

Hors de l’environnement toxique de Washington, Steve Bannon affirme être un grand partisan d’un rapprochement avec la Russie.

Hors de l’environnement toxique de Washington, Steve Bannon affirme être un grand partisan d’un rapprochement avec la Russie. Image: Keystone

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Il a posé ses valises à Paris car il pense que le pivot des élections européennes de dimanche se trouve en France avec le coude-à-coude entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Sa présence a même poussé le parti du président français à parler d’ingérence.

Depuis l’an dernier, Steve Bannon tente de fédérer les populistes de droite en Europe. Et s’il se défend d’être resté en contact avec Donald Trump, dont il a été le conseiller, l’homme suit de près le locataire de la Maison-Blanche. Cet entretien, accordé à nos partenaires de «Die Welt» et dont nous publions une large part, a été réalisé avant l’éclatement de la crise politique en Autriche.

Entre l’Iran et les conseillers de Donald Trump, qui pousse à la confrontation militaire?
Je ne pense pas que le président soutienne une action militaire contre le régime iranien. Il gère très bien la situation. J’espère que les esprits se calmeront. Mais Donald Trump n’est pas du genre à reculer, en particulier si les provocations iraniennes se poursuivent.

La Maison-Blanche vous manque-t-elle?
Pas du tout, je ne suis pas friand de la hiérarchie. J’y suis resté aussi longtemps que j’en avais l’intention, puis je suis parti.

Mais parlez-vous toujours avec Trump?
Non, pas directement. Du fait de l’enquête du procureur spécial Mueller, je laisse mes avocats communiquer. Mais il m’apprécie toujours et m’appelle «le meilleur défenseur de ses idées».

L’élection présidentielle de 2020 a déjà débuté. Quel serait votre conseil à Trump pour gagner à nouveau?
Il doit se concentrer sur le sujet principal, à savoir la guerre économique que la Chine mène contre l’Occident. Elle se livre en partie par procuration à travers les négociations commerciales. Donald Trump l’a compris.

Diriez-vous que le commerce est plus important que l’immigration?
Ce sont deux faces de la même médaille. Nous nous soucions de la migration légale et illégale car toutes deux concernent la protection de nos travailleurs. La politique de Trump pour limiter l’immigration illégale de masse a permis d’enfin faire remonter les salaires dans l’agriculture, la construction, l’industrie pétrolière. Et la politique commerciale, c’est aussi s’assurer que les producteurs américains ne soient pas soumis à une concurrence déloyale avec un coût du travail bon marché. Cela ramène des emplois qui étaient partis en Chine. C’est pour cette raison que Donald Trump est président. Il s’est engagé envers les gens du Midwest.

Vous êtes un mobilisateur de talent. Mais vous avez échoué à implanter ce mouvement anti-UE dont vous rêviez en Europe.
Je ne pense pas. Je ne suis pas ici pour être un marionnettiste américain. Je suis juste un type qui fait des observations. Si je voulais être engagé comme consultant politique pour chacun de ces partis, je pourrais le faire dès demain. Des gens viennent me voir en permanence. Mais je ne suis pas un consultant politique. Et je n’ai jamais perçu un centime de l’administration Trump.

Mais les populistes européens arrivent à joindre leurs forces sans vous. Avez-vous perdu votre don?
Tout ce que j’avais prédit pour les élections européennes est en train de se produire. Les mouvements populistes en Europe font un travail impressionnant et il semble qu’ils formeront un supergroupe au parlement. Matteo Salvini, Marine Le Pen et Nigel Farage seront probablement les meneurs des cinq plus grands partis dans l’hémicycle. Tout cela est en train de se concrétiser.

Vos détracteurs affirment que Trump et vous-même encouragez le nationalisme au sein de l’UE afin de la diviser et de conclure de meilleurs accords commerciaux.
Absolument pas. Tous ces mouvements populistes n’ont soit jamais eu, soit ont abandonné le fantasme de quitter l’Union européenne – hormis peut-être au Royaume-Uni. Personne n’a plaidé pour une dissolution de l’UE. Macron a présenté une vision succincte en faveur de plus d’intégration vers des États-Unis d’Europe. Il parle même d’un budget, d’une politique étrangère et d’une armée en commun. Les mouvements populistes présentent un contre-argument disant qu’il ne faut pas faire éclater l’UE mais la réformer et redonner le contrôle aux États nations.

L’Alternative pour l’Allemagne est proche de la Russie, un pays qui a envahi l’Ukraine et interfère dans les élections en Occident. Cela ne vous pose aucun problème?
Hors de l’environnement toxique de Washington, je suis un grand partisan d’un rapprochement avec la Russie. Je sais que la Russie est une cleptocratie, qu’elle est dirigée par des mauvais gaillards qui ont beaucoup d’armes. Mais nous ne sommes plus coincés dans la guerre froide lorsque nous avions des armes nucléaires pointées l’un sur l’autre. Permettez-moi de vous rappeler que ce ne sont pas les États-Unis qui dépendent des ressources naturelles russes, mais l’Allemagne avec son projet de gazoduc Nord Stream II. Nous sommes tous dans le même bateau. La Russie est un allié naturel pour unir l’Occident.

Mais les Russes ne semblent pas nous considérer comme des alliés naturels, ils nous combattent.
Cela prendra du temps. Quand les gens comprendront mieux le régime totalitaire et mercantiliste qu’est la Chine, dont le but est d’écraser les démocraties industrialisées, ils verront que nous avons besoin de la Russie pour nous élever contre la Chine.

Si la menace chinoise est imminente, pourquoi l’Occident ne réagit-il pas plus=
Les élites de Washington, Londres et Berlin estiment que l’émergence de la Chine est une loi physique et elles l’acceptent. Et ceux qui ont pris conscience de la menace choisissent de ne pas agir. Tout le but de la négociation de Trump est de ramener la chaîne d’approvisionnement au Japon, en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest. Nous nous accommodons du fait que nous sommes la puissance déclinante et que la Chine est la puissance émergente, et nous espérons de ce fait éviter une guerre. C’est totalement faux. La puissance déclinante doit les bousculer, les inquiéter. Nous devons les rendre compatibles avec notre système tant que nous le pouvons. Mais les élites occidentales ont tout bonnement renoncé. Trump a décidé de s’élever contre cela et c’est pour cette raison qu’il a été élu président.

LENA - Leading European Newspaper Alliance

(24 heures)

Créé: 21.05.2019, 19h55

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