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En visite en France, Pedro Sanchez politise l’exil républicain

Le chef du gouvernement espagnol fait un voyage, dimanche en France, sur les lieux symboles de l’exode espagnol à la fin de la guerre civile. Pedro Sanchez n'hésite pas à mêler mémoire et politique.

Hier Pedro Sanchez, en difficulté politique, présentait à Madrid son livre intitulé «Manuel de résistance»... Tout un programme. En France, il veut s'appuyer sur la mémoire de l'exil républicain.
Hier Pedro Sanchez, en difficulté politique, présentait à Madrid son livre intitulé «Manuel de résistance»... Tout un programme. En France, il veut s'appuyer sur la mémoire de l'exil républicain.
Keystone

«Ma mère avait 13 ans et mon père 17 ans lorsque leurs familles ont passé la frontière au col du Perthus, en février 1939. C’était la fin de la guerre d’Espagne. Franco était en train de gagner et ils fuyaient, à pied parce qu’en chemin on leur avait volé une mule, leur seul bien. Ils ont toujours cru qu’ils retourneraient vite en Espagne. Ils n’arrivaient pas à imaginer que le reste de leurs vies, et celles de leurs enfants, allait se dérouler du côté français des Pyrénées.»

Depuis son village des alentours de Perpignan, Nardo Cedo, 66 ans, enfant de l’exil républicain, attend avec émotion la visite du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez. «C’est la reconnaissance d’une histoire qu’on a connue par bribes.» Le leader socialiste effectuera en effet, dimanche, un voyage éclair dans le sud de la France, pour s’incliner sur la tombe de Manuel Azaña, le dernier président de la République espagnole, mort en exil à Montauban en 1940, et sur celle du poète Antonio Machado, à Collioure, avant de se rendre sur la plage d’Argelès-sur-Mer, là où avaient été parqués, dans des baraquements improvisés, les républicains au passage de la frontière.

C’est un voyage rapide mais chargé de symboles, pour «rendre hommage à la mémoire démocratique de l’Espagne», explique-t-on à Madrid. Pedro Sánchez sera le premier dirigeant espagnol en exercice à se rendre sur les lieux, juste à temps pour pouvoir saluer les derniers témoins vivants de l’un des épisodes tragiques de l’histoire espagnole. Son voyage a lieu à l’occasion du 80e anniversaire de la Retirada, la retraite de l’armée républicaine, qui, en deux semaines, avait entraîné un flux de plus de 400 000 civils vers la France.

«J’espère qu’il trouvera les mots car l’attente est grande chez les enfants et petits-enfants d’exilés, qui ont le sentiment de ne pas avoir reçu de l’Espagne toute l’affection qu’ils méritent», signale l’historien Jean-Pierre Amalric, président de l’association Présence de Manuel Azaña, à Montauban.

Le passé aux historiens

«En Espagne, il y a eu longtemps cette idée que pour regarder l’avenir, il fallait laisser le passé aux historiens, mais on voit aujourd’hui les limites de cette stratégie qui ne suffit plus à la société», relève Jordi Font Agulló, directeur du Musée mémorial de l’exil, situé au passage de La Jonquera. «Au sortir de la dictature, la jeune démocratie espagnole a choisi l’amnistie et a refusé de régler ses comptes. Elle avait sans doute raison, mais on ne peut pas vivre éternellement sur un arrangement provisoire, explique l’historien Michel Cadé, président de l’Institut Jean Vigo, à Perpignan. Si l’on veut en finir avec la guerre, il faut ouvrir toutes les mémoires et les accepter», dit-il.

Le voyage de Pedro Sánchez a lieu au moment où l’impossibilité pour les Espagnols de se mettre d’accord sur une lecture commune du passé est à nouveau au centre des débats. Avec une virulence d’autant plus forte que le gouvernement est engagé dans un bras de fer avec la famille Franco pour essayer d’extraire le dictateur du mausolée où il est enterré avec tous les honneurs, veillé par un groupe de moines bénédictins priant pour lui chaque matin.

L’opposition de droite raille l’entreprise, lue comme une volonté d’utiliser l’histoire de façon militante pour «rouvrir les blessures de la guerre civile». Mais il s’agit, selon l’entourage de Pedro Sánchez, d’en finir avec «une anomalie indigne d’une démocratie européenne». L’opération pourrait être simple, sans l’obstination de la famille Franco, qui depuis des mois a tout tenté pour faire capoter le projet, cherchant des complicités du côté de l’Église et exigeant un enterrement en grand dans la cathédrale de Madrid.

Après des mois de suspense, le Ministère de la justice vient de donner quinze jours à la famille pour décider d’une destination discrète pour la dépouille. Les héritiers n’ont pas réagi pour l’instant, mais il leur reste encore la possibilité d’un recours devant la Cour suprême. Il semble, en tout cas, que le Vatican ait rappelé à l’ordre les autorités ecclésiastiques espagnoles en leur demandant de ne pas faire le jeu des nostalgiques de la dictature et en leur signifiant par écrit leur obligation de se plier à l’autorité civile espagnole.

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