La France débat de son attractivité migratoire

ParisLe gouvernement va présenter six axes de travail dont la réduction des prestations sociales pour les requérants d'asile.

L'Assemblée nationale. Photo d'illustration.

L'Assemblée nationale. Photo d'illustration. Image: AFP

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Quel cap pour la politique migratoire de la France? Comme voulu par Emmanuel Macron, l'Assemblée nationale aborde lundi ce thème hautement sensible qui divise jusque dans la majorité, en attendant d'éventuelles décisions de l'Exécutif, notamment sur les soins aux migrants.

Le coup d'envoi de ce débat sans vote sera donné à 16 heures par le premier ministre Édouard Philippe, suivi par Jean-Yves le Drian (Affaires étrangères), Christophe Castaner (Intérieur) et Agnès Buzyn (Santé).

Puis les orateurs des différents groupes politiques, dont Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI), prendront la parole pendant plus de deux heures et demie, avant les réponses des ministres. Un débat similaire aura lieu mercredi au Sénat.

Le gouvernement va présenter «six axes de travail», dont une réflexion sur les prestations sociales accordées aux demandeurs d'asile, «pour faire en sorte que la France ne soit pas moins accueillante mais pas forcément plus attractive non plus», a indiqué Matignon.

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron insiste sur ce thème de l'immigration, persuadé que la présidentielle de 2022 se jouera sur les sujets régaliens et qu'il se retrouvera à nouveau face à Marine Le Pen.

«Si nous n'avons pas le courage de regarder en face la demande de maîtrise exprimée par tous nos concitoyens (...), nous ne serions pas lucides», a-t-il insisté mardi à Strasbourg.

«Je pense que nous avons loupé ces dernières années l'intégration telle que nous aurions dû la réussir», a aussi jugé lundi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Le gouvernement revendique de lancer ce débat «dans des conditions apaisées», «pas en période de crise», selon le ministre des relations avec le parlement.

Les violents propos du polémiste Eric Zemmour le 28 septembre ont pourtant montré l'inflammabilité du sujet.

«Populisme d'État»

Le débat portera notamment sur l'augmentation de 22% de la demande d'asile, portée à 123'625 personnes en 2018.

«Trop de demandeurs d'asile en provenance de pays d'origine sûrs sont en réalité davantage motivés par les conditions d'accès à notre système de santé et par la longueur de nos procédures», a dit Edouard Philippe au JDD, alors qu'Albanais et Géorgiens figurent respectivement en deuxième et troisième positions des demandeurs, derrière les Afghans.

Sur le volet social, Emmanuel Macron a rejeté l'idée d'une suppression de l'aide médicale d'État (AME) aux sans-papiers, mais souhaité une évaluation du panier de soins pour lutter contre certains «excès».

Une réforme de la Protection universelle maladie (PUMa, ex-CMU) dont bénéficient les demandeurs d'asile, introduisant une période de carence de trois mois pour les soins non urgents, serait également envisagée.

Plusieurs responsables LREM dont Stanislas Guerini ont aussi appelé à imaginer une politique «fondée sur des objectifs chiffrés» pour l'immigration économique, idée se rapprochant des quotas.

Dans la majorité, la mise en avant du thème de l'immigration, qui avait déjà divisé lors du vote de la loi Asile et immigration en 2018, a fait grincer une partie de l'aile gauche. «C'est le genre de sujet où l'on a intérêt à faire plus et parler moins», juge un poids lourd.

Mais le gouvernement s'est employé à déminer la question. «Il n'y aura pas de loi asile-immigration-intégration 2», a assuré Matignon.

À gauche, les préventions sont vives: le numéro un du PS Olivier Faure a alerté contre la tentation d'un «populisme d'Etat». «Il n'y a pas aujourd'hui en France et en Europe de submersion migratoire, mais bien une crise de l'accueil des migrants», juge Danièle Obono (LFI).

«La pression n'est pas migratoire, elle vient de la finance», a écrit le leader du PCF Fabien Roussel à Emmanuel Macron, l'accusant de «préfére(r) que la Nation s'écharpe sur l'AME et sur les allocations sociales» plutôt que sur les questions sociales.

Ambiance délétère

Les alertes viennent aussi de l'extérieur, des associations d'aide aux migrants, qui organisent en parallèle des «états généraux des migrations», et également des cultes. La Fédération protestante de France s'inquiète des «conséquences délétères de l'instrumentalisation à des fins électoralistes des questions liées à l'immigration».

Pour sa part, la droite voit avec scepticisme les intentions présidentielles, disant attendre «des actes», sur «un sujet majeur qui pose un défi incroyable à notre société: est-ce que demain la France va toujours rester la France?», selon les mots d'Éric Ciotti (LR).

Treize maires de grandes villes, dont Anne Hidalgo (PS/Paris), Martine Aubry (PS/Lille), François Baroin (LR/Troyes) ou Jean-Luc Moudenc (LR/Toulouse), ont profité de ce débat pour se rappeler au bon souvenir du gouvernement, lui demandant lundi dans une tribune de les aider urgemment à gérer des campements de migrants. (afp/nxp)

Créé: 07.10.2019, 15h29

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