Il faut sauver les terres pour sauver la Terre

Rapport du GIECL’humanité épuise les sols, constatent les experts du GIEC. Ils appellent à repenser les modèles agricoles.

Les États-Unis (ici un ranch en Californie) ou le Brésil notamment sont champions de l’engraissement industriel.

Les États-Unis (ici un ranch en Californie) ou le Brésil notamment sont champions de l’engraissement industriel. Image: Keystone

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Réduire la consommation de viande, limiter le gaspillage, avoir recours à la reforestation et les bioénergies, autant de scénarios imaginés dans le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts internationaux sur le climat (GIEC) et présentés jeudi à Genève. «C’est un projet ambitieux auquel se sont attaqués les experts internationaux, dont, pour la première fois, une majorité est issue de pays en développement», a relevé l’actuel président du GIEC, Hoesung Lee.

Quelques chiffres d’abord: plus de 70% des terres émergées sont utilisées pour satisfaire le besoin des populations. L’exploitation humaine de ces sols rassemble près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre, dont près de la moitié du méthane dégagé. Elle est responsable de la dégradation de 25% des terres. Les zones arides ont notamment augmenté de 1% en moyenne entre 1961 et 2013. Environ 500 millions de personnes vivent déjà dans des régions en cours de désertification.

Le rapport examine différents scénarios pour les années à venir, en tenant compte notamment de la démographie et du degré de réchauffement de la Terre. Par exemple, les risques de nombreux incendies ou d’instabilité alimentaire sont considérés comme «élevés» avec 1,5 °C supplémentaire et «très élevés» avec 2 ou 3 °C en plus. Autre problème, un scénario d’une population de 9 milliards de personnes d’ici à 2100 augmenterait le prix de certaines denrées de plus de 7% dès 2050.

Côté solutions, les experts lancent une série de pistes.

Réduire la viande

«Il n’est pas dit que nous devons tous devenir véganes, explique Édouard Davin, climatologue à l’EPFZ et participant au rapport. Mais il faudrait réduire drastiquement la viande, en particulier la viande rouge. Le système alimentaire global est responsable pour un tiers des émissions de gaz à effet de serre, et cela inclut le transport et la vente au consommateur.» Le rapport préconise davantage de graines, de fruits, de légumes et d’animaux élevés de manière durable. Dans la foulée, Greenpeace demande au Conseil fédéral «une véritable politique alimentaire et ne plus se contenter de demi-mesures».

Halte au gaspillage

Les pertes et gâchis de nourriture sont estimés entre 25 et 30%. «Chez nous, il s’agit surtout de gaspillage, alors que dans les pays en voie de développement, ce sont des pertes liées au transport et à l’inefficacité de la chaîne du froid.» Ces réaménagements alimentaires pourraient contribuer, selon les estimations, à libérer jusqu’à des millions de kilomètres carrés de terres cultivées.

Modifier les pratiques agricoles

Les sols appauvris en carbone ont tendance à augmenter. «Il faut labourer moins, mettre en place des cultures intermédiaires qui couvrent le sol et fixent les nutriments. Limiter les monocultures pour rendre l’agriculture moins vulnérable.» Pour le climatologue, les subventions doivent être plus ciblées, comme payer les paysans pour le stockage de carbone dans leurs sols en cultivant certaines plantes ou des micro-organismes et des champignons. D’après le rapport, de nombreuses technologies et pratiques de gestion durable des terres sont rentables dans les trois à dix ans.

Planter des arbres

Devant la presse, un membre du GIEC a ciblé indirectement le président brésilien Jair Bolsonaro. Les récents chiffres ont conclu que la déforestation a été multipliée par quatre en juillet en Amazonie par rapport au même mois de l’année dernière. Cette politique «contredit tout ce qui sort» du rapport du GIEC, a dit l’expert.

Une meilleure bioénergie

C’est une alternative à la reforestation, c’est-à-dire des biocarburants ou des cultures destinées à pomper de l’atmosphère du CO2, qui serait ensuite récupéré et stocké sous terre. «Dans notre scénario le plus extrême, on pourrait consacrer à cette énergie deux fois la surface de l’Inde tout en gardant le réchauffement climatique à 1,5 °C.» Il faut néanmoins privilégier des biocarburants de nouvelle génération, à base de plantes non comestibles.

Reste qu’un meilleur usage des terres ne suffira pas à lui seul à mettre fin à la crise climatique. Les experts du GIEC rappellent qu’«une baisse des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine dans tous les secteurs est essentielle si l’on veut limiter le réchauffement climatique en dessous de 2, voire de 1,5 °C». Leur rapport, dont il sera certainement question au prochain sommet onusien sur le climat, à New York en septembre, ouvre la voie vers un changement de mentalités, condition non négociable pour notre survie sur cette planète.

Créé: 08.08.2019, 17h42

En chiffres

500


millions de personnes vivent déjà dans des régions en cours de désertification.




23%


des émissions de gaz à effet de serre sont dues à l’usage des sols.




830


millions de personnes sont sous-alimentées, alors que 2 milliards sont en surpoids. Chaque année, les pays riches consomment 100 kg de viande par habitant, dix fois plus que les pays pauvres.




1,53°C


C’est la hausse depuis la deuxième moitié du XXe siècle de la température des surfaces terrestres, soit deux fois plus que la moyenne mondiale, de 0,87 °C.




7000


publications scientifiques ont servi de base au rapport spécial du GIEC sur les terres.

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