«En France, les grands partis sont sous la coupe de caciques!»

PrésidentiellePolitologue double national, Pascal Sciarini décrypte la campagne électorale qui s'ouvre dans l'Hexagone.

Pascal Sciarini, politologue à l’Université de Genève et double national

Pascal Sciarini, politologue à l’Université de Genève et double national Image: Pierre Albouy

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«J’ai le privilège de pouvoir voter lors de cette présidentielle, mais je suis comme tous les Français, je vais devoir faire un choix par défaut.» Pascal Sciarini, politologue et directeur du Département de science politique et relations internationales de l’Université de Genève, est en effet double national. Ce spécialiste de la politique suisse et du comportement électoral lors des scrutins fédéraux jette donc un regard sans complaisance sur la présidentielle française à venir. «J’ai évidemment un œil d’expert, mais je ne l’étudie pas (ndlr: la campagne dans l’Hexagone). Mais il n’y a pas besoin de cela pour constater à quel point le personnel politique ne se renouvelle pas», glisse-t-il en guise de précaution oratoire qui donne le ton.

En effet, la France a la classe politique la plus âgée d’Europe. A 46 ans, Angela Merkel était élue chancelière en Allemagne. A cet âge-là (plus un an), Bruno Le Maire (47 ans) est considéré comme l’espoir des Républicains. Le premier ministre Manuel Valls (54 ans) a l’âge auquel son modèle social-démocrate britannique Tony Blair a pris sa retraite politique.

Où sont les personnalités nouvelles?

«Il est curieux de se dire que le candidat qui a aujourd’hui le plus de chances est Alain Juppé. Un politicien qui a plus de 70 ans, et dont on a cru qu’il allait quitter l’arène politique parce qu’il avait été chahuté comme premier ministre il y a vingt ans et condamné par la justice. C’est frappant et inquiétant de voir à quel point le système peine à faire émerger des personnalités nouvelles», analyse Pascal Sciarini.

Et que dire d’un duel entre un président non réélu et un président recordman d’impopularité? L’ombre plane sur ce possible Sarkozy-Hollande… «Cela illustrerait à quel point les deux grands partis – PS et Les Républicains – sont sous la coupe de caciques qui contrôlent tout, mais mal. Ils empêchent le renouvellement mais ne peuvent contenir les candidatures de ceux qui veulent exister. En Suisse, le système est totalement différent. Une élection au Conseil fédéral répond à des critères multiples – la chance, le parti, la région, la langue – il est difficile de faire des plans de carrière. Cela permet des surprises: qui aurait cru à l’élection de Guy Parmelin quelques mois auparavant? Et c’est sain», compare le professeur en sciences politiques.

Désillusion

«Au final, le sentiment qui prédomine chez les Français est la déception, la désillusion. Le pays a le moral dans les chaussettes et ils ne voient pas qui pourrait le relever. Le vote par défaut tue tout enthousiasme», lance Pascal Scariani. Qui estime que la seule personnalité nouvelle de ce quinquennat, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, pose les jalons pour dans cinq ou dix ans. On est donc face à des candidats présents depuis (trop) longtemps et d’autres qui préparent l’après 2017: soit 2022, voire 2027.

Et Marine Le Pen présidente? Pascal Sciarini n’y croit pas. Mais il la voit tout de même percer ce plafond de verre des 30% des suffrages. «La majorité me semble loin pour elle. Mais lors du 2e tour, elle peut rallier d’autant plus de monde qu’elle sera opposée à un candidat déjà usé comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Le FN peut aussi drainer une manière de vote de contestation face à des personnalités qui peinent à susciter de l’enthousiasme», glisse Pascal Sciarini.

Créé: 23.08.2016, 21h46

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