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Fouille du consulat saoudien effectuée

L'affaire Khashoggi devient mondiale. La fouille demandée afin d'éclaircir la situation a été réalisée durant la nuit de lundi à mardi. Cela ne semble pas atténuer les soupçons pour autant.

Le consulat saoudien a été fouillé durant la nuit de lundi à mardi.
Le consulat saoudien a été fouillé durant la nuit de lundi à mardi.
Bulent Kilic, AFP

Les autorités turques ont fouillé dans la nuit de lundi à mardi le consulat saoudien à Istanbul, où M. Khashoggi a été vu pour la dernière fois le 2 octobre. Selon des responsables turcs, le journaliste a été assassiné par des agents saoudiens au consulat, ce que Ryad a démenti jusqu'ici.

Un convoi de six voitures était arrivé au consulat sous haute sécurité lundi peu après 19H00 (16H00 GMT). Les policiers, certains en uniforme et d'autres en civil, sont immédiatement entrés dans le bâtiment. Un groupe de responsables saoudiens censés participer à la fouille était arrivé au consulat une heure environ avant la police turque.

Perquisition exceptionnelle

A l'issue d'une perquisition sans précédent d'une durée de huit heures, les membres de l'équipe turque ont quitté les lieux. Ils ont emporté des échantillons, notamment de la terre du jardin du consulat, a déclaré un responsable présent sur place.

Mardi, une source diplomatique en Turquie a par ailleurs indiqué que la police turque allait aussi fouiller la résidence du consul saoudien à Istanbul, dans le cadre de l'enquête.

Intervention d'Erdogan

La fouille du consulat lundi est intervenue au lendemain d'un entretien téléphonique entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Salmane, au cours duquel ils ont évoqué l'affaire Khashoggi.

L'éditorialiste saoudien, qui s'est exilé aux Etats-Unis en 2017, s'était rendu au consulat saoudien d'Istanbul pour des démarches administratives en vue de son prochain mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.

Ryad a assuré jusqu'ici que le journaliste avait quitté la représentation diplomatique, mais des responsables turcs ont affirmé le contraire et certains accusent les autorités saoudiennes d'avoir fait assassiner le journaliste à l'intérieur du consulat par un groupe d'agents envoyés à cette fin.

M. Erdogan a pressé à plusieurs reprises, en vain, les autorités saoudiennes de présenter des images prouvant que M. Khashoggi avait bel et bien quitté le consulat. Selon l'agence de presse étatique turque Anadolu, après sa visite à Ryad, Mike Pompeo doit se rendre en Turquie mercredi.

Menaces et contre-menaces

Mardi, Michele Bachelet, Haut-Commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme a réclamé la levée de l'immunité de responsables saoudiens qui pourraient être impliqués dans la disparition de Jamal Khashoggi.

«Compte tenu de la gravité de la situation (...), j'estime que l'inviolabilité ou l'immunité des locaux et des fonctionnaires concernés accordée par des traités tels que la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires devrait être levée immédiatement», a-t-elle déclaré.

Samedi, le président Trump, un grand allié de Ryad, avait pour la première fois estimé possible une implication de l'Arabie saoudite et l'avait menacée d'«un châtiment sévère».

L'Arabie saoudite avait promis le lendemain de riposter à d'éventuelles sanctions. Alors que les investisseurs s'enthousiasmaient encore il y a peu des pharaoniques projets du prince héritier, l'affaire Khashoggi semble en avoir refroidi certains.

Le milliardaire britannique Richard Branson a annoncé geler plusieurs projets dans le royaume. Des partenaires prestigieux se sont retirés de la deuxième édition de la grande conférence «Future Investment Initiative», prévue du 23 au 25 octobre à Ryad. Les derniers en date sont les PDG des sociétés de gestion d'actifs Blackrock et Blackstone, respectivement Larry Fink et Steve Schwarzman, selon des personnes familières du dossier.

Cher au prince héritier, l'événement est aussi boudé par des médias comme le Financial Times, le New York Times et The Economist, et par le patron d'Uber. Lundi, Ari Emanuel, patron d'Endeavor, une grande agence de célébrités à Hollywood, s'est dit «troublé» par l'affaire Khashoggi, alors que des informations circulent concernant de possibles conséquences sur un accord de plusieurs centaines de millions de dollars avec le Fonds public d'investissement saoudien.

Paris réclame la vérité

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a martelé mardi que l'Arabie saoudite devait faire toute la lumière sur la disparition du journaliste Jamal Khashoggi et qu'il faudrait «en tirer les conséquences» si sa mort était confirmée.

«Les faits évoqués sont extrêmement graves. Nous l'avons dit aux autorités saoudiennes avec beaucoup de fermeté et nous souhaitons la plus grande clarté sur les faits qui se sont produits», a-t-il déclaré lors d'un point de presse commun avec son homologue allemand Heiko Maas à Paris.

«Il faut établir la vérité des faits (..) Si les actes graves supposés ont été commis, il faudra en tirer les conséquences», a-t-il ajouté sans plus de précision sur l'impact que l'affaire pourrait avoir sur les relations avec l'Arabie saoudite, un des principaux clients de la France en matière d'armement dans la région.

«Nous pensons que les déclarations, les pressions que nous faisons ensemble doivent permettre de faire en sorte que la vérité s'établisse», a poursuivi Jean-Yves Le Drian, en précisant être en contact avec son homologue américain Mike Pompeo sur ce sujet, tout comme Heiko Maas. «Des accusations très graves ont été formulées. Nous devons savoir ce qu'il s'est passé», a renchéri Heiko Maas.

(AFP)

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