«Les femmes doivent passer la vitesse supérieure»

Grève du 14 juinPour Badia El Koutit, engagée dans la promotion de l’égalité avec les migrants à Genève, cette grève est nécessaire, mais pas suffisante

Badia El Koutit.

Badia El Koutit. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Fondatrice et directrice de l’Association pour la promotion des droits humains (APDH), Badia El Koutit établie à Genève depuis 28 ans, estime que pour faire bouger les lignes en matière d’égalité des sexes, les femmes doivent taper du poing sur la table un peu plus fort.

Allez-vous participer à la grève du jour?

J’y aurais participé si je n’avais pas été en déplacement à l’étranger. J’étais déjà présente à la grève des femmes de 1991. Je venais d’arriver à Genève et cette journée m’a beaucoup marquée. En tant que migrante, je découvrais qu’en Suisse les droits des femmes n’étaient pas non plus respectés. On faisait face, comme au Maroc, à la discrimination et à la violence. Certaines lois ont été améliorées, mais c’est loin d’être suffisant. Nous devons réclamer notre dû par rapport aux inégalités. Et arrêter de le demander gentiment. Ce n’est pas en organisant une grève – qui n’en est pas une puisque les femmes sont tenues de prendre congé – qu’on va y arriver. Les stands, les pique-niques, la musique et les t-shirts violets c’est bien, mais on n’est pas là pour faire la fête. C’est navrant de devoir réorganiser une grève pour faire respecter nos droits. Il serait temps de passer à la vitesse supérieure et d’organiser des actions plus radicales. Le jour où les femmes feront une vraie grève ou des débrayages quotidiens, on aura plus de poids et davantage de crédibilité. Je pense que la Suisse devrait aussi se doter de mécanismes de contrôle sur cette question. Et ce, à tous les échelons de la société. Toutes les violations du droit à l’égalité devraient être poursuivis pénalement, y compris les inégalités de salaire.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?

C’est une question de dignité. J’aimerais être considérée comme un individu à part entière, comme une personne qui a des droits et qu’ils soient respectés. Je ne veux plus de ce regard qui nous met constamment en situation d’infériorité. C’est intolérable. L’égalité devrait couler de source et ne plus être l’objet d’un débat. Et encore moins d’un combat.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?

Oui bien sûr. Et ça a changé le cours de ma vie. Il y a plus de 20 ans, j’étais en mission à l’étranger. Six mois durant, mon chef - je précise un Suisse - m’a harcelée moralement et sexuellement. Il m’insultait et prenait d’autres hommes à témoin. J’étais sa prisonnière. J’ai été obligée d’écourter ma mission et de rentrer à Genève. La hiérarchie m’a entendue, mais c’était trop tard. Pire, elle n’a pris aucune mesure contre cet homme qui est resté en poste. Je me suis sentie terriblement seule. C’était comme si tout était de ma faute. Ça a été très douloureux et profondément humiliant, j’ai préféré démissionner. Cette histoire m’a obligée à revoir tout ce que je pensais sur l’Occident. Aujourd’hui, ce sentiment d’injustice m’habite encore, mais ça me conforte dans l’idée qu’il faut s’engager davantage sur ces questions-là. Dans mon travail, j’essaye de conscientiser les migrantes. Défendre les droits des femmes nous appartient à toutes. On doit se battre ici, mais aussi dans notre pays d’origine. Et ici en Suisse, on subit une double peine, en tant que femme mais aussi en tant qu’étrangère.

Créé: 14.06.2019, 07h52

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