Les fausses vidéos menacent la présidentielle

Etats-UnisLes équipes dédiées à la sécurité de Facebook, Google, Microsoft et Twitter se sont réunies ce mois-ci avec le FBI pour préparer leur collaboration sur les risques liés aux élections.

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Des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux aux vidéos truquées, les menaces qui pèsent sur les élections de 2020 aux États-Unis sont nombreuses. La malveillance numérique fait partie des risques majeurs qui pourraient entacher les résultats de différents scrutins, dont le présidentiel.

Les élections de 2016 avaient déjà été marquées par des opérations de manipulation de grande ampleur sur Facebook et d'autres plates-formes, principalement orchestrées depuis la Russie.

Le procureur spécial Robert Mueller, qui a enquêté pendant près de deux ans sur une possible collusion entre Moscou et l'équipe de campagne du président Donald Trump, a d'ailleurs averti contre le risque que Moscou ne tente à nouveau d'interférer en 2020.

Au-delà du scrutin, plusieurs organisations de défense des droits numériques font remarquer que les interférences étrangères et la désinformation nuisent à la démocratie en général, car elles peuvent accroître le rejet global de la classe politique qui existe déjà chez certains électeurs.

Vidéos compromettantes

C'est la dernière arrivée dans la panoplie des professionnels des fausses nouvelles: la vidéo «deepfake» («profondément fausse»), où le son et l'image ont été modifiés grâce aux technologies d'intelligence artificielle. Ces vidéos peuvent, de façon très convaincante, faire dire n'importe quoi à des candidats politiques ou les déshabiller, virtuellement.

Compte tenu du nombre record de femmes et de candidats issus de minorités, «il est totalement possible que l'on voie surgir des vidéos deepfake avec des fausses images peu flatteuses», «réalisées pour les discréditer», écrit dans un rapport en ligne Darrell West, directeur du Brookings Institution's Center for Technology Innovation. «Il est très facile de manipuler des photographies ou des vidéos pour mettre quelqu'un dans une situation compromettante», ajoute-t-il.

Même si la preuve est faite qu'une vidéo est fausse, elle peut «renforcer une opinion chez ceux qui veulent y croire et détourner l'attention des informations réelles», note Maurice Turner, un spécialiste de la sécurité électorale.

La Russie enhardie

Les efforts des réseaux sociaux pour contrer d'éventuelles campagnes de manipulation sont surveillés de près. Ils doivent aussi bien rester vigilants pour lutter contre les bots, ces faux comptes d'utilisateurs de plus en plus sophistiqués qui répandent de fausses informations, qu'anticiper des menaces encore inconnues.

Les équipes dédiées à la sécurité de Facebook, Google, Microsoft et Twitter se sont réunies ce mois-ci avec le FBI et des représentants du gouvernement pour préparer leur collaboration sur les risques liés aux élections.

Les yeux sont tournés vers l'étranger. Alex Stamos, professeur à Stanford et ancien responsable de la sécurité chez Facebook, estime que «la Russie a sans doute été enhardie à recommencer en 2020», étant donné le peu de réaction des États-Unis face aux révélations de 2016. Il estime que d'autres tentatives similaires pourraient venir de Chine, d'Iran, de Corée du Nord et d'ailleurs.

Les plates-formes doivent s'armer technologiquement et humainement, mais elles doivent aussi rester ouvertes. «Il est incroyablement difficile de faire de la modération de contenus à grande échelle tout en permettant aux usagers de parler librement et d'avoir des débats publics vigoureux», résume Maurice Turner.

Découragement

Les experts surveillent aussi les interférences qui visent à décourager les électeurs de voter, une tendance qui pourrait gagner du terrain en 2020.

Des chercheurs de l'université du Wisconsin se sont ainsi rendu compte qu'une organisation russe liée au Kremlin, l'«Internet Research Agency», avait publié des annonces visant à réduire le taux de participation d'électeurs non blancs en 2016, en appelant les citoyens à «boycotter les élections» et en prétendant qu'aucun des candidats à la présidentielle ne s'occuperait des électeurs noirs.

Certains messages indiquaient des dates incorrectes pour le jour de l'élection, encourageaient les gens à amener des armes à feu dans les bureaux de vote ou encore suggéraient qu'il était possible de voter par texto.

Young Mie Kim, directrice de l'équipe de chercheurs, craint que ces groupes ne lancent des campagnes d'intimidation ou de propagande jusqu'à quelques jours avant le vote, et recommande de s'attaquer au problème à la racine, plutôt qu'aux fausses nouvelles. «Il est beaucoup plus facile d'identifier les sources étrangères, et de s'y attaquer directement, que de discuter de ce qui est vrai ou faux, et de comment rétablir la vérité», avance-t-elle. (ats/nxp)

Créé: 23.09.2019, 07h50

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