Le village où l’indépendantisme catalan se vit avec passion

Elections en CatalogneArenys de Munt, village proche de Barcelone, se targue d’avoir lancé le mouvement séparatiste. Reportage à la veille des élections régionales.

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Illustration Image: Cécile Thibaud

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La grand-rue est pavoisée d’affiches électorales des partis qui appellent à la sécession. Aux balcons flottent les drapeaux aux fines rayures rouges et jaunes marquées d’une étoile blanche sur un triangle bleu, aux couleurs de l’indépendance de la Catalogne. A Arenys de Munt, on attend avec une émotion particulière le résultat des élections régionales de dimanche qui ont viré au plébiscite sur la sécession. Là où tout a commencé…

C’est ici que tout a commencé, dans ce village de 9000 habitants perché à flanc de colline, à une quarantaine de kilomètres au nord de Barcelone, lorsque les habitants ont voté à 96% en faveur de l’indépendance de la Catalogne lors d’un référendum municipal en 2009. La consultation, sans valeur légale, a brisé une digue et ouvert la voie à la montée des revendications souverainistes. «Plus de 500 villes et villages nous ont suivis, raconte Josep Manel Ximenis, l’ancien maire qui avait promu le vote. Jusque-là, la question de l’indépendance ne préoccupait qu’une minorité très impliquée. Nous avons rompu un tabou et la société s’est jointe à nous. Aujourd’hui c’est une vague sur laquelle les partis politiques sont en train de surfer, on espère qu’elle nous conduira à la plage de l’indépendance.»

A la terrasse des cafés sous les platanes, on ne parle que d’une chose. Les élections de dimanche. Martina Sansa, étudiante de 18 ans, s’interroge avec ses amis: voter pour la coalition Junts pel Si (Ensemble pour le Oui) ou bien, plus à gauche, pour la CUP? «De toute façon, je veux que gagnent les partis pour l’indépendance, s’enflamme-t-elle. C’est la première fois que je vote et je vais vivre un moment historique!» A ses côtés Genis Sanchez, 19 ans, approuve: «L’Etat espagnol essaie d’effacer nos différences, de limiter l’éducation en catalan et de gommer notre culture, nous n’avons plus rien à faire là», lâche-t-il, en allusion à réforme qui augmente à cinq heures hebdomadaires l’enseignement en castillan à l’école primaire, contre trois heures actuellement.

Dans son bureau, le maire, Joan Rabasseda, élu du parti séparatiste de gauche ERC, savoure le moment. «Regardez, pas un drapeau espagnol, pas une photo du roi dans cette pièce», signale-t-il dans un grand geste. «La question n’est pas de savoir pourquoi nous voulons faire sécession, mais plutôt quels avantages nous aurions à rester dans une Espagne mal gérée qui pompe nos ressources à travers l’impôt et n’investit qu’au compte-gouttes chez vous.»

L’argument agace Ramón Planas, unique élu du Parti Populaire (PP) dans le village: «Tout le monde oublie que c’est l’administration centrale qui nous a donné 11 millions pour installer les canalisations de la grand-rue!» assène ce partisan d’une Espagne forte et unie. «Qu’on arrête avec l’oppression du peuple catalan! Si nous apportons beaucoup d’impôts à l’Etat, c’est aussi parce que nous sommes une région riche.»

C’est autour des questions économiques que tournent les arguments des uns et des autres et Alex Soler, 71 ans, responsable de l’association des retraités d’Arenys, a fort à faire: «Je tranquillise ceux qui ont entendu les menaces du PP sur les conséquences financières d’une rupture et qui craignent pour la continuité de leurs pensions de retraite.» Sur la place devant l’église, il prodigue les mots rassurants. «Un technicien en sécurité sociale est venu au village il y a trois jours pour nous expliquer que ce sont les Espagnols qui auront du mal à toucher leur retraite après notre départ!» Nationaliste de toujours, Alex Soler n’est arrivé que récemment à l’indépendance. «Je disais toujours à mon fils qu’il la verrait tout seul, sa république catalane. Maintenant je lui dis: fiston, on va la voir tous les deux!»

S’il y a eu un jour des affiches électorales du PP dans les rues d’Arenys, elles ont toutes disparu. Les slogans placardés sur les murs célèbrent le même élan vers des temps nouveaux. Seul diffère celui du Parti socialiste catalan (PSC) qui appelle à «Une Catalogne meilleure dans une Espagne différente» et plaide pour une option fédéraliste qui reconnaîtrait la diversité du pays.

«Ouverture du processus»

«Je crois qu’on peut trouver une solution pour réconcilier la Catalogne avec le reste de l’Espagne en reconnaissant mieux ses singularités culturelles et en élargissant l’autonomie de la région», assure la socialiste Angels Castillo Campos, conseillère municipale aux affaires sociales. A ses yeux, la grande unité indépendantiste est surtout un alibi pour éviter au gouvernement régional sortant d’Artur Mas de répondre de sa gestion sociale désastreuse pour les classes populaires.

Mais l’heure n’est pas au bilan, affirme Josep Lluis Rodriguez, président de la délégation locale de l’association indépendantiste ANC. «Nous avons impulsé la coalition Junts pel Si car nous sommes dans des conditions exceptionnelles. Ce lundi, à Barcelone, nous aurons un parlement qui va voter l’ouverture du processus pour l’émancipation de la Catalogne. L’important aujourd’hui est d’avancer vers un pays neuf et meilleur. Après, nous verrons.»

Le maire d’Arenys de Munt, Joan Rabasseda, approuve et s’offre une métaphore. «En ce moment, nous sommes sur un terrain de football loué. Ensuite, quand nous serons propriétaires, nous allons pouvoir jouer les matches droite-gauche.»

Créé: 25.09.2015, 22h16

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